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Les conseillers signataires de la motion, déjà transmise au ministère de l’Intérieur et à la Haute Cour, invoquent officiellement des problèmes internes, notamment un manque de transparence dans la gestion des finances. Mais le calendrier de cette démarche soulève de sérieux doutes quant à ses véritables motivations.
Aux Comores, l’organisation de rassemblements politiques dans des espaces publics en dehors des périodes électorales n’est pas autorisée. Toutefois, ce sont surtout les partis d’opposition qui subissent régulièrement cette mesure. Or, l’organisation d’une réunion, samedi dernier, par un ancien cacique du parti au pouvoir dans la commune de Bambao ya Mboini s’est retournée contre le maire, Ali Nahouza, aujourd’hui dans la tourmente.
Cet édile, originaire d’Iconi, l’une des trois grandes villes de la Grande Comore, est en effet visé par une motion de défiance. Sur les 17 conseillers que compte la commune, 15 ont désavoué, le 13 octobre, le maire, qui, rappelons-le, est issu du parti au pouvoir, la Convention pour le renouveau des Comores (CRC).
Dans leur déclaration, les conseillers signataires évoquent des problèmes internes, notamment des dysfonctionnements préoccupants dans la gestion de la commune. Selon la lettre de convocation à la réunion d’urgence ayant abouti à cette motion de défiance, l’ordre du jour comportait sept points. Parmi ceux-ci figuraient l’absence de sessions annuelles, l’absence de budget pour l’année 2026, le non-respect du règlement intérieur ainsi que l’examen d’irrégularités administratives et comptables présumées.
« La réunion a eu lieu le 13 octobre. La commune est initialement composée de 19 conseillers, mais deux ne siègent plus. Il en reste 17, dont neuf issus de la Convention pour le renouveau des Comores. Mais seulement 15 ont signé. Le maire, lui, s’est abstenu, tout comme un autre conseiller indépendant. Pour le moment, nous attendons la décision de la Cour suprême », a indiqué le premier adjoint, Maoulida Mouhadjiri.
Confiance retirée
La commune, qui comptait 12 108 habitants en 2017, est composée de cinq localités : Iconi, Mbachile, Serehini, Ndruani et Moindzaza Mboini.
« C’est nous qui lui avons accordé notre confiance. Nous venons de la lui retirer en suivant la voie démocratique », a déclaré le conseiller Mohamed Mouigni lors d’une conférence de presse.
« Nous estimons que ces questions auraient d’abord dû être abordées directement avec M. Ali Nahouza. Les conseillers concernés auraient pu saisir officiellement le maire et demander la tenue d’une réunion extraordinaire afin d’obtenir des explications et de vérifier les faits avant d’engager une telle démarche », regrette un employé de la commune.
Ce dernier rappelle que le maire a mis en place des directions et accordé des délégations de signature afin de faciliter le fonctionnement des services municipaux. « Ces éléments doivent également être pris en compte dans l’examen des accusations relatives à la concentration des pouvoirs », estime-t-il.
Si les griefs formulés à l’encontre du maire, qui refuse pour l’instant de quitter ses fonctions, peuvent paraître légitimes, le calendrier de cette fronde interne suscite, en revanche, des interrogations.
Beaucoup établissent un lien entre cette motion de défiance et la récente réunion organisée par le mouvement de l’ancien ministre des Finances, Said Ali Chayhane. Le 10 octobre, son parti, Agir, avait rassemblé ses soutiens à Iconi, dans un foyer, créant la surprise alors que des voix s’élevaient pour interdire sa venue.
Ministre des Finances et du Budget de 2016 à 2021, Said Ali Chayhane est tombé en disgrâce en 2023, lorsqu’il a voulu se porter candidat au poste de gouverneur, défiant ainsi les directives du parti présidentiel. Il sera d’ailleurs exclu, avec d’autres ténors, pour avoir refusé de respecter les choix de la CRC lors des dernières élections de 2024.
Une réunion organisée par un opposant
Depuis, Chayhane, pourtant réputé proche du président Azali lui-même, est perçu comme un opposant au régime. C’est pourquoi les soutiens du parti au pouvoir originaires d’Iconi n’ont pas apprécié la tenue de son rassemblement, au point d’en tenir le maire pour responsable.
Pourtant, ce dernier assure n’avoir jamais délivré d’autorisation. « Dans le courrier qui m’a été communiqué le vendredi 9 octobre, le mouvement Agir nous a informés qu’il organiserait une réunion dans un cadre strictement privé et sans sonorisation extérieure. Je leur ai répondu que je prenais acte de leur demande, en reprenant mot pour mot le contenu de leur courrier dans ma réponse et en rappelant leurs engagements. Malheureusement, ils ne les ont pas respectés », s’est défendu, le 12 octobre, le maire Ali Nahouza, qui ne reconnaît pas la motion de défiance votée contre lui.
L’édile, qui a pris ses fonctions en juin 2025, dénonce le non-respect de la procédure par ses détracteurs, ainsi que les pressions qui auraient été exercées sur les conseillers qui le soutenaient. Un juriste interrogé par Flash Infos rappelle que l’article 327 du Code électoral de 2023 dispose expressément qu’une majorité des deux tiers du conseil communal peut révoquer le maire et ses adjoints, individuellement ou collectivement. Les conseillers communaux peuvent donc décider de mettre fin à son mandat, à condition de réunir cette majorité qualifiée des deux tiers.
« Toutefois, il ne suffit pas de réunir cette majorité. Encore faut-il respecter les règles de convocation du conseil, de quorum, de délibération et de vote prévues par la législation », insiste-t-il. Notre source précise que l’article 13 de la loi sur la décentralisation exige que chaque conseiller reçoive une convocation écrite comportant l’ordre du jour au moins huit jours francs avant la réunion, ou cinq jours francs en cas d’urgence.
« La régularité de la procédure est donc essentielle, indépendamment de la majorité obtenue. Si ces conditions ne sont pas respectées, la décision pourrait être contestée devant la juridiction administrative compétente », souligne le juriste.
Le maire Ali Nahouza, également conseiller du président chargé du sport, va-t-il saisir la Haute Cour ? Tout dépendra de la suite que le ministère de l’Intérieur donnera à la motion qui lui a été remise.
Journaliste presse écrite basé aux #Comores. Travaille chez @alwatwancomore
, 1er journal des ?? / @Reuters @el_Pais @mayottehebdo ??



































