Municipales à Mamoudzou : plusieurs candidats face aux défis de la capitale

Avec 72 974 habitants en 2025, Mamoudzou est de loin la commune la plus peuplée de Mayotte et le principal centre urbain du territoire. Chef-lieu du département et porte d’entrée vers la Grande-Terre, la ville concentre une grande partie des administrations, des services publics et des activités économiques de l’île. De nombreux habitants s’y rendent chaque jour pour travailler, étudier ou accéder aux services.

Cette centralité en fait le véritable moteur économique de Mayotte. La commune abrite notamment la principale zone industrielle du territoire à Kawéni, ainsi qu’une grande partie du commerce local. Sur les quatre grandes surfaces recensées en Grande-Terre, trois se trouvent à Mamoudzou. La ville joue également un rôle majeur dans le domaine de la santé avec la présence du Centre hospitalier de Mayotte et de nombreux professionnels de santé.

Mais ce rôle de capitale s’accompagne aussi de contraintes importantes. La forte croissance démographique et la densité de population, estimée à plus de 1 700 habitants par km², exercent une pression constante sur les infrastructures et les équipements publics. Les embouteillages quotidiens et le manque de foncier disponible figurent parmi les principaux freins au développement de la commune.

La situation financière de la municipalité constitue également un enjeu pour les années à venir. En 2024, le budget de fonctionnement présente un déficit de 2,39 millions d’euros, tandis que le budget d’investissement affiche un déficit de 7,64 millions d’euros. Dans ce contexte, certains chantiers, notamment la reconstruction d’écoles après le passage du cyclone Chido, ont été ralentis dans l’attente d’aides de l’État.

Dans ce contexte, les élections municipales des 15 et 22 mars 2026 seront un rendez-vous politique important pour l’avenir de la capitale mahoraise. Sept candidats sont en lice dans la commune. Parmi eux, Ambdilwahedou Soumaila (LLR), maire sortant avec la liste Encore plus proche de vous, Ahamada Haribou (LDIV) avec la liste Rassemblons-nous, et Soiyinri Mhoudhoir (LDVC) avec la liste Mouvement pour le développement de Mayotte.

Ambdilwahedou SOUMAILA (LLR)

Liste : Encore plus proche de vous

1 – Quel lien entretenez-vous avec la commune ?

« Je suis le maire sortant. En lien avec les partenaires institutionnels, associatifs et les habitants, nous avons lancé ensemble une vision qui a été partagée pour les dix prochaines années dans ce que l’on appelle Mamoudzou 2030.

C’est tout naturellement que je demande, comme ça a été le cas en 2020, la confiance de la population pour continuer les bases que nous avons posées ensemble.

Mamoudzou m’a tout donné. Mamoudzou m’a vu naître, m’a vu grandir, Mamoudzou m’a éduqué. C’est tout naturellement que j’essaie d’apporter, à ce niveau de responsabilité, ce que Mamoudzou m’a donné.

Depuis Chido, la population m’accompagne, elle est à côté de moi, les partenaires nous font confiance et les agents de la ville sont mobilisés pour accélérer le développement de Mamoudzou.

J’ai aussi été beaucoup dans l’associatif. C’est l’école de la vie ici à Mamoudzou et à Mayotte. J’ai été trésorier de la deuxième promotion de BTS au lycée de Mamoudzou et président de plusieurs associations dans mon village à Tsoundzou. J’ai également été joueur et vice-président du club de football de M’tsapéré. »

2 – Selon vous, quelle est la problématique centrale de la commune ?

« La jeunesse qui n’a pas de perspectives d’avenir et les jeunes mineurs isolés.

On a des jeunes, c’est une chance. On demande aux collectivités de construire des écoles pour scolariser les enfants, ce qu’on fait. À Mamoudzou, par exemple, on a un schéma directeur des écoles. Le jeune va au primaire, au collège, au lycée, il a son bac, mais il n’a pas de perspectives. Il ne peut pas poursuivre ses études ni trouver une formation parce qu’il n’est pas officiellement reconnu, il n’a pas d’identité. Tant qu’on n’aura pas réglé cette problématique de ni expulsable ni régularisable, on prendra des jeunes, on les regroupera sans leur donner de perspectives alors que la société a investi sur eux.

Ces jeunes finissent par se faire happer par d’autres qui n’ont pas fait d’études et deviennent des voyous mais des voyous diplômés.

Il y a aussi la question de l’incivisme. On met beaucoup de moyens pour la propreté urbaine, on installe du mobilier, des poubelles, et les gens continuent à jeter les déchets par terre. »

3 – Que pensez-vous pouvoir apporter à la commune ?

« L’avantage d’être un élu sortant, c’est qu’on ne commence pas à zéro. On a déjà posé les bases. Quand nous sommes arrivés, cela nous a pris une année pour faire un projet de territoire. Nous avons défini une vision sur dix ans avec Mamoudzou 2030.

