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Ils ne sont pas moins de 12 candidats déclarés ou en passe de le faire à briguer le fauteuil de député de Mayotte pour la seule circonscription n°1. Parmi eux, il y a Mohamed Moindjié, natif de M’Tsapéré, très connu pour sa très grande implication dans les milieux associatifs locaux, son passé d’élu dans la commune de Mamoudzou, ainsi que son parcours professionnel de cadre supérieur dans l’administration territoriale. Il exerce actuellement les fonctions de directeur général des services au sein de l’association des maires de Mayotte. De part ces différentes casquettes portées au service des autres, il s’estime suffisamment préparé à devenir parlementaire.

Flash Infos : Vous êtes candidat à la députation de Mayotte dans la circonscription 1, pouvez-vous brièvement vous présenter à vos futurs électeurs ?

Mohamed Moindjié : Je suis un père de famille (cinq enfants dont la plus grande a 22 ans et fait de grandes études, la plus petite est âgée de 8 ans, elle est actuellement scolarisée en CE2) qui essaie de leur donner la meilleure éducation possible, dans un contexte difficile de croissance démographique très forte, de violence, aux abords et à l’extérieur des établissements. Chaque jour que mes enfants rentrent à la maison, sains et saufs, est une journée de gagnée.

Deuxièmement, je suis aussi un serviteur de la chose publique, au service des autres et de l’intérêt général, cadre supérieur de la fonction publique territoriale et ancien élu local. De cette double expérience au service des gens, je pense être l’homme de la situation. En effet, j’ai beaucoup appris aux côtés et au service des autres, pour être prêt aujourd’hui à occuper cette fonction de député de la Maison France, député de Mayotte. J’ai une suppléante, Dharina-Hyati-Attoumani de Majicavo, commune de Koungou, institutrice et présidente d’association, impliquée pour les gens, pour son village, et qui défend une cause juste, l’autisme, que nous allons porter à l’Assemblée nationale. Une femme engagée au service des autres, des enfants, de ses enfants.

FI : L’immigration clandestine en provenance des îles et d’ailleurs est un sujet central dans les préoccupations quotidiennes des Mahorais. Quel est votre regard sur cette problématique ? Que préconisez-vous comme solution durable si vous parvenez à l’Assemblée nationale ?

M.M. : Nous faisons face ici à une immigration clandestine massive, un sous-développement chronique avec un chômage structurel, une démographie galopante, des étrangers en situation régulière parqués sur le territoire et des réfugiés illégaux livrés à eux-mêmes. Le tout fait de Mayotte un territoire singulier dans la République, une cocotte-minute bouillonnante qui peut exploser à tout moment. Que faire une fois à l’Assemblée nationale ? Nous agirons pour faire sortir du bois l’État dans ce domaine. En effet, il faut que Paris nous précise sa stratégie sur cette problématique, parce que la surveillance de frontières est une compétence régalienne. Il nous faut plus de l’État le choix d’une stratégie de fermeté et d’application du droit.

Sur le plan interne, cela implique plus de gendarmes, plus de policiers, plus de surveillance de nos côtes (recrutement de surveillants des côtes en liens avec les communes), plus d’interpellations sur le terrain, plus de reconduites à la frontière, une surveillance aérienne efficace, etc…

C’est également une meilleure application du droit en lien avec les collectivités locale sur l’éradication des bidonvilles, de l’économie informelle, de la lutte contre les reconnaissances frauduleuses, agir sur le droit du sol.

Sur le plan externe, notre diplomatie doit trouver le moyen de travailler efficacement avec les Comores en tant qu’État, des organisations telles que l’Union africaine et autres, des organismes comme l’AFD (agence française de développement) pour favoriser une meilleure situation économique dans l’archipel qui permette à toutes ces populations d’avoir des activités économiques rémunérées à la fin du mois et les fixer chez elles. Il nous faut être réalistes, nous ne pouvons pas faire bombarder des kwassa-kwassa en mer avec à leurs bords des femmes et des enfants. Nous ne pouvons pas non plus faire encercler l’île avec des barbelés.

Il faudra donc davantage de coopération économique avec les pays de la région, sources de cette immigration clandestine, par exemple des accords de production sur place de certaines denrées agricoles, de transformations de produits fortement consommés à Mayotte. Il faut également mettre un terme à ces titres de séjours d’exception, à la route des trafics d’êtres humains, des réseaux organisés depuis les pays « des grands lacs ». Il faut geler les avoirs des organisateurs de ces trafics, ce qui peut s’avérer une bonne et fausse idée à la fois, puisque l’exemple de l’Ukraine nous démontre aujourd’hui que le gel des avoirs des oligarques russes n’a pas empêché la poursuite de la guerre. Il faut porter un projet d’une grande conférence économique régionale, annuelle, avec l’euro comme monnaie, et la présence de tous les pays de la région et étudier ensemble les moyens d’agir en amont contre la pauvreté et empêcher que ces gens ne quittent leurs pays.

