Le don de savon réunionnais nous glissera-t-il entre les mains ?

Le don de savon réunionnais nous glissera-t-il entre les mains ?

Précarité aidante, nombre de familles à Mayotte ne peuvent subvenir aux besoins élémentaires en produits sanitaires, en des temps où ils relèvent pourtant de l’indispensable. Touché par la situation, le Syndicat national des infirmières et infirmiers libéraux de La Réunion tente de se mobiliser pour fournir plusieurs centaines de kilos de savon. Et attend l’appui des institutions mahoraises.

Pour Anne-Laure Albisetti, c’était une évidence. Présidente du Syndicat national des infirmières et infirmiers libéraux de La Réunion (Sniil 974), également formatrice auprès de ces personnels, la responsable était en visite dans ce cadre à Mayotte le mois dernier, peu avant que les premiers cas de Covid-19 n’apparaissent sur l’île. Du territoire et de ces soignants, elle a donc une connaissance, qu’a par ailleurs renforcée l’arrivée du virus. Elle le raconte : “Des infirmières de Mayotte m’ont alors appelé pour me dire qu’un des gros problèmes était l’absence de savon dans beaucoup de familles à Mayotte. Or, quand on parle de gestes barrières, encore faut-il que les gens puissent se laver les mains.” De fait, “il était difficile de rester insensible à une problématique que rencontrent des confrères du 101ème département”.

S’impose donc l’idée de lancer une collecte de savon. Elle sera distribuée à Mayotte pour partie par l’Union départementale des associations familiales (UDAF) via les associations en place, et pour autre partie par le biais des syndicats infirmiers de l’île aux parfums afin que les soignants puissent les distribuer à domicile quand il y en aura besoin. Pour réunir les dons, Anne-Laure Albisetti met à contribution la communauté musulmane de La Réunion, à quelques semaines du ramadan. Ses représentants se montrent enthousiastes, sous réserve toutefois de pouvoir organiser la récolte, car, confinement oblige, les déplacements sont plus que limités aussi chez nos voisins réunionnais. Mais se pose surtout la question du transport jusqu’à Mayotte, toutes les liaisons aériennes étant interrompues.

Utiliser le Mistral

Quelques jours plus tard – il y a un peu plus d’une semaine –, c’est à l’occasion d’une réunion avec l’agence régionale de santé (ARS), le préfet de La Réunion, le CHU de l’île, et plusieurs autres syndicats de soignants qu’Anne-Laure Albisetti fait part de son initiative aux autorités de l’île Bourbon. “Le préfet de La Réunion étant préfet de zone”, rappelle-t-elle, “j’estime que c’est aussi notre devoir de faire quelque chose pour la population de Mayotte.” L’idée est bien accueillie et le haut fonctionnaire valide même la possibilité d’acheminer la collecte grâce au Mistral, qui a justement vocation à ravitailler l’une et l’autre des deux îles en fonction des besoins. Emballé c’est pesé ? Pas tout à fait.

Car pour que cette collecte ait une utilité, encore faut-il pouvoir réunir “entre 300 et 500 kg de savon”. Une grosse quantité qui fait dire à un autre président de syndicat qu’il serait bienvenu que les institutions de Mayotte se mobilisent elles aussi en ce sens. C’est ainsi qu’Anne-Laure Albisetti rentre en contact avec la Délégation de Mayotte à La Réunion, “qui m’a mise en contact avec le conseil départemental”. Elle poursuit : “En tant que soignants, nous avons besoin que les institutions nous soutiennent. J’ai donc demandé s’ils pouvaient faire passer cette demande en commission. Après avoir demandé des devis, il s’avère que les coûts pour autant de savon sont trop élevés. Dans ces conditions, si je suis seule, je refuse de lancer une collecte, car je ne parviendrai pas à obtenir de quoi envoyer au moins 300 kg de savon, et en dessous la manœuvre est inutile.” Dossier clôt ? Disons plutôt en suspens.

L’infirmière était en effet hier encore dans l’attente d’un retour institutionnel mahorais “pour avoir une réponse concrète sur ce que le conseil départemental peut donner, mais aussi sur un appel qui devait être lancé aux municipalités de Mayotte, car ce sont aussi de leur ressort d’après la délégation. Ils comprennent que je ne puisse pas en faire plus et m’ont dit tout mettre en œuvre pour arriver à ce montant minimum de 300 kg”.

Les associations mises à contribution

Contactée par nos soins, la Délégation de Mayotte à La Réunion explique être “en train d’étudier toutes les solutions pour accompagner au mieux cette initiative”. Dans les faits, la solution privilégiée a été la mise à contribution de la Fédération des associations mahoraises de La Réunion (Famar) pour réunir, via son réseau associatif, la quantité de savon nécessaire. Ce que confirme la délégation elle-même : “Nous centralisons les dons et lorsque toutes les associations nous les auront remis, nous les transmettrons au Sniil 974”, commente-t-elle, justifiant ce choix par le fait que “l’aide exceptionnelle attribuée par le conseil départemental dans le cadre de l’épidémie de Covid-19 se concentre essentiellement sur l’aide alimentaire. C’est la raison pour laquelle nous avons fait appel aux associations, qui sont toujours assez bien mobilisées. C’est la solidarité mahoraise qui se manifeste”. Ou plutôt qui doit se manifester, car pour l’heure, la Famar – que nous avons également contacté – est, elle aussi, dans l’attente de précisions. “Certaines associations ont commencé la collecte, d’autres veulent en savoir plus sur l’organisation pour la lancer, car les associations sont réparties dans toute l’île, et avec le confinement, il n’est pas évident de récupérer les dons”, détaille la fédération, expliquant être dans “l’attente d’un retour.”

Vraisemblablement pas encore mise au courant de la mobilisation des associations, Anne-Laure Albisetti semblait un peu découragée : “À la base, je suis une simple bonne volonté, j’ai juste voulu mettre en place une aide solidaire, car en tant que présidente de syndicat j’ai un réseau qui me permet de mettre tout le monde en action.” Compréhensible, d’autant que “nous avons une chance inouïe, car le préfet de La Réunion veut bien s’occuper de la livraison, et gratuitement.” Souhaitons que l’initiative du secteur privé réunionnais se concrétise rapidement avec l’appui des institutions mahoraises, car la prochaine venue du Mistral à Mayotte est prévue pour le 17 avril.

 

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