Miréréni-Combani : Dans l’étau des barrages pour « nous protéger de leur guerre

Miréréni-Combani : Dans l’étau des barrages pour « nous protéger de leur guerre

Mercredi, plusieurs barrages en marge de Miréréni ont empêché les automobilistes de pénétrer à Combani où sévit depuis jeudi dernier des affrontements entre bandes rivales. La violence est montée d’un cran ces dernières heures avec de véritables scènes de guerre, mettant à feu et à sang toute la commune. Le préfet s’est rendu sur place le lendemain pour rencontrer les élus et les habitants dans l’espoir d’atténuer les tensions.

Bras agités vers le ciel, les scootéristes et les piétons font signe, l’air affolé, à ceux allant en direction de Miréréni de rebrousser chemin. La fumée qui se dégage dans le ciel laisse penser à un mauvais présage. Quelques virages avant l’entrée du village, les barrages se succèdent. Sur le bas-côté, cet habitant de Chiconi regarde d’un air médusé la montagne d’arbres au sol. Au téléphone, il demande à sa femme de le rejoindre à pieds. « La journée, ils se caillassent, le soir, ils brûlent », souffle-t-il désespérément pour résumer les affrontements entre les bandes rivales de Miréréni et de Combani. « Il faut montrer qu’untel est plus viril que l’autre. Plus tu oses, plus l’adversaire aura peur. » Un leitmotiv d’une autre époque, qui ne semble plus s’appliquer dorénavant… Les cris toujours plus forts s’échappent de la vallée tandis que les tirs de gaz lacrymogène se multiplient.

Sirène allumée, un véhicule des sapeurs-pompiers dévale à toute vitesse, slalome entre les branchages et disparaît tant bien que mal au loin. Tentative rapidement avortée par un tronc étalé sur le bitume. Perché sur un muret, un jeune encagoulé d’un t-shirt bleu guette les va-et-vient. « Rolala, ils se tuent entre eux et ils ne veulent pas qu’on aille les sauver », soupire un soldat du feu, casque dans la main. Au bout de sa radio, une voix grésille : « Vous faites demi-tour et vous regagnez le centre ! » Ni une, ni deux, les trois agents repartent fissa au bercail. À la différence de certains automobilistes qui campent sur leur position, en attendant l’ouverture d’une brèche pour reprendre leur trajet. Mais celle-ci tarde à pointer le bout de son nez.

Face à face avec vingt jeunes prêts à en découdre

Partis un peu plus tôt pour tenter de récupérer du matériel dans les locaux de leur société, deux hommes remontent la pente pour regagner leur voiture. « Barres en fer, cocktails molotov, sabres… Ils sont armés jusqu’aux dents », s’inquiète l’un des collègues. Une déclaration lourde de sens, qui fait froid dans le dos. Assis sur son deux roues, un employé de chez Kalo se veut plus rassurant. « Je pense qu’ils ont bloqué la route pour nous protéger de leur guerre », défend-il quelques secondes avant qu’une horde d’une vingtaine de personnes se dirigent, en rang d’oignon, à l’image d’une armée disciplinée, vers le petit groupe attentiste. Les bruits métalliques ricochent par terre et appellent à l’affolement. Pris de panique, certains sautent dans leur voiture pour prendre la poudre d’escampette. « Ce sont les jeunes de Vahibé qui sont venus prêter main forte à ceux de Miréréni », s’époumone un conducteur pour rassurer. La pression redescend d’un cran malgré l’arsenal impressionnant dans leurs mains. Un échange bref en shimaoré s’installe entre les deux parties. Avant que la bande ne reparte au charbon et ne renforce le premier barrage pour rappeler l’interdiction d’outrepasser cette ligne. Peu importe. Quelques impatients s’essaient tout de même à déblayer la chaussée. Mais leurs efforts ne paient pas. Et pour s’assurer que les consignes soient bien respectées, trois gaillards, visiblement moins ouverts au dialogue, reviennent à la charge. Des gestes d’humeur prient les automobilistes de « dégager ». Et cette fois-ci, leur pas pressant apparaît plus menaçant que leurs prédécesseurs. Une manière de faire vrombir les moteurs et de définitivement quitter la zone…

 

« Tant qu’on n’aura pas une discussion, ça ne finira jamais »

Depuis plus d’une semaine, les habitants de Combani et de Miréréni vivent un enfer, au rythme des affrontements entre les jeunes des deux villages. Si la cause de ces violences reste pour l’heure inconnue, tout aurait commencé au quartier Badjoni, selon Moller, un habitant de Combani. Provoquant une montée en puissance des représailles : caillassages de voitures, pillages de magasins, incendies de cases en tôle… « Heureusement qu’il n’y a pas eu de perte humaine », confie l’enseignant, qui tente tant bien que mal de réunir les deux camps pour calmer les ardeurs des uns et des autres. En vain ! Mercredi matin sonne alors comme un point de non-retour : « Au réveil, c’était déjà trop tard alors qu’on avait convenu de se rencontrer à 16h… » Finalement, à la vue des événements de la matinée, un premier échange a lieu aux alentours de 12h. Celui-ci prévoit alors un autre rendez-vous quelques heures plus tard, qui n’arrivera jamais. « Tout a brûlé entre deux », se désole-t-il. Car pour lui, « tant qu’on n’aura pas une discussion, ça ne finira jamais ».

 

Le préfet part à la rencontre des habitants

Une semaine de carnage et de barrages. Depuis jeudi dernier, les jeunes de Miréréni et Combani s’adonnent à un jeu belliqueux qui pousse à bout tous les villages de la commune de Tsingoni. Une “guéguerre” de plus qui incitait déjà, mardi matin, un élu adjoint à la sécurité à interroger le colonel Capelle au sujet de la recrudescence des violences sur sa zone, à l’occasion du séminaire des maires. Lequel a avoué ne pas être favorable à « la sur-répression » et demandait aux associations et à la mairie d’avancer main dans la main. Toutefois, le commandant de la gendarmerie avait précisé qu’un escadron se positionnerait au RSMA pour intervenir rapidement. Sans grand succès… Ce jeudi, le préfet Jean-François Colombet s’est donc rendu sur place pour échanger avec les élus et les habitants. Une cinquantaine de personnes, dont des parents des deux villages, des élus, le 1er adjoint de la ville, et les équipes de la préfecture, s’étaient données rendez-vous à la mairie pour cette réunion de crise, qui a aussi été l’occasion d’entendre quelques témoignages. “Une mère a raconté qu’elle était dans la rue quand une centaine de jeunes cagoulés ont fait irruption pour attaquer toutes les voitures. Les forces de l’ordre étaient présentes mais n’ont pas bougé, la poussant à trouver refuge en allant frapper à la porte la plus proche”, relate une personne présente hier matin. La réponse en substance, du préfet : l’annonce de la signature prochaine du pacte de sécurité avec la commune, qui doit intervenir rapidement, d’ici deux semaines à un mois. Ce contrat sera l’occasion de définir les dispositifs de sécurité, voire d’envisager un renforcement des moyens de la police municipale, si les élus de Tsingoni l’estiment nécessaire. “Le préfet a aussi donné quelques garanties, notamment sur l’immigration clandestine, avec l’installation d’une commission sur les demandes de titres de séjour, qui pourrait faire sauter des titres”, déroule la même source. La réunion de crise s’est poursuivie avec une visite de terrain entre Combani et Miréréni pour constater les dégâts. Juste avant que les tensions ne reprennent entre les deux camps adverses...

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