FI : L’insécurité a chamboulé la vie quotidienne, autrefois paisible des Mahoraises et Mahorais, comment y remédier selon vous ? Et avec quels moyens pour y parvenir ?

M.M. : Cette question me fait penser au jour où un jeune lycéen de 17 ans a été tué près de mon lieu de travail par un coup de tournevis. J’ai pensé à mon fils du même âge qui est scolarisé au lycée Younoussa Bamana à Mamoudzou. La réaction de peur et le stress quand un garçon de 11 ans a été poignardé au collège de M’Gombani, établissement que fréquente mon autre fils qui est en 6ème. Nous avons encore besoin ici de l’État de droit, avec une justice forte, qui a les moyens de rendre justice, en effectifs, en places de prison, en centres éducatifs fermés, en policiers et gendarmes, une justice non assujettie à une politique de mutualisation de moyens avec La Réunion… Des policiers et gendarmes qui connaissent bien le territoire et qui bénéficieraient sur place de toutes les formations qui leurs sont nécessaires, en facilitant notamment le retour sur l’île des Mahorais vivant en métropole. Il faut mieux sécuriser nos établissements scolaires et nos bus, avec des brigades spécialisées et pas seulement avec des agents des services civiques,

Il faut que nous ayons les moyens de scolariser nos jeunes de moins de 25 ans, les mettre en formation, ou encore en activité. La jeunesse de l’île doit nous obliger à inventer des dispositifs spécifiques, propres à Mayotte, un équilibre est à trouver entre la singularité et le droit commun, notamment dans des secteurs tels que la santé, l’alimentation, l’autosuffisance en eau, l’assainissement et le climatique …

FI : Quel regard portez-vous sur l’éducation, cet autre enjeu majeur pour l’avenir de Mayotte ? Quelles sont les perspectives pour les nouvelles générations ?

M.M. : La situation est exceptionnelle compte tenu de la croissance démographique, de l’immigration clandestine. L’État a consenti un effort considérable en matière de constructions scolaires. Il doit désormais continuer à investir dans la qualité et l’excellence partout sur le territoire et non pas seulement à certains endroits, faciliter l’accès aux grandes écoles (ENA et autres), multiplier à Mayotte les classes préparatoires et préparer le capital humain à mieux affronter un avenir incertain, de l’inattendu. Il faut aussi mieux s’insérer dans les programmes de mobilité européens pour forger notre jeunesse.

Il faut faire rouvrir sur ce territoire les CFA, en nombre, ainsi que toutes les structures susceptibles de favoriser l’apprentissage des métiers manuels et donner leurs chances à tous les jeunes qui ne peuvent pas faire de longues études. La fermeture de l’ancien CFA est un « crime » à mes yeux. Je ne comprends toujours pas comment certains ont pu faire cela.

L’Éducation nationale doit créer l’Institut des langues régionales dont on parle depuis de longues années, il faut enseigner le « kibushi » et le « shimaoré » aux jeunes générations et éviter qu’ils ne disparaissent, de même qu’il faut développer l’enseignement universitaire sur l’île avec une université autonome disposant de tous les instruments comme le CROUS, le resto U, etc.

FI : En matière de développement économique, quels seront les axes de défense du futur député que vous serez ? Et plus spécifiquement, comment impulser un décollage réaliste et durable de ce secteur ?

M.M. : J’espère obtenir la confiance et le suffrage des électeurs de la circonscription n°1 pour porter un projet économique véritable et ambitieux qui doit nous permettre de sortir Mayotte du sous-développement, de la dépendance de l’extérieur, de la pauvreté chronique, du chômage de masse…

J’entends par là encourager l’activité économique par une politique volontariste de grands travaux d’infrastructures tels que l’aéroport, le port, le transport en commun, les voies de contournement de l’agglomération de Mamoudzou, et autres routes, et puis il faudra bien arriver un jour à la construction du pont reliant la Petite et la Grande-Terre. Nous faisons ici à la fois du développement urbain, de l’économique et de l’environnemental. Transports en site propre, transports maritimes, tramway, téléphérique : nous devons repenser les déplacements du futur car le tout véhicule sans alternative risque d’asphyxier nos villes et villages et de polluer l’urbain.

