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Gilles Cantal, un « préfet de l’eau » pour endiguer la crise

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Arrivé fin juin sur l’île au lagon pour épauler la préfecture au sujet de la crise de l’eau mahoraise, l’ancien préfet Gilles Cantal a six mois pour coordonner les actions mises en place en urgence. Mais aussi anticiper la production d’eau potable des prochaines années et la démographie galopante du territoire.

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Gilles Cantal et Jean-François Roche, commandant du Sdis de Corrèze stationnant à Mayotte avec cinq autres officiers sapeurs-pompiers.

Flash Infos : Pourquoi le comité interministériel vous a-t-il fait appel pour cette mission, et pourquoi l’avez-vous acceptée ?

Gilles Cantal : Le ministère de l’Intérieur a créé une réserve préfectorale composée d’un certain nombre de collègues retraités et honoraires qui viennent en appui auprès des préfets en activité. J’ai donc été sollicité par les services du ministère de l’Intérieur et de l’Outre-mer pour amener un concours consolidé sur les démarches déjà entreprises, et elles sont nombreuses, par nos partenaires : l’ARS, les collectivités, les mairies, le syndicat des Eaux de Mayotte… Il n’était pas question que je réponde non, quand on a l’honneur d’être sollicité sur une telle mission, avec de tels enjeux pour l’ensemble d’une population. Aujourd’hui, je suis donc affecté dans une période d’urgence, pour six mois, avec pour m’assister des officiers des sapeurs-pompiers, en lien avec l’État major régional et le contrôleur général Éric Faure qui nous soutient auprès du préfet de région. Sans omettre, évidemment, de travailler, de réfléchir au futur.

L’objectif, pour être clair, c’est de supprimer les coupures d’eau. On ne va pas les supprimer dans les six mois qui viennent, mais il faut essayer de pénaliser le moins possible Mayotte, ses habitants et ses entreprises. Je remercie d’ailleurs les représentants des entreprises, qui croient à l’économie mahoraise et viennent nous proposer des solutions, ou qui prennent leurs responsabilités. On peut s’appuyer sur les Mahorais, si je peux m’exprimer ainsi, car ils démontrent chaque jour leur capacité à faire des économies dans leur vie quotidienne. Ils ont l’habitude d’être pénalisés et cette habitude ne doit pas devenir une certitude. Il faut donc que chacun fasse un effort, continuer, ne surtout pas lâcher prise parce que la situation n’est pas simple.

Les fuites, une perte de plus de 10 000 m3 d’eau par jour

F.I. : Quel diagnostic posez-vous sur la ressource en eau à Mayotte ?

G.C. : On a un besoin estimé entre 40 000 et 42 000 mètres cubes par jour. On a une capacité de production – retenues collinaires, ressources de surface, ressources souterraines, usine de dessalement – d’environ de 38 000 à 39 000 m3, en période normale. Notre objectif pour passer la période et permettre de continuer d’alimenter en urgence le réseau, c’est de diminuer cette consommation. Aujourd’hui, grâce aux efforts de chacun lors des tours d’eau ou du respect des arrêtés préfectoraux, on constate tout de même une légère diminution de la consommation. Malgré cela, il faut qu’on progresse encore.

 F.I. : Durant cette période d’étiage et ces six prochains mois, qu’est-ce que vos équipes et vous pouvez et allez mettre en place ?

G.C. : Des actions sont déjà programmées, entreprises et validées en interministériel. Il faut savoir que le sujet est particulièrement appuyé par les ministères : l’Intérieur, le délégué aux Outre-mer, mais aussi le Budget, le Travail, l’Écologie, la Santé… Les crédits sont en place, les marchés également, à quelques exceptions près. On a mis en place des travaux d’amélioration du fonctionnement d’une conduite nord-sud SR2, le sud étant le plus en difficulté en termes de ressources, afin d’y amener 2 000 à 3 000 m3 de plus journaliers. On travaille sur la recherche des fuites. C’est un chiffre qui m’a complètement interpellé : nous perdons entre 10 000 et 12 000 m3 par jour. Nous avons donc un programme d’expertise des lieux de fuite, d’identification des ruptures les plus importantes, et de travaux de reprise du réseau.

La seconde usine de dessalement en 2024

On travaille sur le captage : six nouveaux captages vont être mis en place dans les jours qui viennent, ainsi que des travaux en Petite Terre pour faire en sorte qu’une partie de la production de l’usine de dessalement vienne s’intégrer dans le circuit de distribution de l’eau. Je vous confirme également que le nouveau ministre délégué aux Outre-mer, Philippe Vivier, a notifié samedi au président des Eaux de Mayotte son accord sur l’acquisition d’un osmoseur de 1 000 m3 par jour, qui va être implantée à M’tsangabeach. La commande va être passée dans les tous prochains jours, les crédits sont en place. C’est une décision extrêmement forte qu’il convient d’accompagner techniquement, nous avons un tableau de suivi. Nous travaillons évidemment sur l’installation de la seconde usine de dessalement, qui sera à Ironi Bé et qui fournira 10 000 mètres cubes à partir de fin 2024. Enfin, on ajoutera des cuves qui vont être livrées depuis La Réunion. Pour le moment, nous sommes sur 15 cuves d’une capacité de 20 m3 chacun.

F.I. : Les parents d’élèves ont-ils du souci à se faire en vue de la prochaine rentrée des classes ?

