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Les chauffeurs de bus de Mayotte reprennent le volant, sous certaines conditions

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Depuis lundi, les conducteurs de bus refusent de se mettre derrière leurs volants tant qu’ils n’ont pas la garantie d’être en sécurité. Au terme de nouvelles négociations acharnées, la sortie de crise est envisagée, mais sous certaines conditions.

L’heure n’est toujours pas à la rigolade pour les chauffeurs de bus. Après une première réunion ce lundi entre les représentants du personnel, les transporteurs et les élus du Département, bis repetita ce mardi. L’objectif du jour ? Essayer de trouver une sortie de crise pérenne. En vain. Malgré 1h30 de pourparlers, la position des conducteurs reste inchangée, avec le maintien du droit de retrait débuté la veille. Au grand dam de la collectivité qui pensait avoir pourtant trouvé des solutions satisfaisantes pour tous. « Vous ne voulez pas signer, donc vous nous affaiblissez. Nous comprenons votre souffrance, mais nous devons nous appuyer pour aller de l’avant », déclare d’une voix agacée Abdoul Kamardine, conseiller départemental de M’tsamboro. Mais pour les syndicats, il est hors de question d’aller de l’avant sans la certitude d’être en sécurité sur les routes.

Les organisations syndicales regrettent l’absence de l’État autour de la table des négociations ce mardi. Ils souhaitent attendre l’ultime réunion avec la préfecture, prévue ce mercredi, pour prendre une décision définitive. Las d’attendre, les élus du Département décident d’appeler le préfet en direct pour que ce dernier apporte son lot de garanties. Après plus de trois heures de discussion et l’intervention du délégué du gouvernement, les syndicats acceptent finalement de reprendre le travail, à une seule condition : la présence dès l’aube des forces de l’ordre sur les zones sensibles avant le passage des bus. En cas d’absence, les chauffeurs promettent de faire marche arrière…

Comme un air de déjà vu

Commencées ce lundi, les négociations avec les transporteurs et les chauffeurs de bus mettent surtout en lumière une ribambelle d’anciennes mesures. En effet, les élus du Département proposent la mise en place de film anti-caillassage sur les vitres, d’un dispositif de géolocalisation et de caméras de vidéoprotection dans tous les véhicules. Mais aussi le déploiement de 30 médiateurs dans les zones dites à risques, la reprise des parents relais, la révision de plan de transport pour que les élèves de Koungou ne passent pas par Majicavo, une patrouille de sécurité avant chaque mise en service des transports scolaires, matin et soir, ou encore les fouilles systématiques dans les sacs des élèves par les policiers et les gendarmes.

Des mesures déjà inscrites pour la plupart dans le protocole de sortie de crise de novembre 2020. Que la présidente de l’union départementale de la confédération syndicale des familles (UDCSF) n’hésite pas à rappeler. « Tout ce que vous proposez a déjà été dit précédemment et il n’y a pas eu d’engagement. Nous voulons vous faire confiance, mais vous devez mettre en place ces mesures », insiste-t-elle, appuyée par les chauffeurs de bus. Et si certaines d’entre elles sont déjà appliquées, leur efficacité laisse encore à désirer, comme en témoigne Yasmina Mabouroukou, membre du conseil syndical UI-CFDT. « Les bus caillassés vendredi étaient équipés de film anti-caillassage et pourtant, les vitres se sont brisées. » En réalité, les vitres brisées sont celles qui n’ont pas été filmées puisqu’il est interdit de recouvrir l’ensemble des vitres, pour des raisons de sécurité !

« Ce n’est pas la meilleure des solutions, mais nous n’avons pas mieux », prévient le représentant du groupe Matis. Suffisant pour convaincre le 1er vice-président du Département, Salime Mdéré, qui annonce la mise en place « immédiate » de cette mesure urgentissime. Alors que les autres « prendront plus de temps ». Un choix stratégique refusé par la présidente de l’UDCSF et les syndicats qui exigent de la « présence humaine » dans les véhicules pour que les chauffeurs et les élèves affichent davantage de sérénité.

« Trop d’engagements ont été pris »

Les représentants des parents d’élèves, les transporteurs et les conducteurs ont tous l’impression de revivre la même situation. En novembre 2020, les chauffeurs avaient entamé une grève illimitée à la suite d’agressions répétées. La grève de trois jours avait fini par trouver une issue favorable, cosignée par le Département, la préfecture, le rectorat, les transporteurs et les syndicats. Si les professionnels pensaient avoir trouvé des solutions sur le long terme, force est de constater que la situation s’est dégradée quelques mois plus tard… Conséquence : élèves et chauffeurs se sentent de moins en moins en sécurité ! « Le problème c’est que chacun travaille dans son coin et il n’y a pas de suivi », dénonce Anli Djoumoi Siaka, secrétaire général FO Transport logistique UNCP Mayotte.

Les nouveaux élus l’admettent, tout n’a pas pu être mis en place, car « trop d’engagements ont été pris », selon Abdoul Kamardine, le conseiller départemental de M’tsamboro. Pour le groupe Matis, le problème réside ailleurs. « Nous essayons de mettre des gilets par balle à nos enfants et aux chauffeurs alors que nous devrions retirer l’arme aux agresseurs », estime amèrement le représentant de l’entreprise. Et si finalement c’était cela la vraie solution ?

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