 

Il faudra aussi libérer de l’attractivité à travers des zones franches, multiplier les zones industrielles dans d’autres endroits de l’île que Kawéni et Longoni, soutenir l’activité dans des domaines ciblés comme l’agriculture, la pêche et l’aquaculture, le médical, le médico-social, la petite enfance, le BTP (bâtiment et travaux publics), l’informatique et le développement numérique, la transition écologique. Ou encore, prendre possession de la zone économique exclusive. Bien entendu, il s’agit de placer l’emploi au cœur de cette stratégie au bénéfice de l’humain et appuyer le développement économique et la création d’activités par d’autres dispositifs de défiscalisation (lois Pons, Pinel et Girardin) lorsqu’il sera question de suppression de l’octroi de mer. En tous les cas, l’État devra trouver des moyens compensatoires notamment pour soutenir l’activité dans les communes. Il nous faut réussir à donner un sens à nos jeunes, en particulier ceux de la tranche des 12 ans, pour qu’ils puissent croire en l’avenir.

FI : À Mayotte également la question du pouvoir d’achat est au centre du débat de ces législatives de 2022. Quelles sont vos préconisations pour remédier à la situation actuelle ?

M.M. : Je me rappelle que nous avons élus ici un député, il y a quelques années, avec la mission première de lutter contre la vie chère, surnommé le « député mabawas ». Malheureusement, nous avons eu droit à l’inverse, des prix de produits de première nécessité encore toujours plus élevés, malgré certains dispositifs de la loi Lurel qui a institué un bouclier de prix pour certains produits. Le pouvoir d’achat viendra de toutes les mesures de développement économique que j’ai cité précédemment et non d’un assistanat généralisé par l’État. Les prix sont trop élevés parce que notre économie est beaucoup trop dépendante des importations donc la promotion de l’emploi local fait partie des solutions. D’autres mesures peuvent venir s’y greffer au moyen, par exemple, de l’égalité sociale. Tous les dispositifs nationaux d’aides aux plus nécessiteux d’entre nous doivent être élargis à Mayotte et non pas seulement le RSA. Par rapport aux prix trop élevés, une lutte acharnée doit être engagée contre les monopoles et les ententes. Un soutien à des groupements locaux, notamment dans de grands projets d’investissement de plus de 50 millions d’euros.

FI : La problématique du logement est aussi une très grande préoccupation du Mahorais actuellement, quelle est votre approche sur ce sujet ? Et comment selon vous, peut-on restituer ce secteur stratégique dans le développement économique de l’île ?

M.M. : Pour ce qui est du logement, il fait partie des éléments structurants du projet économique que j’ai déjà développé un peu plus haut, lequel s’appuie entre autres des filières agricoles, de la pêche, de l’aquaculture, du médical, du médico-social, du social, de la petite enfance, du BTP, de l’informatique et de la transition écologique. Une nécessité de raser tous les bidonvilles à l’échéance d’un mandat, de loger dignement les Mahorais, de régler la question foncière en renforçant notamment la commission d’urgence foncière (CUF chargée de l’indivision et de la titrisation) avec plus de moyens financiers et humains, de multiplier les opérateurs dans le domaine du logement et enfin, de permettre aux Mahorais de devenir des promoteurs immédiats. De l’activité et du progrès humain et social pour les gens. Pour contourner les contraintes et les freins, une solution qui serait de s’appuyer sur des Mahorais déjà propriétaires avec des aides spécifiques pour la mise en location de leur logement. La dynamique économique est là compte tenu des besoins énormes de logement digne. La pleine citoyenneté passe par un toit.

FI : Le foncier demeure un chantier à peine ouvert à Mayotte, malgré les années qui passent. Comment comptez-vous agir depuis le Palais Bourbon pour faire aboutir ce dossier directement lié au logement et au développement économique ?

M.M. : Vous avez raison, nous avons besoin du foncier régularisé, titré, pour les besoins de notre projet d’aménagement et de développement économique. Effectivement, cette question du foncier ne conditionne pas que les questions de logement, il en est de même pour les zones franches, les ZAC et les chantiers d’infrastructures structurantes.

Nous avons l’établissement public foncier et d’aménagement de Mayotte qui s’occupe des investissements de l’État, la CUF de l’instruction et de l’indivision. Elle a besoin d’être renforcée. Je l’ai dit. Le Département, les collectivités locales et leurs groupements doivent être en capacité de s’organiser afin de gagner du temps pour leurs projets. Faut-il un autre établissement public ? À voir. Ou une mutualisation avec l’Epfam dans un autre accord où l’élu local a toute sa place. Nous devons faire en sorte à ce que chaque Mahorais soit prioritaire pour titrer son terrain, où est érigée sa maison. Le foncier est la seule richesse qui nous reste.

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