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Loi Élan : la plus grosse opération de destructions de bangas entamée à Koungou

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Un peu plus d’une semaine après les violentes attaques sur les résidences SIM de Caro Boina à Koungou, la préfecture a lancé ce lundi l’opération attendue de démolition de cases en tôle dans le bidonville attenant, dit de “la Jamaïque”. 230 habitats doivent être détruits d’ici à mercredi.

Fatima pousse d’une main ferme la tôle de gauche, pour libérer un peu de place dans ce passage étroit et boueux. Face à elle, deux hommes baraqués portent à bout de bras son armoire et tentent de se frayer un chemin jusqu’à sa destination : un logement temporaire, de quoi stocker son mobilier et faire dormir ses enfants “ailleurs que dans la boue”, signale Nassim, le père de famille. À quelques mètres de là, le trentenaire s’affaire à arracher la toiture de son banga. Il est un peu plus de 7h du matin ce lundi. Et tout doit disparaître. “Je voulais commencer le déménagement hier mais avec la pluie… Ils nous avaient dit que la destruction commencerait mardi en plus”, ressasse-t-il en essuyant la sueur qui perle sur son front.

Annoncée le 10 mars, selon certains médias, ou le 9 mars selon le préfet la semaine dernière, l’opération de démolition du quartier dit de “la Jamaïque” à Koungou a finalement débuté ce lundi 8 mars aux aurores. “Dès ce (lundi) soir, 40% du quartier sera détruit, et mercredi matin, il n’existera plus de quartier Jamaïque à Koungou”, “préfétise” le prophète Jean-François Colombet, qui avait organisé une conférence de presse en milieu de journée. “Il n’y a plus de quartier interdit pour l’État à Mayotte”, martèle-t-il, en annonçant un ambitieux objectif de 400 suppressions de bangas pour le premier semestre 2021. Depuis octobre 2020 et la première opération loi Élan – du nom de ce texte qui permet au préfet d’ordonner l’évacuation d’habitats insalubres sur le département – en octobre 2020, 580 cases ont déjà été détruites.

 

400.000 euros pour détruire 230 cases en tôle

 

Et Koungou arrive dans le top. En termes de budget notamment, puisque l’État a mis pas moins de 400.000 euros sur la table. Une facture salée qui s’explique aussi par les difficultés du terrain, où, on s’en souvient, des coulées de boue avaient notamment provoqué la mort d’une mère et de ses quatre enfants en 2018. “Cette opération est la plus grosse, oui, mais c’est surtout la plus difficile et la plus emblématique tant tout le monde connaît les troubles à l’ordre public qui entachent la réputation de cette commune”, confirme Jean-François Colombet. Le 26 février, la violence a grimpé d’un cran quand des bandes de jeunes s’en sont pris aux résidences SIM de Caro Boina.

Mais c’est surtout en nombre de cases que l’opération de la Jamaïque bat des records. En tout, ce sont 230 de ces constructions légères qui vont être rasées en trois jours. Soit les maisons d’environ 450 personnes. Enfin… selon la préfecture. “Il faut ajouter ceux qui ont refusé les enquêtes sociales ou qui sont comptabilisés le jour J”, précise le sous-préfet Jérôme Millet. Plus les 184 étrangers en situation irrégulière interpellés en amont de la destruction. Mais même avec ce calcul, le ratio équivaut à un nombre étonnamment faible d’occupants par case… Pour comparer, à Kahani, en octobre, la préfecture annonçait deux fois moins de bangas pour environ autant d’habitants – 98 cases hébergeant 398 personnes avaient alors été détruites. Bref, c’est à en perdre sa table de trois ! “Les chiffres sont contradictoires de toutes parts”, confirme une source proche du dossier.

 

Environ trente personnes ont accepté un hébergement d’urgence

 

Et ce n’est pas la seule ombre au tableau. Comme à chaque opération du genre, menée en vertu de la loi Élan de 2018, une proposition de relogement ou d’hébergement doit être faite aux personnes évacuées, en fonction de leur profil et de leurs besoins. Cette fois-ci, une trentaine de personnes ont accepté un hébergement d’urgence (qui dure 21 jours), tandis que 120 à 200 personnes auraient trouvé des solutions par elles-même, indique la préfecture. Sur le terrain, le bilan est moins reluisant. Certes, lundi, la majorité des habitants ont évacué le périmètre aux sons stridents des bulldozers. Mais pour la plupart, il s’agit surtout de trouver un coin d’oreiller avant de reconstruire son banga un peu plus loin.

D’autres sont tout simplement sans solution. Comme Mouhoutar, jeune étudiant en BTS, qui regarde les engins de la Colas et de Tetrama, en contrebas l’air las. “Je ne sais pas comment je vais faire pour finir mon BTS avec tout ça”, souffle l’aîné d’une fratrie de neuf enfants, dont la mère a été renvoyée à Anjouan à l’occasion des interpellations des derniers jours. Ce n’est pas faute d’avoir passé une tête au local de la Croix rouge, à côté de la mairie de Koungou, sa carte d’identité promptement sortie du portefeuille. Chou blanc. Message envoyé à 17h30 : “salut, on m’a toujours pas appelé pour le logement.” Est en train d’écrire “…”.

 


 

Un calendrier chargé pour 2021 mais déjà des petits couacs

 

L’élan est donné et le message passe”, insiste le préfet Jean-François Colombet ce lundi. Derrière le trait d’esprit, l’idée est claire : poursuivre un rythme soutenu de destructions de bidonvilles, grâce aux pouvoirs élargis que lui confère la loi Élan. Et par là même, démotiver les candidats à l’immigration clandestine. Rien que sur le premier semestre 2021, le délégué du gouvernement entend détruire pas moins de 400 cases en tôle. Des opérations sont prévues en Petite-Terre, aux quartiers CETAM, Vigie, Vigie II, à Moya, mais aussi à Bouéni, à Chirongui… En clair, le planning est chargé. Mais la prochaine opération va déjà devoir être repoussée, nous dit-on. En effet, au quartier CETAM, le premier périmètre envisagé par l’arrêté préfectoral avait omis quelques propriétaires privés… La tuile ! “En effet, il semblerait qu’il y ait des parcelles privées, mais justement, comme nous faisons cela dans les clous, il faut recommencer pour avoir l’autorisation des propriétaires”, acquiesce le préfet. Encore faut-il pouvoir mettre la main dessus, ce qui, à Mayotte, est une autre paire de manches. Et s’ils refusent ? “Je ne manquerai pas de communiquer leurs noms prénoms et adresse à Monsieur le directeur régional des Finances publiques pour qu’il s’intéresse aux revenus qui viennent de ces parcelles.” Capito ?

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