Remise de médailles sans le "ministre de l'urgence"

Remise de médailles sans le "ministre de l'urgence"

Ayant quitté précipitamment le territoire dans la nuit de lundi à mardi en raison de l'incendie de Notre-Dame de Paris, le ministre de l'Intérieur n'a pu honorer le programme de son dernier jour sur l'île aux Parfums – et notamment d'une cérémonie de remises de médailles prévue ce mardi. C'est donc le préfet Dominique Sorain qui s'en est chargé, affirmant que le "ministre de l'urgence" avait, malgré son départ soudain, porté "une attention particulière" aux problématiques de l'île aux parfums.

 

Une légère ambiance de déception flottait ce mardi matin au-dessus de la préfecture de Grande-Terre, avant que le préfet ne remette des médailles aux agents de la fonction publique et aux membres de la société civile s'étant distingués. En effet, cette cérémonie devait s'inscrire dans le cadre de la visite de Christophe Castaner, arrivé dimanche sur l'île aux parfums mais reparti précipitamment dans la nuit de lundi à mardi, pour "pouvoir se rendre à Paris afin d'apporter son soutien et de témoigner de sa solidarité aux Français" après l'incendie survenu lundi soir à Notre-Dame de Paris.

Atmosphère un peu ébahie ce matin donc, sur le site de la préfecture de Grande-Terre, même si l'on entendait au loin les sifflets familiers de la manifestation des grévistes du premier degré emmenés par le SNUipp-FSU, certainement placés devant le vice-rectorat.

Aux côtés d'un panel de personnalités locales – le procureur de la République Camille Miansoni, le général Philippe Leclercq, le maire de Mamoudzou Mohamed Majani, etc. –, le préfet Dominique Sorain a prononcé un discours solennel à l'adresse des agents de la fonction publique, des représentants du monde économique et des notables du monde civil. Il a d'abord partagé avec l'assemblée le contenu de ses derniers échanges avec le ministre de l'Intérieur, ayant décollé vers 2h du matin dans la nuit de lundi à mardi à bord d'un Falcon de la Marine nationale. Ce dernier aurait "regretté de ne pas avoir pu achever cette visite" à laquelle il a toutefois porté "une attention particulière". Mais être ministre de l'Intérieur c'est être "ministre de l'urgence", a rappelé Dominique Sorain et son absence à Paris alors qu'un incendie venait de ravager l'un des monuments les plus symboliques de la capitale "n'était pas concevable".

Déplacement "marathon"

Cependant, son séjour "marathon" aura permis au ministre de "repartir avec de nombreuses pistes", y compris dans le domaine environnemental, a assuré le préfet lors de son discours mardi matin. Christophe Castaner aurait encore confié au préfet qu'il était "fier" de l'engagement des services de l'État à Mayotte mais qu'il "comprenait que certains trouvent qu'il n'y avait pas eu assez d'efforts pour Mayotte". Dominique Sorain a rappelé les engagements du ministre de l'Intérieur : l'implantation d'un plus grand commissariat à Mamoudzou dans les prochaines années, le maintien du troisième escadron de gendarmerie mobile et l'arrivée de plus de 60 personnels de sécurité en 2019. "Il a pris pleinement conscience de l'impact de l'immigration illégale", a encore déclaré Dominique Sorain. À ce sujet, le haut représentant de l'État à Mayotte a estimé que "les efforts paient mais que nous devons rentrer dans un nouveau processus" et notamment un dispositif civilo-militaire, tel que le souhaite le président de la République. Cette stratégie avait été évoquée lundi par Christophe Castaner alors qu'il était à bord du navire intercepteur. Elle permet entre autres une coordination plus affirmée entre les différents corps, la Marine, la police aux frontières, les douanes, la gendarmerie, voire la Légion étrangère, dans le cadre de la lutte contre l'immigration clandestine. "Il nous faudra être plus ambitieux", a déclaré fermement le préfet.

 

Rires non protocolaires

À la suite de son discours, le préfet a remis des médailles aux policiers, gendarmes, militaires, fonctionnaires des services de l'État et membres du monde associatif s'étant particulièrement distingués ces derniers mois. Ainsi ont-ils été décorés de médailles de bronze et d'argent pour leur mobilisation, notamment lors du mouvement social de 2018, de la crise des décasages ou encore durant celle des "gilets jaunes" à La Réunion alors qu'ils avaient été envoyés en renfort. La cérémonie s'est déroulée dans la plus grande solennité à l'exception de la remise de médaille à Binti Assani, du service de paie de la préfecture. Décorée pour avoir "contourné chaque jour les barrages au prix de plusieurs heures de marche quotidienne pour assurer le service de paie", Binti Assani a eu toute la sympathie du public. Quelques rires ont émaillé l'assistance à la lecture de ces quelques mots, se sont généralisés puis ont été suivis de francs applaudissements. "C'est hors protocole mais ça donne une grande popularité", s'est amusé le préfet. Si le ministre de l'Intérieur a dû écourter son séjour, la ministre des Outre-mer Annick Girardin est, elle, toujours attendue le week-end prochain.

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