Immigration | L’État veut « s’attaquer au portefeuille » des passeurs

Immigration | L’État veut « s’attaquer au portefeuille » des passeurs

Le préfet Dominique Sorain et le procureur de la République Camille Miansoni ont installé mercredi le groupe d’enquête sur la lutte contre l’immigration clandestine. En pleine crise diplomatique avec l’Union des Comores, l’État entend renforcer ses moyens pour lutter contre les filières de passeurs.

Il sera opérationnel le 1er septembre. Le préfet Dominique Sorain et le procureur de la République Camille Miansoni ont installé mercredi le groupe d’enquête sur la lutte contre l’immigration clandestine (Gelic). Ce dispositif était une promesse de la ministre des Outre-mer, Annick Girardin, après la grève générale contre l’insécurité et l’immigration clandestine, qui a paralysé l’île entre février et avril dernier. La mesure fait suite à la création fin mai d’un état-major sur la lutte contre l’immigration clandestine avec à sa tête un sous-préfet, le renforcement des effectifs de police et de gendarmerie et la pérennisation d’un troisième escadron de gendarmerie mobile.

Le Gelic sera initialement composé de huit personnels (deux agents de la police aux frontières, deux policiers de la sécurité publique, deux gendarmes, un référent de la douane et un référent des finances publiques) et sera renforcé au besoin.

« Un signal fort »

Objectif : lutter contre « de véritables filières » de passeurs, indique le préfet. Il y a « toute une organisation » au sein de ces dernières, selon le délégué du gouvernement. « La gendarmerie a mené des opérations ces derniers jours qui montrent qu’à terre, il y a des guetteurs qui sont positionnés ». Les interceptions de kwassas seront facilitées en septembre par l’arrivée de nouveaux moyens maritimes. 

Le Gelic, une unité inédite, va permettre de  « s’attaquer au ressort économique et financier de l’immigration clandestine, (…) au portefeuille de ceux qui vivent de cette filière ». La masse financière engrangée par une filière de passeurs récemment démantelée, après plusieurs mois d’enquête, est estimée à au moins 1,6 millions d’euros par la police aux frontières.

Le Gelic « va être un outil pour venir renforcer les services d’enquête de la police et de la gendarmerie (…) L’immigration clandestine est un sujet en soi à Mayotte. Ailleurs, ce type de structure se consacre à l’économie souterraine, à la fraude, aux stupéfiants », relève Dominique Sorain.

Le groupe d’enquête pourra compter sur la collaboration de correspondants dans chaque administration entrant dans son spectre d’action : « Dieccte pour le travail illégal, Deal pour l’habitat illégal, caisse de sécurité sociale de Mayotte pour les fraudes sociales, direction de l’immigration de la préfecture pour les fraudes aux titres de séjour », précise la préfecture, qui est en train de rechercher des locaux en Grande-Terre pour cette nouvelle unité.

« Le Gelic est à la fois un signal fort, pour indiquer clairement que la question de l’immigration à Mayotte est identifiée comme une question majeure, qui a des ramifications économiques, sociales… C’est aussi un outil opérationnel, qui vient en complémentarité avec les autres outils existants », déclare le procureur de la République, Camille Miansoni. « La plus-value de cette unité est d’associer gendarmes et policiers, inspection du travail, inspecteurs des finances publiques qui ont une compétence pour aller rechercher, retracer les flux », ajoute-t-il. Le procureur évoque également « une criminalisation organisée » au sein de ces filières. « On ne se contente pas de gagner de l’argent (…) Il s’opère aussi des actes de violence, des actes graves », déplore-t-il.

Le préfet souligne par ailleurs que des animaux et des marchandises sont retrouvés à bord des kwassas. Dernier exemple en date dans la nuit de mardi à mercredi, avec la saisie de « quantités importantes de tabac ».

« Saisie des embarcations »

Et le préfet d’ajouter : « L’autre pilier dans la lutte contre l’immigration clandestine, ce sont les reconduites vers les Comores », reconnaît-il, alors que l’Union des Comores refuse d’accueillir ses ressortissants interpellés en situation irrégulière depuis le 21 mars dernier. « Même si nous ne pouvons pas reconduire, nous procédons à la saisie des embarcations, à l’interpellation des passeurs », fait savoir le délégué du gouvernement. « L’objectif fixé par le gouvernement est la reprise régulière des reconduites » vers les Comores. « Cela fait l’objet d’un travail gouvernemental et diplomatique en cours. Il va continuer parce qu’on ne peut pas rester dans cette situation (…) Ces reconduites régulières ne suffiront pas non plus si on ne s’attaque pas à ce système d’économie de l’immigration. Cela va ensemble. il faut mener ces combats parallèlement », ajoute-t-il, en référence à la mise en place du Gelic. Mais la crise diplomatique en cours n’est pas de nature à renforcer la faible coopération judiciaire avec l’Union des Comores, et donc à remonter les filières de passeurs. « La coopération fait partie des sujets abordés ces derniers mois avec les Comoriens. Il est nécessaire qu’ils contrôlent au moins en partie la construction de bateaux et les départs » en kwassas, met en exergue le préfet.

Dominique Sorain veut aussi que le Gelic mène « tout un travail de prévention, pour encourager les gens à respecter les règles (…) Les filières se nourrissent de l’emploi d’étrangers en situation irrégulière » à Mayotte, regrette-t-il.

« Cette lutte contre l’immigration clandestine est un élément essentiel de l’action publique. On ne peut pas imaginer un développement du territoire si on ne régule pas » cette dernière, affirme le délégué du gouvernement. « Les habitats illégaux qui prolifèrent dans certaines zones montrent bien l’ampleur du phénomène. »

Le préfet est également revenu sur la fermeture partielle du bureau des étrangers, débutée lors du mouvement social contre l’insécurité. Ces « services de la préfecture ne sont pas complètement fermés. ils reçoivent les étrangers qui renouvellent leur titre de séjour. Cela signifie que les autres [les usagers non accueillis, NDLR] sont ceux qui sont rentrés irrégulièrement sur le territoire. » Le bureau des étrangers « n’a pas été rouvert pour des raisons d’ordre public. Nous sommes dans une situation grave sur le territoire (…) Il y a des risques d’affrontements intercommunautaires », justifie-t-il. Les demandes d’asile sont également traitées, indique le délégué du gouvernement.

 

 

 

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