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Coup d’oeil dans le rétro : La chatouille, une métaphore pour un combat

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Mama Bolé est l’une des Chatouilleuses encore en vie de nos jours. Au commencement du combat pour Mayotte Française, la grand-mère était alors âgée d’environ une quarantaine d’années. Aujourd’hui, l’octogénaire est une ”coco” heureuse : de ses yeux, elle va bientôt assister au dénouement du combat de sa vie. Une bataille qui, malgré les années, est restée gravée à jamais dans sa mémoire.

Dans la lignée des grandes Chatouilleuses reconnues sur cette île, le nom de Sidi Echat alias Mama Bolé apparaît nulle part. L’île loue Zéna M’déré, Zakia Madi, Zaïna Méresse, Coco Djoumoi, Bouéni M’titi, Mouchoula, etc. Mais Mama Bolé, jamais. Rares sont les personnes qui la connaissent. Le docteur Martial Henry, l’un des figures historiques du combat pour Mayotte Française, compagnon de route de Younoussa Bamana et de son oncle Marcel Henry, désigne pourtant cette dame comme l’une des têtes emblématiques à l’origine du combat des Mahorais.

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Une grande Chatouilleuse qui serait passée aux oubliettes ? « Mais non mes enfants, je ne suis pas une Chatouilleuse jetée aux oubliettes ! Disons que je n’ai pas beaucoup voulu faire parler de moi, car voyez-vous, je suis un instrument de Dieu, je ne raconte que des choses que mes yeux ont vues. Et sur cette histoire de « chatouille« , de mes yeux, moi Sidi Echat, je n’en ai jamais vue. Et comme souvent, vous les journalistes, vous vous intéressez principalement à ces histoires de « chatouilles« , j’ai préféré me taire, n’ayant rien à dire là-dessus », explique avec beaucoup d’humilité la vieille dame.

Elle poursuit, « du combat pour Mayotte Française, ce dont mes yeux ont souvenir, ce sont surtout les jets de cailloux, les affrontements avec des bouts de bois, les injures en tous genres… Mais les chatouilles ? Je n’en ai pas vues. Alors plutôt que de vous raconter des mensonges, je préfère vous parler des choses auxquelles j’ai assisté ». Sidi Echat est aujourd’hui âgée d’environ 85 ans. Une solide petite grand-mère qui se souvient encore parfaitement des événements qui ont bouleversé Mayotte au moment de la séparation avec les Comores.

« Face à nous se dressaient des Comoriens bien décidés à s’accaparer Mayotte »

« Ce combat, mes enfants, si nous l’avions mené principalement avec des chatouilles, croyez-moi nous aurions été battus. Face à nous se dressaient des Comoriens bien décidés à s’accaparer Mayotte et sachez que c’étaient eux qui détenaient le pouvoir, par conséquent les fusils et les grenades. Je pense que ceux ou celles qui ont étendu ce mode de combat de « chatouille » ont voulu transmettre une métaphore. Voyez-vous, comme nous n’étions pas armées par rapport à nos adversaires, souvent on y allait au culot. Il n’y avait que des femmes, les hommes eux avaient trop peur : s’ils bougeaient ils perdaient leur travail ou se retrouvaient emprisonnés. Vous voyez comment ça marche quand les femmes entrent en scène pour aller se battre ? Il y a des bousculades, des crêpages de chignons, des frottements, des cris, des youyouyous, etc. Des femmes au combat ! C’est peut-être ça qui a fait de nous des Chatouilleuses ? »

Aux balbutiements de l’indépendance des Comores, Mama Bolé, comme la plupart des femmes qui ont été à l’origine du soulèvement de Mayotte, vivait à l’extérieur de l’île. « Avec mon mari, un Grand Comorien, nous étions à Majunga. Zéna M’déré aussi vivait à Madagascar. Coco Djoumoi elle, était mariée à un Grand Comorien et habitait la Grande Comore. »

Un dicton mahorais dit : « Lorsqu’un scolopendre veut te mordre, toi qui est la cible, tu ne vois pas son arrivée. Ce sont ceux qui sont éloignés de toi qui l’aperçoivent en premier », parle en sage coco Mama Bolé. Par cette expression, la vieille dame entend que ce sont particulièrement les femmes qui évoluaient à l’extérieur de l’île qui ont, en premier lieu, senti le danger sur l’évolution des Comores et la mainmise sur Mayotte.

