Alpha Blondy : icône africaine et écho mahorais

Alpha Blondy : icône africaine et écho mahorais

Après plusieurs jours d'incertitude liés aux événements météorologiques, la star ivoirienne du reggae se produira bel et bien ce soir à Combani. 

 

 

Il ne s'était plus produit à Mayotte depuis douze ans, et le faire revenir n'aura pas été facile. Finalement, même le passage du cyclone Kenneth n'aura pas eu raison d'Alpha Blondy, qui pour la troisième fois de sa carrière, donne ce week-end un concert sur l'île aux parfums. Un rendez-vous inattendu, lancé par le May Festival. Pour sa première édition, l'événement local dédié au reggae a réussi à placer l'une des plus grandes icônes du genre en tête d'affiche. 

 

"Les Mahorais méritaient la venue d'Alpha Blondy", défendait vendredi soir l'organisation du May Festival, soulagée, pendant que les membres du staff commençaient à peine à dresser la scène sur le stade de Combani, où près de 200 participants étaient attendus dès le lendemain. C'est pourtant le jour-même que devait se produire Alpha Blondy notamment, jusqu'à ce que les aléas climatiques ne contraignent l'organisation à annuler la première soirée, le terrain, trempé, n'étant pas en état de l'accueillir. Mais alors que le reggaeman ivoirien était déjà en vol pour Mayotte, pas question de faire machine arrière. En hâte, il est alors reprogrammé le samedi, à 23 heures, entre les prestations de plusieurs talents mahorais. Parmi eux, Chai qui ouvrira le festival, à 19h30, puis Baco Ali, qui se chargera de la clôture, à 2h du matin. Au total, six artistes se succèderont le même soir. Sont effacées de la programmation, presque à la dernière minute, les lives de Mbosso et Harmonize : sous la menace du cyclone entraînant la fermeture préventive de l'aéroport de Mayotte, les artistes tanzaniens n'ont pu trouvé de vol disponible à temps. Sans pour autant donner de date, les agences organisatrices, May Vision et Roots Musik, promettent que tous les artistes qui n'ont pas pu assurer la première soirée de concert seront reprogrammés après le ramadan, "sûrement début juin". 

 

Derrière ces aléas, la volonté de faire du 101ème département un véritable pôle culturel.  "Mayotte doit jouer un rôle dans la région. Nous devons montrer que nous aussi, nous sommes capables d'être au niveau de tout ce qui se passe aux Seychelles ou à Maurice", développe l'organisation du festival, qui évoque à demi-mot le manque de soutien des institutions locales. "Organiser un événement ici, c'est vraiment difficile", concèdent ça-et-là les instigateurs de l'évènement, pendant qu'Alpha Blondy, à peine débarqué sur l'île, tempère déjà : "L'essentiel c'est qu'on soit là, prouvons à Kenneth qu'après lui, il y aura le beau temps, inch'Allah !"

 

Ainsi pourrait se résumer son mantra. "Puisque la misère est planétaire, que la pauvreté aussi, il vaut mieux regarder du côté lumineux", résume Seydou Koné de son vrai nom, avant de lâcher ce mot qui ponctue presque chacune de ses phrases, "Alright". "Bien", celui-là même qu'Alpha voit en toute chose, ce "bien" qu'il continue de chanter, encore et encore, après 37 ans de carrière et 16 albums. Son prochain disque justement, est déjà dans les cartons. Il le prépare déjà, chez lui à Abidjan, dans son "labo", avec ses "gars", la douzaine de musiciens et choristes du groupe Solar System. Ces "gars" qui le suivent depuis vingt ans, et qui, évidemment, ont fait le voyage avec lui jusqu'à Mayotte. 

 

Nul n'est prophète en son pays

 

Si le décor change, la musique, elle, reste la même. "En ce moment, j'écris une chanson sur la Mecque. Ça m'inspire beaucoup, et je peux vous dire que tous les pèlerins vont s'y reconnaître", promet le reggaeman au sujet de son nouvel album. Sa date de sortie ? Même lui ne la connaît pas, et c'est presque voulu. Demandez à Alpha Blondy pourquoi il a attendu douze ans pour revenir à Mayotte, il vous répondra qu'il n'est pas maître du temps. "C'est le créateur tout puissant qui décidera quand je reviendrai, et si je reviendrai". 

 

Chaque sujet est prétexte à parler de religion qui demeure en chanson, l'un de ses sujets de prédilection. Né d'un père musulman et d'une mère chrétienne, Alpha Blondy considère chaque culte et, unificateur, il se plaît à défendre que tous se rejoignent : "Un bon musulman respectera toujours un juif, un bon juif respectera toujours un chrétien, un bon chrétien respectera toujours un musulman !" , égraine-t-il.

 

"La lecture du Coran m'a conforté dans ma foi en Dieu", sourit l'artiste africain. "604 pages quand même !". Le Coran, la Bible, et bientôt la Torah, Alpha Blondy les lit parfois, au micro de sa propre radio, à laquelle il a donné son nom. Chaque soir, il y propose une émission littéraire, durant laquelle il lit tantôt des romans, tantôt les textes saint. "Il y a tellement de mauvaises interprétations, qu'il faut que les gens puissent savoir de quoi on parle pour se faire leur propre idée"défend le chanteur, avant de faire aux chanteurs mahorais un petit appel du pied : "Si des artistes mahorais veulent passer sur Alpha Blondy FM, ils sont les bienvenus, même s'ils ne font pas du reggae !"

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