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La feuille de route du Cesem pour désenclaver Mayotte

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Ce mercredi, le conseil économique, social et environnemental de Mayotte a adopté à l’unanimité un rapport de 120 pages réalisé en auto-saisine sur le désenclavement intérieur et extérieur du territoire. L’institution a relevé de nombreux constats et a préconisé 11 orientations stratégiques dans l’espoir que les élus s’approprient ces réflexions issues de la société civile. Morceaux choisis.

Un rapport à la fois concis et exhaustif. Tel est l’éloge reçu par Nadine Hafidou, la présidente de la commission aménagement, transport et cadre de vie du conseil économique, social et environnemental de Mayotte, au terme de sa présentation sur le désenclavement du territoire. Un travail d’orfèvre, de plus de deux ans, adopté ce mercredi à l’unanimité en assemblée plénière. Réseaux de transports routier et maritime, distribution d’eau potable, dépendance aux énergies fossiles, déploiement du numérique, infrastructures portuaires et aéroportuaires inadaptées… Voilà un peu le tableau des problématiques relevées dans le 101ème département.

Si cette réflexion consiste, bien évidemment, à pointer du doigt les manquements des autorités concernées sur le sujet, l’idée revient aussi à formuler des propositions susceptibles d’améliorer cet état de fait. Au total : pas moins de 11 orientations stratégiques. À l’instar de la délocalisation des services étatiques et départementaux aux quatre coins de l’île. Or, à l’heure actuelle, ce n’est pas « suffisant pour permettre à l’usager d’éviter de se déplacer jusqu’à Mamoudzou », où se concentre la grande majorité des activités administratives et économiques. Pis encore, les Maisons France Services ne répondent pas aux objectifs souhaités. « Elles n’ont pas le même niveau d’accès d’informations que dans la commune chef-lieu », regrette Nadine Hafidou. La raison de ce décalage ? Une couverture très haut débit en dent de scie.

 

Le manque de foncier : une arlésienne

 

C’est un secret de polichinelle : la réalisation de projets structurants en dehors de la plus grande ville de Mayotte prend un temps considérable avant de sortir de terre. À l’image du pôle d’excellence rural de Coconi. Toutefois, il apparaît nécessaire, voire même indispensable, de passer la seconde pour « installer plus aisément les investisseurs » dans les nouvelles ou futures zones d’activités économiques. Reste à définir pour cela une politique de préservation, de reconquête et d’aménagement de fonciers prioritaires. Autant dire que la route est encore longue… Et on ne parle même pas des nids de poule !

Autre préoccupation et non des moindres : le renforcement des capacités de production et de stockage de l’eau en vue de répondre aux besoins sans cesse croissants de la population. « C’est une orientation logique », plaide Nadine Hafidou, au lendemain de l’annonce de l’arrêt des coupures hebdomadaires. Idem pour l’électricité. Du fait de son insularité, Mayotte constitue une zone non interconnectée rendant de facto son réseau de distribution fragile. À ce sujet-là, une lueur d’espoir réside avec le projet européen Maesha lancé en novembre dernier, dont l’île aux parfums est le territoire pilote pour promouvoir un avenir énergétique décarboné. Éléments de réponse d’ici 48 mois !

 

L’immigration dans toutes les têtes

 

Mais le désenclavement de Mayotte passe aussi par l’extérieur. D’où la volonté de renforcer la politique de coopération avec les pays de la zone de l’océan Indien afin d’assurer son insertion. En ligne de mire : les échanges commerciaux et économiques. « Il faut faire des propositions plus opérationnelles », insiste la présidente de la commission aménagement, transport et cadre de vie. C’est tout l’enjeu ici du fonds européen de développement régional en lien avec l’Union des Comores et Madagascar, qui, pour rappel, était doté d’une enveloppe de 12 millions d’euros pour la période 2014-2020.

Dans la même lignée, le Cesem se penche sur la question migratoire. Pour l’institution, entrer sur le territoire de façon régulière avec un visa doit devenir la règle, et la clandestinité, l’exception. Édouard Balladur appréciera. « Cela est revenu sur le tapis dans toutes les thématiques évoquées lors des auditions et entretiens que nous avons menés », souligne Nadine Hafidou. Une proposition qui risque bien de faire réagir la population, tant l’arrivée quotidienne de kwassas-kwassas et les reconduites à la frontière alimentent continuellement les débats.

Et en guise de débat, justement, en voilà un qui continue de faire parler les bavards : l’allongement de la piste de l’aéroport et la création d’une compagnie aérienne locale. Sur ce deuxième point, Maître Fatima Ousseni renvoie l’État face à ses responsabilités et lui rappelle son implication dans la fondation d’Air France. En parallèle de cette recommandation ô combien « essentielle », le Département et la Chambre de commerce et d’industrie planchent sur cette possibilité et devrait prochainement arrêter son choix.

Si toutes ces orientations suscitent bon nombre d’échanges au sein de l’assemblée, quid de leur devenir ? Le président du Cesem, Abdou Dahalani, regrette d’ailleurs que de moins en moins de saisines arrivent du conseil départemental, puisque ce dernier a pris le parti de travailler en mode commission permanente depuis plusieurs mois. Pas de quoi lui faire baisser les bras. « Ces réflexions seront transmises aux candidats des élections cantonales pour qu’ils prennent note des desiderata de la société civile. À charge pour eux de se les approprier ! » Voilà qui est dit.

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