La petite enfance, le budget qui fait sortir de ses gonds l’élu en charge des finances

La petite enfance, le budget qui fait sortir de ses gonds l’élu en charge des finances

Un mois après jour pour jour le débat d’orientation budgétaire, les élus du conseil départemental se sont réunis vendredi dernier pour voter le budget primitif de l’année 2020. Phénomène rare, le président de la commission finances a conjuré ses collègues de ne pas donner son aval sur le budget petite enfance. Une suspension de séance a finalement remis les esprits en ordre de marche.

« Je vous en conjure, le budget petite enfance ne peut être voté en l’état. » Ce cri de désespoir ne vient ni plus ni moins du président de la commission finances, développement économique et touristique au Département, Ben Issa Ousséni. Réunis en séance plénière autour du budget 2020, les quelques élus présents à l’hémicycle Bamana vendredi dernier « tombent » de leur chaise en entendant leur collègue prononcer cette phrase. En cause : 55 millions de dépenses, dont 26 millions d’euros de masse salariale, pour seulement 24 petits millions de recettes. Pour le Monsieur chiffres de la collectivité, l’opération mathématiques parle pour elle-même… « On a un train de vie de l’ordre de 11 millions d’euros par an (qui correspond aux charges de gestion générale, ndlr) », ajoute-t-il. Pour lui, il apparaît tout simplement inconcevable d’appuyer cette réalité. À ce rythme-là, « on met en danger la structure petite enfance qui serait amenée à crever dès 2021 », plaide-t-il, en n’hésitant pas à bomber le torse pour donner corps à sa voix grave. Face à ce constat, il implore les conseillers départementaux à la raison. Leur rappelant au passage que les compensations financières de l’État ne sont toujours à la hauteur des attentes. « Je vous remercie, que chacun prenne ses responsabilités, moi j’ai pris les miennes ! »

À peine son micro éteint, que le directeur général des services, Mahafourou Saidali, s’empresse, sur ordre du 2ème vice-président du Département, Issoufi Ahamada, d’apporter quelques nuances sur les faits exposés. Par exemple, sur les 11 millions d’euros, 7 sont utilisés pour financer les vaccins. Quant à la masse salariale, une bonne partie du montant serve à rémunérer les familles d’accueil des enfants en difficulté. Et pour tenter d’atténuer les tensions, celui-ci poursuit son argumentaire en évoquant « un besoin initial de 71 millions d’euros en fonctionnement ». Une remarque qui fait bondir Ben Issa Ousséni, qui ne peut s’empêcher de réagir frontalement. « Le monde économique est en train de se liquéfier et on préfère vivre au-dessus de nos moyens ! Je ne veux pas être celui qui laisse un déficit de la sorte à nos successeurs », assène-t-il de plein fouet à son auditoire, tel un boxeur prêt à porter un coup fatal à son adversaire. Trop peu pour Issoufi Ahamada qui esquive l’uppercut et saute sur l’occasion pour rappeler à l’ordre son collègue. « Vous avez pris la parole à la hâte sans qu’on vous la donne. On vous a déjà écouté avec beaucoup de respect. À votre tour d’écouter nos techniciens en ce qui concerne les budgets. On a compris que vous défendiez le monde économique. Chacun a ses priorités ! Le débat doit être mis sur la table et tranché de manière équitable pour que la population comprenne les mesures prises. »

Une mission de contrôle de gestion diligentée

La bataille des mots fait rage. Et les réactions se multiplient. Mohamed Sidi monte alors sur le ring pour tenter de désamorcer la bombe qui plane au-dessus des entreprises mahoraises… Alors que le

Medef Mayotte estime les besoins entre 10 et 20 millions d’euros pour venir en aide aux sociétés impactées par le Coronavirus, le Département s’engage à leur mettre à profit les 14.7 millions d’euros de cotisations directes. De quoi calmer les ardeurs de Ben Issa Ousséni ? Pendant un moment, peut-être. Mais cette intervention ne semble pas convaincre l’élue de Tsingoni, Fatimatie Bintie Darouchi Razafinatoandro, qui propose de reporter le vote du budget au mois de juillet. « Je vous demande d’ajourner ce rapport pour nous donner de la visibilité », souffle-t-elle. Une proposition balayée d’un revers de la main par Issoufi Ahamada, qui explique que sans ce vote, il ne sera pas possible de réaliser les actions imaginées ces dernières jours, comme les mesures d’urgence en période de Coronavirus. Pour trouver un arrangement satisfaisant pour tous, le président du groupe de la majorité, Ali Debré Combo, propose une suspension séance de cinq minutes pour en débattre à l’abri des regards indiscrets… Et comme bien souvent dans ce genre de situation, une réunion à huis clos aboutit toujours à un terrain d’entente ! Pour preuve : « Il est de notre devoir et de notre responsabilité de tenir compte des observations des uns et des autres. Mais on ne doit pas omettre la crise mondiale qui appelle à des mesures d’urgence pour pouvoir soulager notre population. [Celles-ci] ne peuvent être mises en œuvre si on fait un blocage sur le budget. » Seule condition pour aller dans ce sens ? Qu’une mission de contrôle de gestion soit diligentée sur le budget annexe petite enfance pour étudier toutes les possibilités pour le ramener à un montant jugé raisonnable et que le DGS présente d’ici deux mois une décision modificative pour prendre en considération les débats du jour… Suffisant pour redonner le sourire à tout le monde ? Oui, à l’exception de Ben Issa Ousséni qui décide de s’abstenir.

 

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