Un rassemblement chiite en plein Mamoudzou met le feu aux poudres

Un rassemblement chiite en plein Mamoudzou met le feu aux poudres

Dimanche, plusieurs personnes se sont rassemblées dans le chef-lieu pour commémorer une date clé du chiisme, l'anniversaire de la mort de l'imam Hussein, petit-fils du prophète. Une scène qui a déclenché de vives réactions auprès de la population mahoraise, elle, à majorité sunnite.

Les images ont provoqué un tollé. Dimanche, plusieurs dizaines d'hommes vêtus de noir ont défilé autour du rond-point de la barge, dans le chef-lieu, en brandissant des drapeaux aux inscriptions arabes. Un rassemblement religieux célébrant l'anniversaire de la mort de l'imam Hussein, martyr et petit-fils du prophète Mahomet, et dont l'assassinat constitue un événement central dans le mouvement chiite. Une commémoration perçue, par la population mahoraise, d'un très mauvais œil.

"Il existe une communauté chiite à Mayotte depuis plusieurs années", précise d'emblée Saïd Saïd Kambi, président de la fédération des associations islamiques de Mayotte. "D'ailleurs, les premiers musulmans de l'île n'étaient certainement pas sunnites (alors qu'ils y sont aujourd'hui majoritaires, ndlr) !" Pour lui, la communauté chiite du département a grossi au gré des déplacements des populations indiennes vers Mayotte. Celles-ci ont continué d'observer leurs rites religieux, loin des regards de l'espace public. "Dans les années 80, le chiisme a ensuite commencé à émerger aux Comores", poursuit Saïd Saïd Kambi. "Avant d'être combattu par le président, Azali Assoumani." En atteste la révision constitutionnelle portée par le chef de l'État en 2018 et dont un article soulignait que la religion du pays reposait sur le mouvement sunnite à tendance chaféite. De quoi écarter un peu plus la minorité religieuse de la société, dont la pratique des rites avait déjà été interdite dans les lieux publics aux Comores en 2016.

"En conséquence, des Comoriens chiites, chassés, sont arrivés à Mayotte", développe encore le président des associations islamiques. "Mais leurs manifestations publiques comme celle observée dimanche sont un phénomène très nouveau." Premier et dernier souvenir en date, jusqu'à ce week-end, un rassemblement six ans plus tôt à Dzaoudzi-Labattoir, où un millier de musulmans avaient célébré le nouvel an religieux près de la mairie. "Cela peut être perçu comme un facteur de déstabilisation vis-à-vis de la communauté mahoraise, c'est une sorte de provocation, une façon de s'imposer au-delà des règles du vivre ensemble", analyse Saïd Saïd Kambi. "Ils ont osé ce que personne n'avait osé jusque-là. Ce que j'espère, c'est que ça ne donne pas d'idées aux autres…" Car, selon celui qui est aussi membre du Collectif, de telles manifestations, si répétées, pourraient virer en bataille communautaire.

L'extrême droite accuse un appel au djihad

Sur les réseaux sociaux, certains observateurs improvisés redoutent, eux, de voir émerger une mouvance religieuse beaucoup plus "radicale", comme qualifiée par le Rassemblement national. Le parti d'extrême droite n'a pas manqué l'occasion de surfer sur la polémique, en évoquant les "drapeaux noirs de Daesh" brandis par les manifestants, venus "véhiculer la haine et le séparatisme", selon un communiqué transmis le jour même par le bureau départemental du RN. "Comment le préfet peut-il autoriser une telle manifestation, qui n’a comme idéologie que l’appel au djihad ? Notre pays a engagé des milliers de nos soldats au Sahel au péril de leur vie pour éradiquer l’islamisme radical. Oui, la France est un pays laïc où la liberté de culte est garantie par notre constitution et Mayotte ne doit pas faire une exception. Mais pas pour ceux qui prônent la destruction fondamentale de nos libertés que ce soit de culte ou de nos cultures".

Saïd Saïd Kambi se veut lui plus rassurant. "Je ne crois pas à l'arrivée de l'islamisme radical sur nos îles", sourit-il. "Il y a une tendance, dans les médias occidentaux, à souvent considérer cette religion comme déviante avant tout. Ce rassemblement a-t-il une connotation extrémiste ? Je n'en sais rien. Mais je crois simplement que tout ce qui peut menacer la cohésion sociale de Mayotte est à éviter."

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