Grève des conducteurs : le centre de Mamoudzou paralysé

Grève des conducteurs : le centre de Mamoudzou paralysé

Lundi à l'aube, une soixantaine de salariés de Matis – réseau de transport scolaire du département – ont entamé une grève illimitée bloquant les axes principaux pour rejoindre Mamoudzou grâce à des cars scolaires. Ils réclament une "clarification" de la situation des chauffeurs salariés après l'annonce de la réorganisation de l'allotissement du marché des transports scolaires prévu d'ici 2019 par le Conseil départemental.

 

" Un nouveau mouvement social de grande ampleur serait catastrophique pour Mayotte", s'inquiète une automobiliste bloquée au niveau de la barge pendant près d'une heure ce lundi matin. Plusieurs centaines d'autres véhicules ont été immobilisés aux abords de Mamoudzou. En cause, la soixantaine de salariés de la société Matis – exploitant du réseau de transports scolaires du 101ème département français – et leur projet de grève "illimitée", débutée ce lundi dès 4h du matin. Les grévistes avaient bloqué tous les axes principaux pour rejoindre le centre-ville de Mamoudzou à l'aide d'une quinzaine de cars scolaires*. Le rond-point de la barge, encadré de quatre cars scolaires, ainsi que la rue menant au Conseil départemental avec pas moins de six autocars, ont été choisis par les grévistes "car ce sont des points stratégiques" et étaient ce lundi les endroits les plus touchés par le mouvement. Aucun véhicule n'était autorisé à passer, "à l'exception des ambulances". "Pratiquement tout le service est déployé pour contrôler la manifestation et les possibles débordements", explique l'un des policiers affectés au rond-point de la barge. Initié par FO-UNCP – syndicat majoritaire dans le secteur du transport à Mayotte – ce mouvement social résulte du lancement d'un appel d'offres par le Conseil départemental afin de réorganiser les allotissements du marché des transports scolaires à l'horizon 2019. En effet, le département envisagerait de le répartir en six lots géographiques et thématiques distincts, plus un lot "gestionnaire".

"Une inquiétude prématurée"

Les grévistes revendiquent notamment le retrait de la division des salariés en différents lots et la garantie du maintien de l'emploi et des acquis sociaux ainsi que la reprise des personnels de contrôle. "Plusieurs fois", les salariés de Matis ont tenté de contacter le Conseil départemental afin de trouver une solution "à l'amiable". "Nous avons envoyé plusieurs préavis ces derniers mois. Aucune réponse ne nous est parvenue sauf la réaffirmation de leur (au Conseil départemental, ndlr) décision. Nous avons le sentiment que le personnel a été oublié dans cette affaire", déplore un salarié de Matis. "Nous voulons rencontrer le président du Conseil départemental (Soibahadine Ibrahim Ramadani, ndlr) qui est l'autorité organisatrice des marchés publics. Je ne conteste pas les lots qui pourraient être réorganisés mais la clarification de notre situation doit être faite", assure Djoumoi Anli, dit "Siaka", secrétaire général FO Transport et délégué syndical dans l'entreprise Matis. Le département, lui, assure comprendre l'inquiétude des salariés. "Effectivement, ils manifestent une inquiétude par anticipation mais les procédures permettent de garantir la reprise du personnel donc c'est une inquiétude qui est certes légitime, mais qui nous paraît prématurée. Nous, nous faisons en sorte que les textes soient respectés de manière à ce que ces inquiétudes puissent être levées et puis rien n'est encore décidé dans l'attribution des lots", affirme Jacques Toto, directeur des ports et des transports maritimes et terrestres.

Les deux parties campent sur leur position

Les deux parties pourraient trouver un terrain d'entente puisque le département aurait proposé aux grévistes de les rencontrer à 16h00 ce lundi pour "discuter" de la situation et trouver "ensemble" une solution. Seule condition : débloquer les routes du centre-ville en levant les barrages. "Nous voulons travailler dans la sérénité et non dans l'obligation d'un groupe de salariés. Pour l'instant (à 16h30, ndlr), la situation n'est toujours n'y a pas d'amélioration de la circulation, en d'autres termes, s'ils ne lèvent pas les barrages, nous nous refusons à les recevoir au Conseil départemental", déclare Ousseni Ahamada, directeur du cabinet du président du Conseil départemental. Une condition qui a du mal à passer chez les salariés de Matis. "Nous avons bloqué les routes pour avoir une discussion avec des responsables politiques. Eux veulent le déblocage des routes pour entamer une réunion. C'est un peu le chat qui se mord la queue", déplore un conducteur de cars scolaires, salarié de Matis et gréviste. Et d'ajouter que "durant quatre mois, nous n'avons pas été pris au sérieux par les responsables politiques, aujourd'hui ils commencent à nous écouter. Nous ne voulons pas retirer notre carte maîtresse du jeu, ça ne serait pas cohérent de notre part, mais nous ne voulons pas non plus créer une grève sans fin". De son côté, la société Matis et notamment son directeur, Didier Fontaine, certifie que ce mouvement est "indépendant de la volonté de la société" et présente ses excuses aux usagers de la route et principalement aux usagers des transports scolaires. Il "désapprouve" également l'utilisation des bus dans le but de provoquer des barrages. Sur les 79 salariés "et plus" de la société, près de quinze seraient "non-grévistes" et tenteraient d'assurer une partie des rotations. Une information démentie par les salariés en grève ce lundi affirmant que "tous sont solidaires au mouvement même s'ils ne sont pas tous présents aujourd'hui". * Les conducteurs de cars arrêtés en plein milieu des routes du centre-ville ont tous reçu une contravention de la part de la police municipale.

 

Des réactions antagonistes

Une grève qui a agacé bon nombre d'automobilistes bloqués ce lundi matin dans le centre-ville de Mamoudzou. "Ça fait presque une heure que je suis dans ma voiture. J'ai décidé de laisser mon véhicule à Mamoudzou pour me rendre au travail à Kawéni à pied. Ce qui se passe avec Matis et le département c'est leur problème, nous ne sommes en aucun cas responsables de tout cela. Je suis assez énervé par cette action. Cela n'a aucun sens de bloquer des personnes qui vont travailler. C'est déplorable !", s'indigne un homme au volant de sa voiture, sous réserve d'anonymat. Cependant, d'autres comprennent la situation. "Même si je ne suis pas avec eux pour manifester, je comprends tout à fait leurs revendications. C'est honorable de se battre pour des convictions. Actuellement, il faut des mouvements sociaux pour faire comprendre le mal être national", estime un piéton aux abords du Conseil départemental, sous couvert d'anonymat également.

 

 

 

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