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Depuis plusieurs mois, un collectif de présidents de clubs pointe les dysfonctionnements existants au sein du comité départemental de karaté et disciplines associées de Mayotte. Cumul de fonctions, absence d’assemblées générales, de membres du comité directeur et même de documents de gestion… Épinglé par la Fédération française de karaté, l’instance pourrait perdre ses attributions, au grand dam des licenciés de l’île.

« Silence radio depuis », regrette le dirigeant d’un club de karaté de l’île, lorsqu’on lui demande des nouvelles de la direction du comité, qui ne nous répondra pas non plus. Ce « depuis », c’est le 22 novembre, date à laquelle un collectif de clubs ont écrit une nouvelle fois à la Fédération française de karaté (FFK) pour réclamer la révocation de l’ensemble du comité directeur. Ce ras-le-bol intervient après des mois de lutte pour tenter de comprendre les nombreux dysfonctionnements du comité départemental de karaté et disciplines associées de Mayotte, à jouer au chat et à la souris avec son président, Mohamed Tostao Ahmada, qui est visé par des demandes de régularisation de la part de la FFK elle-même. Une triste saga qui pourrait nuire aux licenciés de l’île, et sur laquelle il est nécessaire de revenir dès le début. Hajime.

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Entre le comité et les clubs affiliés, le ton n’a pas toujours été si rude. Si quelques irrégularités sont connues par les dirigeants de clubs, il ne suffisait que d’une étincelle pour mettre le feu aux poudres. Celle-ci intervient le 29 juillet 2022, la veille de l’assemblée générale réunissant les grandes figures du karaté local, après un mail du président de l’instance. « Étant hors territoire et beaucoup de problèmes d’organisation et d’indisponibilité de certains membres du bureau suite aux mariages, je vous propose de reporter l’assemblée générale qui était prévue le 30 juillet à une date ultérieure », y est-il écrit. Que nenni. Dix présidents décident de ne pas laisser passer ce manque de respect – pourtant l’une des valeurs de ce sport – et de se réunir comme prévu.

C’est lors de cette assemblée informelle que la déception explose. « C’est fini pour moi, je souhaite bonne chance au karaté mahorais », lâche, dépité, un maître emblématique de la région. Une tristesse qui parcourt la majorité des dirigeants présents, et pousse deux tiers des clubs de Mayotte à se constituer en « collectif de représentants des associations affiliées au comité départemental de karaté de Mayotte ». Leur première décision : convoquer leur président lors d’une assemblée générale extraordinaire, le 27 août, pour mettre à plat la situation du comité.

Des membres absents, non licenciés, voire non domiciliés à Mayotte

Le fait est que ce dernier est loin d’être aux règles. Selon le collectif, aucun bilan moral ni financier n’a été présenté pour les exercices 2019, 2020 et 2021 ! La faute, peut-être, à un comité directeur amputé de plusieurs de ses membres. Celle qui n’occupe rien de moins que le poste de trésorière est absente de toutes les assemblées. Pis, voilà plus de deux ans qu’elle n’est plus licenciée, critère pourtant essentiel pour siéger au comité directeur. Plusieurs autres membres de ce dernier brillent par leurs absences, certains n’étant même plus licenciés, voire domiciliés à Mayotte. Les conséquences ? Un directoire non représentatif composé de six membres du même club – le Shorin Ryu Kyudokan de Pamandzi –, ce qui est interdit selon les règles de la Fédération. À la tête de cet entre-soi, le président Ahmada donc, qui cumule les responsabilités en contrôlant le budget, les finances et les activités du comité.

L’AG extraordinaire du 27 août voit une nouvelle fois le président manquer à l’appel. Soucieux de rétablir l’ordre, le collectif lui propose une solution : une autre assemblée, révocatoire et élective afin de mettre en place un comité directeur qui tienne debout, et l’obligation de présenter les documents financiers relatifs à la gestion du comité. En refusant cela le 10 septembre, Mohamed Tostao Ahmada verse la goutte qui fait déborder le vase. De la colère des dirigeants du collectif découle une lettre à la FFK, dans laquelle sont constatés ces dysfonctionnements, le 24 septembre. « Par conséquent, selon l’art 4 alinéa 4 des statuts de la FFK, le collectif requière la dissolution du comité directeur, de son comité exécutif et la démission de son président », précise-t-elle.