G.C. : Permettre de proposer de l’eau sanitaire pour les enfants lors de la rentrée scolaire est une question fondamentale : dans mon agenda de six mois, mon premier point, c’est la rentrée scolaire. Cette année, nous avons donc exceptionnellement livré des cuves dans l’ensemble des établissements scolaires. Ce programme comporte 1 000 cuves, qui sont gérées par le syndicat des eaux. Entre 300 et 350 ont été intégralement livrées aux établissements scolaires. 300 à 350 autres sont en cours de livraison aux établissements sanitaires. Il restera un reliquat que l’on va partager avec d’autres services si besoin est, et garder en cas d’urgence. J’ai entamé une tournée des communes, deux par jour pour aller vite, et je suis accueilli par les municipalités dans des conditions de dialogue exceptionnel. Je me rends donc compte de l’avancement des actions, avec également les réunions hebdomadaires du comité de suivi de la ressource en eau. Il faut maintenant qu’elles soient branchées d’ici le 20 août. Les communes prennent leurs dispositions et sont accompagnées avec des subventions qui peuvent aller jusqu’à 95% des montants.

Il y a un autre dispositif sur lequel je suis très attentif : celui des rampes à eau. Nous avons un programme de 200 rampes financé par les crédits de l’État. Parmi ces dernières, 120 rampes mises en place à l’occasion du Covid ont été rénovées, même si certaines ont été détruites. On va tout mettre en œuvre pour qu’en septembre, ces rampes soient en place. Il reste 80 rampes à créer, qui ne doivent pas être touchées par des actes de délinquance, ce serait extrêmement préjudiciable à l’ensemble de la société. La rampe d’eau peut à un moment donné être l’un des derniers moyens d’amener de l’eau potable dans un secteur.

Encore plus de coupures après la rentrée ?

F.I. : Les tours d’eau ont été multipliés plus vite que prévu. Ces prochains mois, les Mahorais doivent-ils s’attendre à de nouvelles restrictions ?

G.C. : Je ne serais pas responsable si je disais « tout va bien ». Nous étudions la ressource, son évolution. Et c’est au vu de cette évolution, notamment sur les retenues collinaires, que nous prendrons ou non des mesures complémentaires. Il s’agit d’anticiper et d’informer les habitants de Mayotte au plus près de ce qui se passe, pour qu’on soit encore plus efficace tous ensemble. Aujourd’hui, il y a des gros efforts faits par chacun. Il ne faut pas les relâcher. Après la rentrée scolaire, si le niveau de la ressource est bas, avec peu de perspectives d’amélioration, on devra probablement prendre de nouvelles mesures.

F.I. : Ce sera donc vraisemblablement le cas…

G.C. : Je suis quelqu’un qui regarde les choses objectivement. Je vous réponds qu’aujourd’hui, la ressource continue de diminuer. Je ne suis pas encore en mesure de proposer de nouvelles restrictions. Elles sont évidemment à l’étude. Elles seront peut-être imposées dans les semaines qui viennent, peut-être sectorisées. Tous les scénarios doivent être étudiés. On regarde les effets des coupures déjà en place, notre capacité à gérer les retenues collinaires, qui, malgré quelques effets économiques, continuent de diminuer. Les retenues collinaires fournissent en période normale 4 000 mètres cubes par jour. Nous sommes depuis quelques semaines entre 8 500 et 9 500 mètres cubes, comment voulez-vous que je puisse vous dire qu’on ne prendra pas de nouvelles mesures si on continue comme ça ?

F.I. : Météo-France prévoit une saison des pluies un peu au-dessus de la moyenne, mais pas suffisante pour rattraper le retard de pluviométrie de cette année. Avez-vous une vision sur l’état de la ressource en eau pour l’année prochaine ?

G.C. : Non. On a également des études, des données, mais vous dire que sur Mayotte, ce sera favorable ou non, ce serait se transformer en pythie sur son trépied, ce que je refuse de faire. Nous nous inscrivons dans une démarche de projet et de véritables dispositifs techniques, qui nous amèneraient de l’eau quelle que soit la météo. La deuxième usine de dessalement de l’eau amènera 10 000 puis 16 000 mètres cubes au final, sans compter l’amélioration de la production de l’usine de dessalement de Petite Terre.

F.I. : Justement, où en sont les travaux concernant les deux usines de dessalement et la troisième retenue collinaire ?

G.C. : Sur la troisième retenue collinaire, je ne suis pas en mesure de vous dire qu’elle sera réalisée dans les toutes prochaines semaines. Mais elle est prévue dans les contrats de programmation et les négociations foncières sont en cours. L’usine de dessalement de Grande Terre va être mise en chantier en 2024. Concernant les fuites, on ne va pas demain matin réinjecter 10 000 m3 parce qu’on les aura réparées, mais on va peut-être en récupérer quelques milliers. Avec tout ça, on arrive pratiquement à la moitié du besoin. Certes, on est dans une perspective démographique qui est celle que l’on connaît. Donc il faut aussi que l’on. Qu’on travaille sur ces questions-là.

F.I. : « C’est une vraie catastrophe. C’est la dernière année que nous faisons des concessions. On n’acceptera plus de vivre les mêmes problématiques l’an prochain. » Ces mots sont ceux de Carla Baltus, présidente du Medef Mayotte. Que diriez-vous aux entreprises de l’île ?

G.C. : Mon souhait, c’est de faire en sorte que les relations que nous avons avec le monde économique se développent. Avec sans doute, je l’espère pour Mayotte, la véritable sortie de ces crises. Il faut sortir des tours d’eau. Les entreprises ont raison, les habitants de Mayotte ont raison, ce n’est pas possible. L’année prochaine, il y en aura peut-être encore, ne rêvons pas. Et puis les suivantes aussi, mais il faut qu’ils soient de moins en moins impactants. Je ne ferais pas ce métier et ne viendrais pas à disposition d’un département si je n’avais pas un minimum d’optimisme !

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