Les équipes mobiles de prélèvement à Mayotte, entre préparation et stigmatisation

Les équipes mobiles de prélèvement à Mayotte, entre préparation et stigmatisation

Depuis le début de la crise sanitaire, le centre hospitalier de Mayotte a mis en place des équipes mobiles de prélèvement pour réaliser des tests à domicile. Une mission qui demande une préparation relativement lourde en matériel et qui se cogne par moment au refus de quelques habitants, qui ont peur des conséquences du dépistage.

Samedi 14 mars. Le premier cas positif au Covid tombe officiellement. Le centre hospitalier de Mayotte se réorganise pour faire face à la propagation du virus. Si la plupart des dépistages se font à Mamoudzou et dans les quatre centres de soins et d’accouchements délocalisés de l’île (Dzaoudzi, Kahani, Mramadoudou et Dzoumogné), l’établissement décide de mettre en place des équipes mobiles de prélèvement pour se rendre directement au domicile de la population. Infirmière à la médecine du travail de l’hôpital, Dhatya Soilihi est la première à se voir confier cette mission. « Pendant une semaine, j’ai sillonné l’île toute seule », se remémore-t-elle, avant d’expliquer avoir été rejointe par plusieurs de ses collègues pour renforcer les rangs de cette brigade spécialement constituée pour gérer la crise sanitaire.

Une préparation relativement lourde

Trois mois plus tard, ce nouveau service fonctionne comme sur des roulettes, ou presque. Suspendu quelques jours par la cellule de crise pour renvoyer le personnel soignant vers son cœur de métier, la direction a finalement décidé de faire machine arrière. « Les habitants qui présentent des symptômes appellent le 15. Et c’est le médecin régulateur du Samu qui nous oriente vers eux », confie celle qui a été désignée par sa hiérarchie pour coordonner les effectifs, sur les routes de 7h à 15h. À ses côtés : 8 chauffeurs et 2 à 3 infirmières, en poste dans chaque centre médical de référence (CMR), et formées à l’habillage, au déshabillage et au geste technique du test nasopharyngé pour déterminer si une personne est porteuse du virus. Depuis son bureau, Dhatya Soilihi se charge de gérer les plannings des uns et des autres, de passer les commandes de matériels et de s’assurer que les kits de prélèvement et de protection soient complets. « Il faut que les voitures soient suffisamment chargées pour ne pas avoir de rupture de stocks une fois sur le terrain car les demandes tombent au fur et à mesure dans la journée. À moi de répéter les consignes et de vérifier, pour être sûre que ce genre de couac ne se produise pas », sourit-elle. Réparties sur cinq secteurs, les équipes peuvent réaliser jusqu’à une cinquantaine de tests par jour, avant que les bilans ne soient déposés au laboratoire en fin d’après-midi pour être analysés.

Des problèmes de stigmatisation

Toutefois, un phénomène propre à Mayotte rend leur quotidien quelque peu complexe. À savoir la stigmatisation du virus par la population. Provoquant quelques difficultés lorsqu’une équipe doit se rendre sur place… « Il arrive au moins une fois par jour que nous recevions un refus alors qu’il était prévu que nous procédions à un test. Quand nous les contactons pour demander leur adresse, certains nous disent qu’ils ne sont plus malades tandis que d’autres nous annoncent carrément qu’il s’agit d’un faux numéro », relate Dhatya Soilihi, qui s’inquiète de la recrudescence de ce type de comportement. Selon elle, il est nécessaire de leur « faire prendre conscience des risques pour eux et leur famille ». Alors quand ce genre d’événement se produit, l’infirmière le précise dans son récapitulatif envoyé quotidiennement au Samu, à l’agence régionale de santé (ARS) et à Santé Publique France. « Je rédige une annotation sur ceux qui ont refusé ou sur ceux qui ont montré des réticences pour faciliter le travail de l’équipe qui s’occupe du suivi des cas. » Une bonne manière de prévenir la formation de futurs clusters et de couper les éventuelles chaînes de transmission.

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