Masques : une gestion élastique pour couvrir les besoins à Mayotte

Masques : une gestion élastique pour couvrir les besoins à Mayotte

Depuis le début de la crise, les masques sont au centre des débats. L’agence régionale de santé doit gérer un stock important pour approvisionner les professionnels de santé libéraux ainsi que les habitants contaminés au Covid-19 et leurs cas contacts. Un travail rigoureux qui exige une organisation minutieuse pour ne pas faire voler en éclat la gestion de ce précieux sésame.

Arrivé à l’agence régionale de santé le 17 février dernier en tant que responsable financier, Victor Mathe a vu son poste quelque peu évoluer avec la crise sanitaire que subit Mayotte depuis bientôt trois mois. Dans son bureau situé au rez-de-chaussée, le jeune homme doit se frayer un chemin à travers les monticules de cartons qui jonchent la pièce pour rejoindre son siège. Covid oblige, il apporte alors sa pierre à l’édifice au service logistique des masques. Une plateforme indispensable qui permet de fournir des protections aussi bien aux professionnels de santé de libéraux qu’aux personnes contaminées et à leurs cas contacts.

Mais avant cela, l’ARS doit tout d’abord batailler avec Paris pour recevoir des quantités suffisantes. Et à ce petit jeu-là, elle n’a pas tout à fait la main, même si l’envolée de la propagation du virus de ces dernières semaines lui assure de se trouver sur la pile des dossiers prioritaires du gouvernement. “Notre stock se gère à l’échelle nationale par Santé Publique France. Et nous avons une équipe ici qui s’occupe de la priorisation du fret médical”, précise Victor Mathe. Une fois acheminés sur l’île aux parfums, les transitaires récupèrent le colis et se chargent de les envoyer dans trois points identifiés et sécurisés pour éviter des vols, comme cela a pu être le cas il y a quelques semaines au centre hospitalier de Mayotte. “Nous avons un suivi rigoureux avec un bon vieux fichier Excell pour gérer notre distribution”, sourit-il.

Distribution dans les officines et à domicile

Tout ce travail en amont s’articule dans un but précis : la délivrance de masques chirurgicaux et FFP2 dans la vingtaine d’officines du territoire, que viennent ensuite récupérer les différents libéraux, à raison d’une fois toutes les deux semaines. Selon leur patientèle, les 11 chirurgiens-dentistes, les 149 infirmiers, les 55 kinésithérapeutes, les 34 médecins, les 23 pharmaciens et les 26 sages-femmes reçoivent chacun une quantité bien déterminée en accord avec les réglementations (voir tableau). Ces chiffres sont en constante augmentation en fonction de la réouverture de certains cabinets jusqu’alors fermés. Autres habitants concernés par cette distribution ? Les personnes testées positives et leurs cas contacts. “Chacun d’eux reçoit quinze masques pour la période d’incubation, soit une huitaine de jours.” À la différence des professionnels de santé, le mode de réception est sensiblement différent. Ce sont des bénévoles du comité régional olympique et sportif (Cros) qui gère les livraisons au domicile des habitants concernés.

Si la gestion des stocks a pu parfois paraître sensible aux yeux de l’opinion publique en raison de l’explosion de la demande internationale, l’agence régionale de santé certifie que la période la plus délicate est bel et bien derrière elle. “La semaine dernière, nous avons reçu une grosse quantité de SPF. Il y a eu des moments un peu critiques, en termes de gestion, il n’y a pas eu de pénurie. En tout cas, nous ne sommes plus en flux tendu, comme cela peut être le cas actuellement pour les blouses”, concède Victor Mathe. Pour se soulager, l’ARS a également commandé 4.000 masques en tissu à une entreprise locale pour protéger ses agents sur le terrain ainsi que les associations avec qui elle collabore. Toujours est-il que le responsable financier met quiconque au défi de réussir cette mission épineuse sans traverser aucune zone de turbulence : “Cela ne se fait pas aussi facilement que ce que les internautes pensent sur Facebook…”

 

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