Le Département-Région de Mayotte a besoin d’une enveloppe de 19 millions d’euros cette année pour préfinancer deux appels à projets dans les métiers sanitaires et sociaux en 2027. Une somme conséquente qui devrait lui être remboursée par l’Union européenne une fois les actions réalisées, mais dont il ne dispose pas pour le moment. L’Agence française de s (AFD) pourrait voler à son secours.
En attendant, les centres de formation de l’île tirent la langue depuis trois mois et craignent de devoir mettre la clé sous la porte. Licenciements et congés forcés sont devenus la norme dans les organismes locaux de formation.
Il n’y aurait plus de fonds disponibles pour la formation qualifiante sur le territoire. Le secteur enregistre actuellement un déficit de 2 millions d’euros au titre du règlement des prestations déjà réalisées et du versement des indemnités aux stagiaires. À cela s’ajouteraient 7 millions d’euros qui manqueraient dans les caisses de l’Agence de services et de paiement (ASP), organisme qui a pris le relais du CNASEA à Mayotte et qui est chargé, depuis quatre ans, de régler les prestations des organismes de formation (OF) à la place du Département.
» La situation est critique pour bon nombre d’entre nous, qui nous retrouvons avec des locaux vides depuis plusieurs semaines déjà. Les classes sont vides parce que les élèves ne viennent plus, faute d’avoir reçu leurs indemnités. Quant à nos prestations, elles ne nous sont plus payées par l’ASP depuis trois mois, ce qui nous contraint à mettre une très grande partie de nos salariés au chômage« , indiquent plusieurs responsables de centres de formation contactés par la rédaction de Flash Infos.
Au total, une quinzaine d’organismes de formation se sent menacée de fermeture, faute d’avoir été payée par le Département-Région de Mayotte au cours des trois derniers mois.
Mais ce n’est pas tout. L’ensemble de la profession lance un cri d’alarme à l’adresse de Ben Issa Ous séni, faute de visibilité pour l’année prochaine. Une situation difficile à expliquer dans la mesure où le président de la principale collectivité territoriale de l’île se targuait, il n’y a pas si longtemps, de disposer d’un excédent budgétaire de 80 millions d’euros, alors même que les investissements concrets en faveur du développement du territoire semblent insuffisants.
Ces déclarations tranchent radicalement avec la réalité d’un territoire en situation de quasi-banque-route. Les échecs stratégiques se multiplient, jour après jour, révélant un manque flagrant de vision et d’anticipation à court, moyen et long terme.
Parmi les nombreuses conséquences de cette navigation à vue figure la jeunesse mahoraise, plus que jamais sacrifiée sur l’autel de la politique politique.
La logique reste difficile à comprendre : d’un côté, le territoire souffrirait considérablement d’un manque de compétences dans tous les domaines ; de l’autre, les millions d’euros engloutis depuis des années dans le secteur de la formation n’auraient produit, jusqu’à présent, que de faibles résultats.
19 MILLIONS D’EUROS À TROUVER POUR FINANCER DEUX FORMATIONS EN 2027 DANS LES MÉTIERS SANITAIRES ET SOCIAUX
» On s’étonne ensuite que les chiffres de la délinquance juvénile augmentent sensiblement d’une année à l’autre et que les jeunes livrés à eux-mêmes choisissent de jeter des cailloux sur les forces de l’ordre plutôt que de s’appliquer à préparer leur avenir et celui du territoire. La Région ne semble guère vouloir éviter ce scénario du pire, si l’on s’en tient strictement à la lecture des événements « , déclare Halima, nom d’emprunt, l’intéressée ayant requis l’anonymat afin de se prémunir contre d’éventuelles représailles politiques.
Cette précaution peut aisément se comprendre, compte tenu du poids de la collectivité sur le marché local de la formation professionnelle. Le Département-Région de Mayotte représente à lui seul 80 % des actions de formation dispensées dans l’archipel, à travers des marchés publics.
Or, ces marchés font cruellement défaut pour 2027, déplorent les responsables des centres de formation consultés par la rédaction de Flash Infos en amont de la publication du présent article. Aucune visibilité ne se dessine pour les mois à venir, alors qu’aucun marché n’a, pour l’heure, été lancé par la collectivité.
Et pour cause : près de 20 millions d’euros doivent être mobilisés pour permettre à la collectivité de bénéficier des fonds européens. La règle en la matière exige que le Département-Région avance cette somme, qui lui sera remboursée par l’Union européenne une fois les actions de formation réalisées.
Soucieux de clarifier la situation, l’élu départemental chargé du secteur de la formation confirme l’existence d’un reliquat à régler aux centres de formation, tout en précisant que celui-ci concerne des actions en cours dans le cadre de marchés lancés pour les périodes 2023-2026 et 2024-2027.
Il confirme également que 7 millions d’euros doivent être mobilisés pour terminer l’année 2026. Il reconnaît, par ailleurs, que le Département n’a pas officiellement informé les acteurs de la formation de cette situation pour le moins compliquée. Seules les personnes ayant explicitement posé la question ont pu obtenir les informations nécessaires.
Le Département-Région se défend toutefois de renoncer à de nouveaux marchés pour 2027. Deux appels à projets seront bien lancés prochainement, pour une enveloppe globale de 19 millions d’euros.
Les services compétents s’emploient à réunir cette somme dans les délais impartis.
La piste retenue serait celle d’un prêt à contracter auprès de l’Agence française de développement (AFD).
Si aucune indication n’a été communiquée aux différents centres de formation de l’île jusqu’à présent, c’est simplement parce que le Département-Région préfère solder d’abord le reliquat qu’il leur doit avant d’officialiser de nouveaux marchés.
Ceux-ci concerneront les métiers sanitaires et sociaux.
Voilà une nouvelle qui devrait rassurer l’ensemble des acteurs de la formation à Mayotte.
Journaliste politique & économique



































