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La création de la compagnie Zéna, un long voyage turbulent

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Régis et Julien Novou, deux frères dotés d’une solide expérience dans l’aéronautique, ont pour ambition de créer la compagnie aérienne Zéna d’ici l’été prochaion. Un projet viable qui n’a pas été un voyage tranquille, en raison de turbulences au sein du Département, à l’initiative de l’idée. Récit de deux années agitées.

Tout commence avec le départ de Corsair de Mayotte en 2018. Désireux de maintenir une concurrence aérienne face au monopole réunionnais sur le territoire, le Département fait appel à Julien Novou, dans le milieu aéronautique depuis une douzaine d’années, pour envisager l’implantation d’un autre opérateur sur l’île. Son frère Régis, en poste en Guadeloupe chez Air Antilles, se charge de cette mission de l’autre côté de l’Atlantique. Mais les approches se révèlent infructueuses. Ni Air Caraïbes ni French Bee ne répondent favorablement à la requête. La première « n’avait pas vocation à venir dans l’océan Indien » tandis que la seconde « ne pouvait pas faire demi-tour en bout de piste ». Face à ces refus, la collectivité décide de changer son fusil d’épaule et réfléchit à à la possibilité de créer sa propre compagnie en février 2019.

Un business plan primaire, limité aux coûts et aux recettes, sort illico presto. Verdict : il faut injecter 10 millions d’euros dans le capital de départ pour que cette option soit envisageable. « Mon frère m’a dit qu’il pouvait en réunir 20 », rembobine l’ancien responsable désigné des opérations sol, qui pousse de facto l’analyse en choisissant un type d’avion et réalise une étude de performance sur 3 ans, semaine par semaine. « Nous nous sommes rendu compte que nous pouvions être beaucoup plus agressif que la concurrence et gagner de l’argent. » Une synthèse détaillée tout simplement adoubée par le bureau d’études d’Airbus, « bluffé par nos chiffres ». Rien que cela. Le feu vert du Département en poche, la fratrie se rapproche du cabinet de Marc Rochet, Aérogestion, pour être épaulée dans l’optique d’obtenir le fameux certificat de transporteur aérien. « Il est impossible de bricoler dans l’aérien, tout doit être droit et carré. On parle ici du domaine d’activité le plus réglementé après le nucléaire. » Sauf que ces conseils tarifés requièrent le vote d’une subvention publique en assemblée plénière. Qui ne sera jamais attribuée pour la simple et bonne raison que la collectivité n’a pas la compétence pour pouvoir l’attribuer à une structure qui n’est pas encore fondée…

Pas envisageable de se limiter à des vols régionaux

Retour à la case départ ou presque pour Julien et Régis Novou, qui n’abandonnent pas pour autant leur projet. À l’abri des regards, le cadet avance ses pions et se lance à la recherche de partenaires privés locaux pour lever des fonds. « Sans cela, nous aurions été étiquetés d’Ewa bis », souligne-t-il. Mais une nouvelle désillusion se produit avec leur « mise à l’écart » concernant le rapport sur l’évolution de la desserte aérienne, commandée par le conseil départemental et rendue en novembre dernier… « Nous avons tous les deux quitté nos postes respectifs entre temps pour nous consacrer à cette étude, qui était leur initiative », rappelle l’aîné. Un mal pour un bien finalement, car l’avis qui préconise de s’arrêter sur des vols dans l’océan Indien ne leur paraît pas viable économiquement. « Cela ne correspond pas exactement à ce qu’attendent les clients mahorais et à l’idée que nous avons en tête. Dans la région, tous les aéroports ferment 15 minutes après la tombée de la nuit. Or, pour être rentable, il faut étaler les charges fixes sur un nombre d’heures de vols. » L’occasion rêvée de sortir du bois pour « faire bouger les lignes et informer la population qu’un [autre] projet sûr, en se basant sur des remplissages pessimistes, est en réflexion depuis 2 ans ». Les voilà propulsés sur le devant de la scène.

Et chaque jour leur permet de se rapprocher un peu plus d’un dénouement positif. Mais la route reste encore longue. La priorité à l’heure actuelle : dégoter 1.4 million d’euros pour mener à bien la campagne de certification. « Nous comptions créer une structure juridique classique, mais l’engouement des Mahorais nous amène à nous orienter vers quelque chose de participatif. » D’ici l’obtention du précieux sésame, délivré par l’aviation civile, pas question de chômer, même s’il leur est encore impossible d’apparaître sur les radars. Une course contre la montre s’opère en sous-marin pour négocier la location, à moindre prix en raison de la crise sanitaire, d’une flotte de deux avions, « des machines neuves et performantes, ne serait-ce que pour baisser les coûts de maintenance », et installer des cabines à l’image de l’identité mahoraise. D’où le nom de Zéna, un clin d’oeil à la chatouilleuse et à l’histoire du 101ème département. « Quoi de plus beau que le combat sans la violence ? », se réjouit Régis Novou. Mais plus concrètement, à quoi s’attendre une fois ce rêve devenu réalité ? Si la finalisation de la première levée de fonds se passe comme sur des roulettes, la mise en vente des billets pourrait intervenir vers la fin avril pour des voyages prévus à l’été 2021. Concernant la politique tarifaire, pas d’annonce officielle à se mettre sous la dent. Seule certitude : « Le prix d’appel oscillera à la baisse entre 10 et 30% en fonction des destinations, dont certaines n’ont jamais été opérées. »

Des emplois, de l’export et de l’import

En tant que futurs transporteurs aériens, Régis et Julien Novou veulent jouer leur rôle d’ambassadeur de l’île à fond, sans attendre ad vitam eternam l’allongement de la piste ou l’avancement du projet gazier. Leur but ? Rendre les lettres de noblesse au territoire. Avec ou sans l’appui des décideurs politiques… « Nous avons un noyau dur d’entrepreneurs locaux qui nous poussent. Notre business plan a été approuvée une quinzaine de fois par des structures comptables et par 2 cabinets de consulting. Si le CD veut nous accompagner, c’est tant mieux. En tout cas, il nous apparaît opportun que l’administration publique puisse soutenir des projets structurants privés comme le nôtre », concèdent-ils d’une seule et même voix, avant de vanter les mérites de leur modèle économique : « Nous allons générer 80 emplois, nous allons exporter des produits agricoles d’excellence, nous allons faire venir du fret et ainsi solutionner le problème d’import des médicaments. » Et en guise de bonne foi, les deux frères jouent la carte de la transparence. « Nous avons signé pour 5 ans d’endettement minimum. Nous ne permettrons pas d’échouer sans avoir essayé ! » Aucune zone de turbulence à l’horizon…

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