Nous avons investi 30 millions d’euros sur six ans pour faire les études de tout ce qui est dans ce projet de territoire. Cela veut dire qu’on est prêt pour ne pas perdre encore de temps. Mamoudzou ne se construit pas seule. Il y a les partenaires financiers, institutionnels, le rectorat, le département, l’État. On construit Mamoudzou ensemble.

Le rectorat construit les collèges et les lycées à Mamoudzou et la carte scolaire, on l’a faite ensemble. Tous les projets du département on les fait ensemble.

Le front de mer qui va être totalement métamorphosé dans quelques années, c’est un projet porté avec plusieurs partenaires. Il y a l’État à travers la DEALM, la CCI à travers le ponton, et la Cadema avec le Caribus.

Tout ce qui concerne la transformation du centre-ville se fait avec ces partenaires. Des conventions ont été données pour donner la main à la ville afin que l’animation de ces projets puisse aller jusqu’au bout.

C’est ce que j’appelle la gouvernance partagée. C’est ce qui nous permet de bénéficier de la confiance de tous les partenaires et de faire avancer les projets. »

4 – Si vous êtes réélu, que mettrez-vous en place la première année ?

« La première chose c’est finir ce que nous avons engagé et ouvrir de nouvelles perspectives. À Tsoundzou II, un nouveau village est lancé avec Alma Action Logement, avec plus de 260 logements. Les travaux ont commencé depuis décembre et ces logements seront livrés dans environ une année.

Avec le syndicat des eaux, nous devons finir la station d’épuration de Tsoundzou. C’est une question de santé publique et ce projet doit être terminé dans l’année. Il y a aussi le stade de Tsoundzou qui sera livré l’été prochain.

Nous devons lancer d’autres projets comme le complexe sportif de Passamainty et continuer les projets d’écoles qui sont déjà engagés.

Il y a aussi la crèche de M’Gombani qui sera livrée l’année prochaine et les crèches de Kawéni qui vont être lancées. Il faut continuer la transformation du centre-ville et lancer officiellement le projet du front de mer de Mamoudzou.

Ahamada HARIBOU (LDIV)

Liste : Rassemblons-nous

1 – Quel lien entretenez-vous avec la commune ?

« Je suis né dans la commune de Mamoudzou. J’habite à M’tsapéré. J’y ai fondé ma famille et ai toujours vécu dans la commune.

J’ai quitté Mayotte après le bac pour mes études supérieures et je suis revenu en 2002. Toute ma famille est ici, ma mère, mes frères, mes sœurs. C’est plus qu’une attache de domicile, c’est familial.

J’ai participé au mouvement associatif. J’ai été joueur dans l’équipe du volley club de M’tsapéré et quand je suis revenu à Mayotte j’en ai pris la présidence, de 2002 à 2014.

Quand j’étais lycéen, j’étais déjà dans les associations environnementales du village. J’ai aussi participé à la création du premier journal à M’tsapéré où j’écrivais des articles sur la vie du village et ses événements.

Je n’ai jamais eu de fonction d’élu. J’ai toujours travaillé dans les collectivités avec des fonctions de direction et d’encadrement. J’ai intégré la ville de Mamoudzou en 2014 comme directeur du développement économique puis DGA action citoyenne et vie publique jusqu’en 2021.

2 – Selon vous, quelle est la problématique centrale de la commune ?

« La problématique centrale de la commune aujourd’hui, c’est l’insécurité.  Sans une situation de sécurité saine, on ne peut rien développer. Ce qui est réalisé aujourd’hui se retrouve parfois dégradé le lendemain. 

On est dans un éternel recommencement parce que la situation sécuritaire ne permet pas d’avoir un climat apaisé pour développer des activités et réaliser des investissements.

Tant que cette situation ne sera pas maîtrisée, il sera difficile de pérenniser les projets et les investissements dans la commune. »

3 – Que pensez-vous pouvoir apporter à la commune ?

« Ce que je pense pouvoir apporter aujourd’hui, c’est mon expérience et mon expertise acquises durant toutes ces années au service de la population dans les collectivités. J’ai commencé à la mairie de Koungou pendant douze ans comme secrétaire général adjoint puis directeur général adjoint. Ensuite j’ai intégré la ville de Mamoudzou en 2014 comme directeur du développement économique puis DGA action citoyenne et vie publique. Depuis 2021, je travaille au syndicat des eaux comme directeur général adjoint ressources et moyens.

J’ai travaillé longtemps dans les collectivités et j’ai vu comment les choses se font, ce qui peut marcher et ce qui peut manquer. Toute cette expérience me sera utile pour définir les politiques publiques et mieux les adapter aux attentes de la population.

