Les conséquences du confinement sur la santé mentale des Mahorais

Les conséquences du confinement sur la santé mentale des Mahorais

Il est évident que le confinement n’est pas vécu de la même façon par tout le monde. Les conditions de vie, et la santé psychologique de chacun d’entre nous ont leur rôle à jouer. Mais une chose est sûre, cette situation vient bouleverser notre quotidien, et cela n’est pas sans conséquences.

“Tous les matins, je me demande si c’est réel. J’ai l’impression qu’on est en train de vivre un cauchemar.” Iman, 26 ans, essaye encore de comprendre la crise sanitaire qui touche le monde entier. La jeune femme de nature joviale et positive a l’impression d’être prisonnière d’une situation qui lui échappe. “Comment en est-on arrivés là ? Tout est arrivé si vite. Du jour au lendemain, on nous demande de tout arrêter, ce n’est pas facile à assimiler pour moi”, confesse-t-elle. Iman n’est pas la seule à se poser une multitude de questions. Delaïde, 24 ans et mère d’un enfant, a dû apprendre à gérer ses émotions seule alors qu’en temps normal, elle est aidée par une psychologue. “Je me suis retrouvée face à mes émotions, à des blessures… Alors je me suis posée pour y réfléchir. Je suis arrivée à un stade où ma psy me manquait, j’avais besoin d’elle, mais j’ai fait autrement”, explique-t-elle. Tous ces questionnements sont le fruit du confinement qui nous accorde plus de temps. Certains en profitent pour faire de nouvelles activités et d’autres se posent des questions existentielles. “Chacun va réagir différemment face à la situation. Si la personne est touchée par une certaine fragilité, cela peut éveiller certaines choses chez elle”, informe Lucie Bouflet, psychologue à l’Acfav, association qui lutte contre tous types de violences. Raison pour laquelle tous les professionnels de la santé mentale insistent sur le fait de ne pas s’isoler complètement et de rester en contact avec son entourage. Et ceux qui vivent en famille doivent appliquer certaines règles pour que la cohabitation ne devienne pas un supplice. “Il est important de faire des activités en famille, mais c’est également nécessaire que chacun ait son espace et qu’il puisse faire ce qu’il veut”, avertit la psychologue. “J’aime mon mari, mais j’ai aussi besoin de me retrouver seule sans mari, sans enfant, juste moi”, déclare Delaïde. Cela peut en effet éviter les disputes avec les conjoints et les enfants. Ces derniers ont d’ailleurs besoin de plus d’attention en ce moment, même si certains parents s’arrachent les cheveux lors des devoirs. “Cette situation suscite beaucoup de questions chez eux. Ils sont déréglés, il y a un changement dans leur quotidien, ils ne vont plus à l’école. Mais si l’enfant est épanoui dans sa famille, le confinement se passera plutôt bien. Si en revanche il a des difficultés avec l’entourage familial, cela peut être très difficile à vivre pour lui”, note la professionnelle.

Nouvelle forme de pression sociale

Certains se sont découvert une passion ou un talent en mettant à profit le temps libre octroyé par le confinement. Mais cela entraîne également une forme de culpabilité et de pression chez les autres qui préfèrent ne rien faire. “Depuis le confinement, je suis frustrée et les idées ne sont pas claires dans mon esprit. Je pense que c’est dû à cette pression sociale qui veut qu’on fasse constamment des choses qu’on ne fait pas en temps normal”, souligne Maria, 30 ans. D’autres culpabilisent de ne pas pouvoir offrir à leur famille le confort absolu, à l’image de Mia, mère de deux enfants en bas âge. “Nous vivons dans un 50m2 avec mes deux enfants et mon mari. En tant que parents, on culpabilise énormément, car les enfants sont enfermés, on n’a pas de jardin pour qu’ils puissent jouer à l’extérieur et ils ne font plus d’activités extrascolaires. Ils se lassent vite et ce n’est pas facile.”

Les populations qui vivent dans des situations précaires subissent également une forme de pression sociale. Ces personnes doivent respecter les règles du confinement afin de ne pas mettre les autres en danger, mais il est difficile de rester confiné dans une case en tôle où les conditions de vie sont loin d’être idéales. “D’un point de vue psychologique je comprends que certains continuent à sortir. C’est difficile d’être confiné quand sa maison ne le permet et qu’on vit dans des conditions difficiles. Ces personnes ont un peu plus de mal à comprendre le confinement et c’est normal”, analyse la psychologue Lucie Bouflet. Malgré tous les conseils des professionnels, il n’existe finalement pas de mode d’emploi pour vivre le confinement. Alors chacun gère la situation comme il le peut afin de ne pas y laisser des plumes.

 

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