Laboratoire de Mayotte : les négociations au point mort

Laboratoire de Mayotte : les négociations au point mort

Depuis le 8 avril, une majorité des salariés du Laboratoire de Mayotte expriment leur mécontentement vis-à-vis de la direction. En fin de semaine dernière, les négociations étaient toujours au point mort. Si le directeur a transmis une nouvelle proposition, tout porte à croire que la mobilisation ne semble pas faiblir.

 

Les grévistes du laboratoire privé de Mayotte ont achevé leur troisième semaine de mobilisation vendredi. Le mouvement social aurait pourtant pu se terminer le 17 avril dernier, jour où une proposition de sortie de crise leur avait été soumise devant la Dieccte (Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi). "Nous l’avons jugée convenable", admet Ben Housman Abdallah, délégué Sud-Santé-Sociaux au laboratoire. Sauf que "la direction n’a pas donné suite", selon lui. Puis plus rien jusqu’à la réception par les collaborateurs d’un SMS du Docteur Troalen, directeur du laboratoire, en date du 22 avril. "De nombreuses avancées sociales ont été accordées par la direction. Cet effort aura un impact budgétaire important pour les années à venir. Cependant, la situation de blocage actuelle dégradant considérablement la situation économique du laboratoire, sans une reprise du travail d’ici le mercredi 23 avril, le financement de ces mesures ne sera plus possible. De

ce fait, l’accord sera caduque", écrivait-il alors. En effet, employés et employeur avaient préalablement trouvé un terrain d’entente sur un certain nombre de revendications. Premièrement, le versement d’un treizième mois en juin. Deuxièmement, une prime d’activité de 18 centimes accordée sur chaque dossier, représentant "un montant de 12.000 euros par an pour l’entreprise" selon le Docteur Troalen. Troisièmement, la mise en place d’une convention collective nationale (notamment une mutuelle "pour un coût total de 15.000 euros"). Et enfin, l’augmentation d’1,5 % des salaires en 2019.

 

Un moratoire demandé par la direction

Malgré cette date butoir, les grévistes ont décidé de ne pas reprendre le travail. Et l’affaire a pris une nouvelle tournure jeudi dernier lorsque l’inspecteur du travail a prévenu le représentant syndical que le Docteur Troalen souhaitait rajouter un moratoire stipulant qu’aucun salarié

ne pourrait négocier d’augmentation salariale, de manière collective ou individuelle, pendant dix-huit mois. Une requête justifiée et assumée par le principal intéressé "pour qu’il n’y ait pas de nouvelle crise dans deux mois".

Réponse de Ben Housman Abdallah ? "Nous voulons bien le signer si la direction nous octroie une hausse de 10 %, ou nous accorde une prime annuelle de 900 euros. La balle est dans son camp !" Conscient de l’ampleur du mot, le Docteur Troalen a transmis une nouvelle proposition dans la matinée de vendredi, avec "une revalorisation du point d’indice d’ancienneté et une augmentation salariale en fonction des accords nationaux trouvés par les syndicats, dans le but de s’exonérer de ces négociations à l’échelle locale." D’un point de vue plus général, ce mouvement a créé de nombreuses tensions au sein de la société, estime Ben Housman Abdallah. "Des personnes extérieures à l’entreprise réalisent des prélèvements. C’est une entrave au droit de grève", dénonce-t-il. "C’est n’importe quoi !", réplique le Docteur Troanel. "Ils n’admettent tout simplement pas que tout le monde ne soit pas gréviste. Ils ont envoyé des mots de délation au CHM. C’est une mascarade." Après trois semaines de grève, la direction dit s’en sortir avec les moyens du bord. "À 2,5 techniciens, nous faisons le boulot, alors qu’en temps normal, nous sommes au nombre de neuf. Cela me fait dire que nous sommes sûrement en sur-effectif." Des têtes seraient-elles susceptibles de tomber ? La perspective ne risque en tout cas pas de mettre fin au mouvement.

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