Le projet que je mets en avant, c’est l’éducation. Si on arrive à créer de bonnes bases et de bonnes conditions pour instruire nos enfants, nous aurons demain des adultes qui pourront mieux s’intégrer dans la société.

Ces adultes pourront aussi contribuer à lutter contre les problèmes d’insécurité et les problèmes environnementaux comme la gestion des déchets. »

4 – Si vous êtes élu, que mettrez-vous en place la première année ?

« La première chose à mettre en place, c’est une organisation.

Quand on parle de projets et de politiques publiques, il faut d’abord une organisation structurée qui permette de les mettre en œuvre.

Dans la première année, cette organisation devra permettre d’engager un plan de redressement budgétaire et financier de la commune.

La commune traverse aujourd’hui des difficultés financières importantes.

Si on n’a pas une organisation solide et une situation financière saine, on ne pourra pas lancer de projets.

La première année doit donc poser les bases pour pouvoir ensuite, dans les années suivantes, lancer des projets concrets. »

Soiyinri MHOUDHOIR (LDVC)

Liste : Mouvement pour le développement de Mayotte

1 – Quel lien entretenez-vous avec la commune ?

« Je suis adjoint au maire dans la mandature actuelle, chargé du numérique.

J’ai œuvré pour une association qui est Maounga Dounia Ya Mamoudzou pendant six ans. Depuis cinq ans que je suis élu, je me suis mis en retrait pour son bon fonctionnement et pour me consacrer pleinement à ma mission d’élu. »

2 – Selon vous, quelle est la problématique centrale de la commune ?

« La problématique centrale, c’est la mise en œuvre de la politique opérationnelle, la déclinaison opérationnelle et le manque de transparence sur certains aspects. »

3 – Que pensez-vous pouvoir apporter à la commune ?

« Ce que je peux apporter, c’est une organisation et plus d’anticipation sur les différentes actions politiques à mettre en place.

Cela passe d’abord par la prise en compte des différents documents et rapports existants, notamment les rapports de la Cour régionale des comptes, de l’IEDOM ou encore de l’Insee, qui mettent en avant les problématiques financières, d’organisation et d’ingénierie.

C’est ce qui constitue le premier axe de notre programme : trouver des équipes capables de mettre en place ce type d’actions.

Quand on se fie à la Cour des comptes, on voit que la mairie de Mamoudzou dispose de moyens financiers non négligeables.

L’observatoire de la Cour des comptes entre 2018 et 2023 a montré une augmentation importante de la Dotation globale de fonctionnement, qui représente une grande partie des recettes de la mairie. Il y a également l’octroi de mer qui permet de collecter des recettes non négligeables.

Tout cela constitue des leviers financiers qui pourraient permettre la réalisation de projets, sauf que ce sont des points très peu connus de la population et qui ne sont pas maîtrisés par la majorité actuelle de la commune. »

4 – Si vous êtes élu, que mettrez-vous en place la première année ?

« La première chose sera la réduction des taxes foncières et la réduction des tarifs de collation des administrés.

À mon sens, notamment après les événements comme le cyclone Chido, ces tarifs sont élevés et ne permettent pas de redonner du pouvoir d’achat à la population. Ces mesures pourraient être mises en place dans les trois premiers mois.

Ensuite, nous allons nous appuyer sur les données existantes, notamment les rapports de l’Insee sur la population. L’objectif est de voir concrètement, par rapport à la population de Mamoudzou, quelles sont les infrastructures nécessaires.

Par exemple, aujourd’hui, on ne connaît pas réellement le nombre d’enfants de 3 à 10 ans sur Mamoudzou. Une fois que nous aurons cette information, nous pourrons identifier les besoins en écoles à construire et travailler en parallèle sur la maîtrise foncière.

Une grande partie du foncier de Mamoudzou appartient à l’État et au Conseil départemental. Dès que les besoins seront identifiés, nous irons voir les services de l’État et du département pour mobiliser du foncier et réaliser les écoles nécessaires. »

D’autres candidats sont également en lice dans la commune : Christophe Soimihi Youssouffa (LDIV) avec la liste Mamoudzou mérite mieux, Munia Dinouraini (LDIV) avec la liste Résilience, Farianti M’Dallah (LDIV) avec la liste L’Espérance et Nassurdine Said Ali (LDIV) avec la liste Mamoudzou Nouvel Élan</em

CET ARTICLE EST RÉSERVÉ AUX ABONNÉS

JE M’ABONNE À FLASH INFOS
>.

Amelie Constant
Journaliste

Passionnée par la petite et la grande histoire d'hier et d'aujourd'hui j'aime raconter le quotidien des personnes qui fondent un territoire.

Mayotte Hebdo de la semaine

Mayotte Hebdo n°1116

Le journal des jeunes

À la Une