Manifestation | Au moins 1 400 Mahorais dans la rue

Manifestation | Au moins 1 400 Mahorais dans la rue

Après la pétition, la manifestation. Au moins 1 400 personnes (selon la police) voire 5 000 Mahorais (selon les organisateurs) ont participé jeudi matin à la manifestation organisée par l'intersyndicale et le collectif pour s'opposer au projet suspecté de Communauté de l'archipel des Comores, malgré le démenti du Quai d'Orsay mercredi.

"L'histoire de Mayotte s'écrit ici". Au micro, les organisateurs de la manifestation contre le projet suspecté de Communauté de l'archipel des Comores apportent de la solennité au rassemblement. Au moins 1 400 personnes (chiffre de la police) s'élancent jeudi matin dans les rues de Mamoudzou, au son de La Marseillaise. Organisée par le collectif et l'intersyndicale, à l'origine du mouvement social contre l'insécurité, la marche blanche se déroule sous un soleil de plomb. Dans le cortège, drapeaux français et couleurs nationales sont arborés tandis que les emblèmes des syndicaux sont prohibés pour marquer l'unité, précisent les responsables du défilé.

Une action devant le bureau des étrangers

"Nous disons non au retour de l'esclavagisme", lâche Maoulida Momed, l'un des organisateurs. Il annonce "au moins 5 000 manifestants" dans le cortège. Le chiffre semble quelque peu gonflé, même si la foule est dense lors du premier arrêt devant le bureau des étrangers. Quelques manifestants secouent les grilles du site préfectoral et tentent d'envoyer un cercueil en carton, symbole de l'enterrement du projet de la Communauté de l'archipel des Comores, de l'autre côté du portail, où sont positionnées quelques forces de l'ordre. "Le bureau des étrangers devait vraiment fermer jusqu'à nouvel ordre", souligne Maoulida Momed qui ne "regrette pas du tout" l'action d'une minorité de participants. Lors de sa visite en mars dernier, la ministre des Outre-mer, Annick Girardin, s'était engagée à fermer un mois le service des migrations et de l'intégration. Il n'a pas rouvert au grand public depuis, pour des raisons inconnues (dans la mesure où la grève interne des agents est terminée et le délai d’un mois passé), mais est accessible à certains usagers sur rendez-vous.

Le cortège s'élance ensuite en direction du centre hospitalier de Mayotte et du commissariat de police avant de redescendre sur la rocade et de rejoindre le point de départ, à savoir la place de la République. "Macron, guerre civile en marche" peut-on notamment lire sur une banderole, en référence au nom du parti politique du président de la République.

"Il faut que les Comores reconnaissent finalement que nous sommes Français", déclare Maoulida Momed. "Chacun a son identité. On doit se respecter [mais] les Comores agenouillent la France, une grande nation."

Un mot d'ordre élargi

Estelle Youssouffa, la journaliste mahoraise et consultante en affaires internationales à l'origine de la pétition contre la Communauté de l'archipel, prend la parole à l'issue du rassemblement : "Mayotte aujourd'hui a besoin de vous, de se faire entendre (...) Mayotte est debout et Mayotte dit non. La Communauté de l'archipel, c'est l'annexion de Mayotte par les Comores, c'est la mort de Mayotte (...) Macron, écoute, regarde, parce que Mayotte est en train de dire : +Karivendze+ (On ne veut pas, en shimaoré)", lance celle qui est aussi opposée à "la feuille de route et à la coopération régionale [avec l'Union des Comores]. C'est la mort de Mayotte (...) On demande l'abandon total de la feuille de route. Il n'y a pas de négociation en douce dans les petits bureaux. On arrête !"

Et le maire de Tsingoni et vice-président de l'association des maires de Mayotte, Bacar Mohamed, d'ajouter : "Je voudrais exceptionnellement lancer un message au président [de la République] pour lui dire qu'il ne peut pas y avoir de négociation quelconque avec l'Union des Comores si elle ne reconnaît pas Mayotte comme étant un département français". En somme, le motif du rassemblement – le refus d'un projet suspecté de Communauté de l'archipel – est élargi.

Démenti du Quai d'Orsay

C'est peut-être l'une des conséquences de la prise de parole, mercredi après-midi, du ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian. Interrogé sur le sujet par la députée mahoraise Ramlati Ali (La République En Marche) lors des questions au gouvernement à l'Assemblée nationale, il a démenti le projet de Communauté de l'archipel : "J’ai déjà eu l’occasion de dire dans cet hémicycle que la rumeur de création d’une Communauté de l’archipel des Comores était sans fondement. Je vous le redis ici une nouvelle fois et très solennellement. Je regrette qu’un certain nombre d’acteurs continuent de relayer, par voie de presse, ces rumeurs. Nous ne transigerons pas sur le statut de Mayotte au sein de la République française, je l’ai déjà dit à plusieurs reprises et je vous le redis aujourd’hui. Nous avons été amenés à condamner publiquement, y compris ici, les mesures prises par les Comores le 21 mars dernier pour interdire la reconduite sur leur territoire des Comoriens entrés illégalement à Mayotte. Ces pratiques ne sont pas acceptables. Face aux blocages que nous avons pu constater sur cette question de la réadmission et à la poursuite des arrivées d’immigrants irréguliers à Mayotte, nous avons décidé de suspendre, depuis le 4 mai dernier et jusqu’à nouvel ordre, la délivrance des visas demandés par les Comoriens pour se rendre en France. Tout cela n’empêche pas la discussion et le dialogue avec les autorités comoriennes, que je poursuis moi-même directement, afin que nous puissions lutter conjointement et efficacement contre les filières d’immigration illégale et aboutir à des actions concrètes de développement aux Comores. J’espère que la confiance et le dialogue que nous souhaitons permettront d’aboutir à ces résultats le plus rapidement possible", appelle de ses vœux le ministre.

 

Les tensions à Sada évoquées

Par ailleurs, des tensions ayant eu lieu la veille à Sada sont évoquées lors de la manifestation. "Cette nuit [de mercredi à jeudi, NDLR], Sada s'est battue. Les clandestins ont même eu l'audace d'aller encercler la mairie", déclare lors de sa prise de parole à l'issue de la marche blanche Estelle Youssouffa. L'auteur de la pétition – qui a d'ailleurs circulé au format papier lors du rassemblement – fait référence aux propos tenus par le maire de la commune, Anchya Bamana, quelques heures plus tôt sur les ondes de Mayotte La 1ère et chez nos confrères du Journal de Mayotte. Des personnes en situation irrégulière se seraient rassemblées autour de l'hôtel de ville après que des villageois qui les hébergeraient ou les feraient travailler illégalement leur auraient demandé de quitter les lieux, provoquant de vives tensions, selon l’élue. Le tout après une opération récente du parquet et un courrier adressé par l'élue aux habitants suspectés d'héberger des clandestins, indiquait-elle.

La version des faits est démentie par la gendarmerie, qui précise qu'environ 70 personnes d'origine comorienne se sont effectivement rassemblées dans la nuit de mercredi à jeudi. "Nous n'avons contrôlé personne en situation irrégulière. On n'a pas contrôlé tout le monde", précisent les gendarmes. Les individus se sont rassemblés pour obtenir des explications suite à une action d'environ 70 villageois la veille. Un cortège est passé dans certains quartiers de Sada demandant à des clandestins supposés de quitter les lieux. Tout ou partie de ces derniers sont en situation régulière et sont venus réclamer des explications à la mairie. Aucun fait de violence n'a été constaté par les gendarmes lors des deux événements distincts.

 

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