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À Mayotte, le retour des soirées signe celui du sexisme ordinaire

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Cela fait à peine deux mois qu’elle a pris ses fonctions et pourtant Taslima Soulaimana, la nouvelle directrice régionale aux droits des femmes et de l’égalité entre les femmes et les hommes a de grandes ambitions pour la femme mahoraise. Elle est cependant consciente que la tâche ne sera pas si facile. 

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Le viol est un mal invisible, et à Mayotte on profite de cette invisibilité pour ne pas en parler. Dans une société où le sexe est tabou, les victimes d’agressions sexuelles sont trop souvent réduites au silence. Cependant, les langues commencent à se délier, et les victimes veulent désormais se faire entendre malgré les nombreuses barrières qu’elles doivent franchir.

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On dit souvent de Mayotte qu’elle est une société matriarcale. Pourtant, tout comme en métropole, si ce n’est plus, le sexisme est ici aussi bien présent, et revêt plusieurs formes. La plus banalisée d’entre elle, le sexisme ordinaire, semble avoir, dans les Outre-mer, de beaux jours devant lui.

C’est une date que tout le monde – ou du moins, une bonne partie de la France – attendait avec impatience. Depuis le 9 juillet, les boîtes de nuit sont rouvertes. Avec elles, les bars, durement touchés par la crise sanitaire, mettent les bouchées doubles pour proposer, chaque week-end, des soirées à faire oublier le temps du confinement et de la distanciation sociale.

Au milieu des affiches bariolées qui circulent toutes les semaines sur les réseaux sociaux afin de promouvoir ces événements, certaines imposent un dress code ouvertement sexy aux clientes féminines, afin de gonfler la fréquentation et le chiffre d’affaires de certains établissements, sous couvert de lubricité. Celles en mini-jupe sont dispensées de payer l’entrée, ou, une paire de talons aux pieds, se verront offrir une consommation gratuite. Les hommes, eux, doivent payer plein pot, quel que soit leur accoutrement.

Souvent, une tenue « chic » est exigée, mais particulièrement codifiée lorsque celle-ci concerne ces dames. Le procédé n’a rien de nouveau. Au contraire, il est devenu tellement habituel, à Mayotte et au-delà, qu’il ne choque plus personne. Et pourtant, offrir des avantages à une femme selon sa tenue vestimentaire, au mépris de sa liberté d’incarner sa féminité comme chacune l’entend, relève ni plus ni moins que du sexisme ordinaire. Sa forme la plus banalisée.

Le sexisme ordinaire, c’est celui qui n’a l’air ni méchant, ni violent, à tel point qu’on ne le relève pas – ou plus. C’est ces petits gestes, ces sifflements dans la rue, ces petits surnoms, ces phrases, « Ma jolie », « Et les enfants, c’est pour quand ? », « Oh, tu devrais te maquiller, fais un effort ! », ces blagues misogynes, dénigrantes, qui remettent sans cesse en question et en cause la condition de la femme.

À Mayotte, ce sont les taxis qui vous demandent en mariage dès lors que vous ouvrez leur portière. Ce sont ces hommes qui, lourdement, insistent pour vous raccompagner quand ils vous aperçoivent marcher seule dans la rue. Ce sont les regards déplacés portés sur une poitrine ou un fessier bombé. Tout ce qui pourrait sembler flatteur, mais ne fait que renforcer les stéréotypes de genre. Alors non, le sexisme ordinaire n’est ni un viol ni une agression, mais il n’en est pas moins du sexisme. Il enroule ses tentacules autour des corps trop sexualisés des femmes, dont l’étreinte lancinante est une atteinte permanente à leur liberté d’être et de choisir.

Les Outre-mer, plus touchés par le sexisme que la métropole

En 2019, le ministère des Outre-mer lançait une enquête dédiée aux violences et rapports de genre (VIRAGE), à La Réunion, en Guadeloupe et en Martinique. Si la consultation n’a pas pu être menées à Mayotte, où beaucoup de données étaient encore (et sont toujours, pour certaines) inconnues des institutions compétentes, le tableau dépeint sur l’île Intense pourrait faire écho au contexte local : dans les espaces publics, le sexisme y serait deux fois plus présent qu’en métropole, au vu du nombre de femmes ayant déclaré avoir déjà été sifflées ou interpellées sous prétexte de drague (36%). Elles sont aussi trois fois plus nombreuses que sur l’Hexagone à rapporter « des propositions sexuelles indécentes » malgré leur refus (3%).

Selon les conclusions de l’enquête, « près d’une femme sur deux en emploi ou au chômage a subi au moins un fait de violences dans les espaces publics contre un tiers chez les femmes inactives ». Par ailleurs, les femmes âgées de 20 à 29 ans seraient les plus exposées aux insultes, aux sifflements et autres interpellations. Dans leur vie professionnelle, près d’un quart d’entre elles ont déjà subi des violences psychologiques, les plus courantes, et une femme sur vingt est victime d’harcèlement sexuel au travail, contre une sur trente en métropole. Au sein du couple, une Réunionnaise sur trois a déjà été victime de violences psychologiques, là encore. Et les principaux sujets de dispute porteraient sur la répartition des tâches ménagères et l’éducation des enfants. Évidemment.

Point positif néanmoins, depuis l’émergence du mouvement #MeToo, la dénonciation des violences sexuelles et sexistes prend de l’ampleur et est davantage acceptée socialement. Enfin, les victimes sont entendues, reconnues. Dans le cas de Mayotte, « c’est par l’éducation que la femme mahoraise peut s’émanciper », défendait il y un an Taslima Soulaimana, directrice régionale aux droits des femmes et de l’égalité entre les femmes et les hommes. Depuis sa prise de fonction, les campagnes de sensibilisation au sexisme et aux violences sexuelles se multiplient à travers l’île, dans le milieu sportif, professionnel et médical notamment. « Il est aujourd’hui encore difficile de changer les mentalités, mais nous continuons à y travailler avec les partenaires. » Car aussi vrai qu’il faille sensibiliser le plus grand nombre au danger du sexisme, encore faut-il savoir le reconnaître partout où il se cache.

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