Pour Ramlati Ali, « Mayotte se trouve dans une situation de pourrissement »

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Sur les réseaux sociaux ou dans la rue, formellement ou spontanément, les initiatives se multiplient pour répondre à la délinquance qui flambe à nouveau sur l’île aux parfums. Au risque, parfois, de voir l’exaspération prendre le pas sur la loi. 

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Lors de la séance de questions au gouvernement, la députée Ramlati Ali a rappelé tous les maux dont souffre actuellement Mayotte : flambée de violences, crise socio-économique, situation de pourrissement et fragilité économique. Mais aussi que les Mahorais ne supportent plus l’insuffisance de réaction de l’État. En guise de réponse, le ministre des Outre-mer, Sébastien Lecornu, s’est rabattu sur l’opération Shikandra et sa lutte contre l’immigration clandestine et sur les renforts de la gendarmerie et de la police nationale envoyés depuis 2015.

Que faire et que dire pour que l’État prenne conscience de la recrudescence de la délinquance dans le 101ème département ? Alors que Mansour Kamardine s’époumone habituellement à jouer les lanceurs d’alerte, c’est Ramlati Ali qui a pris le relais ce mardi lors de la séance de questions au gouvernement. Et la députée de la majorité n’y est pas allée de main morte et a sorti l’artillerie lourde pour créer un électrochoc. « Mayotte connaît actuellement une flambée de violences sans précédent. En effet, depuis plus d’un mois, de très vives tensions matérialisées par des actes de violences physiques et sociales se multiplient quotidiennement, accentuées par une grave crise socio-économique », a-t-elle lâché en préambule, en s’adressant au ministre des Outre-mer, Sébastien Lecornu. « Le constat est sévère et génère une forte inquiétude au sein de la population. Pas un jour ne passe sans que l’on assiste au triste spectacle de voitures dégradées et brûlées, de rackets d’automobilistes, de pillages, d’affrontements entre bandes rivales. »

Un message sous le signe d’un ras-le-bol généralisé qui intervient après des scènes de « guérilla » de plusieurs jours entre des jeunes « armés de machettes » de Miréréni et de Combani, qui « sèment le chaos » sur la commune de Tsingoni. N’ayant pas sa langue dans sa poche, Ramlati Ali a continué : « Mayotte se trouve dans une situation de pourrissement, avec des habitants apeurés, exaspérés, qui décident de se protéger eux-mêmes. » Première réponse apportée par le successeur d’Annick Girardin ? « Il faut se parler très franchement : la situation à Mayotte est extraordinairement préoccupante et malheureusement, [elle] ne date pas d’hier. Sur ces défis qui nous attendent, il faut qu’on arrive à dresser des solutions en regardant les choses et en parlant sans tabou. » Une belle manière de botter en touche et de faire comprendre que le gouvernement n’a pas de recette miracle sous le coude…

Une grève à durée indéterminée

La députée en a profité pour insister sur le mouvement social Chez Jumbo Score qui gangrène l’approvisionnement en denrées alimentaires depuis près de 60 jours. « Et dans deux jours [ce jeudi 17 septembre, ndlr], l’intersyndicale sera en grève pour une durée qui risque d’être indéterminée. » Face à ce climat social plus que tendu, la médecin de profession a rappelé les propositions faites par les 4 parlementaires, le président de l’association des maires et les 2 élus du Département au cours de leur récente entrevue avec le MOM. En ligne de mire : le recours aux militaires et le déploiement d’un plan Harpi sur le territoire, à l’instar de l’opération similaire qui se déroule en Guyane contre l’orpaillage clandestin. Une possibilité évoquée « par le président, Emmanuel Macron, lors de la rencontre avec les maires d’Outre-mer à l’Élysée en février 2019, dans le cadre du grand débat national ». Rappelant au passage que la direction territoriale de la police nationale « ne demande qu’à voir ses équipes renforcées ».

1.200 militaires et policiers positionnés

Pour se défendre sur ce sujet, Sébastien Lecornu a sorti le grand jeu en vantant la montée en puissance régalienne sur le territoire. « Je rappelle un chiffre : pratiquement plus de 1.200 militaires de la gendarmerie et policiers nationaux sont désormais positionnés à Mayotte, soit pratiquement plus de 400 effectifs supplémentaires depuis 2015. » Suffisant ? Pas assez diront les habitants de l’île aux parfums. Alors le ministre des Outre-mer a aussi mis l’accent sur la désormais trop célèbre « lutte contre l’immigration clandestine », plus connu sous le nom du « plan Shikandra ». Qui a produit « des résultats tout à fait significatifs en 2019 » avec ses 27.421 reconduites à la frontière. Sauf que le Covid-19 et le confinement ont « gêné » ces belles promesses… « Ce dispositif doit de nouveau produire ses effets, en lien notamment avec les forces armées qui sont déployées dans le cadre de l’action d’État en mer. » Sans oublier « une initiative diplomatique forte » avec les Comores « pour avoir des résultats en la matière ». Plus convaincant ? Toujours pas si l’on décrypte la fin de l’intervention de Ramlati Ali. « Force est de constater qu’en dépit des efforts de l’État, l’arsenal de lutte contre l’insécurité mis en place est insuffisant au regard de la situation incendiaire que connaît Mayotte. » Comme si elle se doutait que la réponse de Sébastien Lecornu ne serait pas à la hauteur de ses espérances. « Le désespoir et le sentiment d’abandon sont très forts au sein de la population mahoraise. Elle est excédée par cette insuffisance de réactions face à cette violence sans fin. Les Mahorais sont des Français qui attendent des résultats concrets et des mesures adéquates afin de rétablir la loi et l’ordre sur le territoire mahorais. »

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