C’est semble-t-il ce qu’il fallait pour faire sortir le président de son mutisme. Dans une lettre non datée consacrant beaucoup de lignes aux guerres d’égos (« Pourquoi tant de haine », « Je suis devenu son ennemi et aussi l’homme à abattre »), il démonte certaines attaques du collectif, et en encaisse d’autres. Les bilans financiers des trois dernières années sont aux mains des « experts-comptables », les licences ne cessent d’augmenter, et « le président que je suis fait tout, car je veux que le karaté se développe », affirme-t-il. Il y reconnaît néanmoins que sa trésorière est non licenciée, et promet « une assemblée générale avec les bilans financiers », et des « candidatures aux postes vacants » qui « seront publiées au moment opportun ».

« Un retrait total ou partiel des attributions »

Trop tardive, cette réponse n’empêche pas la FFK d’écrire à l’organisation mahoraise. C’est Francis Didier, président de la Fédération, qui s’adresse lui-même à Mohamed Tostao Ahmada. « La composition de votre comité directeur ne respecte pas les obligations qui sont les vôtres », écrit-il en soulignant la situation de la trésorière, avant de continuer : « L’organisation d’une assemblée générale élective est donc nécessaire. […] Vous vous devez d’organiser à minima une assemblée générale annuelle, ce qui à priori n’est pas le cas » ; « Vous n’avez pas adressé à la Fédération, depuis plusieurs saisons maintenant, les documents relatifs à la gestion et à la comptabilité du comité départemental de Mayotte ».

Enfin, après avoir demandé au président local de s’expliquer sur « les dysfonctionnements susvisés dans les plus brefs délais », la menace survient : « Ces différents manquements sont susceptibles d’engager l’une ou plusieurs procédures. […] Cette mise en œuvre peut consister en un retrait total ou partiel des attributions du comité départemental de Mayotte ». La sanction est là, comme une épée de Damoclès au-dessus des tatamis mahorais, et des centaines de licenciés qui les arpentent chaque semaine. Un mois plus tard, après un nouveau refus de M. Ahamada de participer à une réunion de travail du collectif, ce dernier envoie une nouvelle lettre à Paris, encore plus amère.

« Deux semaines après votre courrier, Mr AHAMADA Mohamed tostao et son équipe composé de son directeur technique et son responsable d’arbitrage s’empressent d’organiser des actives culturelles et sportives (le 29 octobre 2022 la journée des arts martiaux, le 11 novembre 2022 Open de Mayotte Kata et le 20 novembre 2022 l’Open de Mayotte combats), au nom du comité départemental qui ne siège plus dans vos instances depuis deux ans et qui par ailleurs, n’a reçu aucune approbation d’une Assemblée Générale ni budgétaire ni programmation 2022/2023 », déplorent les dirigeants dans cette lettre. « Il est urgent d’intervenir afin de mettre un arrêt sur la fonction illégale du comité départemental de Mayotte et permettre enfin à la jeunesse de Mayotte de participer aux diverses activités sportives et culturelles locales, régionales et nationales pour la saison 2022/2023 dans les règles », demande le collectif, qui exige enfin « la révocation de l’ensemble du comité directeur ».

À l’heure où sont écrites ces lignes, les services juridiques de la Fédération française de karaté étudient le cas mahorais afin de prendre une décision. Au sein des clubs de l’île, on craint le fameux « article 5 », qui provoquerait le retrait des attributions de l’organisme. « Tout ce que le Comité organiserait ne serait pas reconnu par la Fédération, on risque de se prendre un an ou deux sans activité ! », prévient le président d’un club du sud, qui pense à tous les jeunes licenciés mahorais. « Les gars ont fait un super boulot au début, mais il faut revoir le système administratif, on ne sait pas ce qu’il se passe, on n’a pas les documents, alors remettons tout ça à plat », continue-t-il.

À terre, les dirigeants du karaté mahorais ne veulent désormais que la fin du combat pour se reconcentrer sur l’avenir plus ou moins proche, comme le résume le sudiste : « De toute façon, 2023 à Madagascar, c’est déjà raté, donc on veut bien se préparer pour 2027 ».

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