« Vous savez, quand les M’zungus sont à table, ils parlent beaucoup… »

« Mon mari travaillait comme boy chez un M’zungu. C’est de là que je suivais toute l’évolution politique des Comores. Vous savez, quand les M’zungus sont à table, ils parlent beaucoup… À les écouter, c’est une mine d’or d’informations. Mon mari Grand Comorien, donc fier de l’être, ne cessait de me narguer au retour du travail. Il me disait : « ça en est fini de Mayotte. Vous êtes des petits joueurs. Les grands vont prendre les responsabilités. Les administrations vont être transférées à Moroni. Bientôt Mayotte ne sera rien d’autre qu’un champ où nous irons cultiver les maniocs. Vous quitterez un à un votre petite île pour venir nous voir, nous les grands.«  »

À ces mots, le cœur de Mama saignait : « C’était comme si on me transperçait la poitrine avec un couteau. À force d’entendre ces railleries, j’ai fini par déclarer : je rentre chez moi. » Mama Bolé quitta Majunga à bord du bateau « Scandinavie« . Elle fit escale trois jours à la Grande Comore. « J’ai été stupéfaite de voir tous les hommes de Labattoir à Moroni. Ça annonçait déjà la gravité des choses à Mayotte. »

Et lorsque la femme frôla enfin le sol de Dzaoudzi, un spectacle de désolation s’offrait à elle : « À Dzaoudzi, village jadis rayonnant, fierté de la présence française à Mayotte, il n’y avait plus rien. Seuls les bœufs et les moutons broutaient l’herbe, un petit garçon les nourrissait. La place du bâtiment des finances était recouverte par les mauvaises herbes. Non loin de là, des bâches couvraient des malles en bois, qui sans doute suivaient tout le reste vers la Grande Comore. Des feuilles blanches volaient partout, telles des papillons, seules empreintes des activités qu’il y eut ici jadis. »

Mama Bolé se précipita chez elle, elle y déposa ses bagages, et revint de nouveau à Dzaoudzi nostalgique. « J’y suis revenue chaque jour que Dieu fit mes chers enfants, pour constater encore et encore l’étendue des dégâts. Je râlais ! À longueur de journée. Les policiers Chaduli et Yahaya, toujours postés là, me prenaient sans doute pour une folle : cette Ma Kouraïchia n’a rien d’autre à faire de ses journées à part venir tous les jours râler ici. », s’intriguaient les agents.

Bientôt, les verbiages de Mama Bolé eurent un premier écho : « Je me suis mise certains habitants de Labattoir à dos. Ils me traitaient de vantarde car je disais : si ce genre de chose était arrivée à Madagascar, jamais les Malgaches ne se seraient laissés faire comme ça. Ils seraient partis demander des comptes à leur gouvernement. Les gens qui étaient contre moi, disaient : voilà, madame a voyagé un peu et ça y est, elle se prend pour madame je sais tout. » Puis enfin le jour de la reconnaissance arriva : « Une délégation venant de Pamandzi est venue me chercher : « viens avec nous, tu es appelée chez Coco Madi.«  »

« Pour calmer vos ardeurs, il faudrait vous mettre du gingembre et du piment dans les foufounes… »

« J’avoue que là, je faisais moins la fière. Quand je suis arrivée chez cette dame, le jardin entier était rempli de femmes. Mon cœur battait très fort, je me disais : Echat dans quel pétrin tu t’es encore fourrée ? Mais toute cette délégation de femmes présentes dans cette cour espérait au final la même chose que moi : lancer un cri de revendication contre le gouvernement comorien. Nous nous sommes saluées et ensemble nous prenions l’engagement de nous soulever et amener nos revendications jusque dans les oreilles qu’il fallait. »

Ahmed Sabili, alors député représentant Mayotte à l’assemblée comorienne, était justement à Mayotte. Les femmes marchèrent à sa rencontre. « On lui a demandé d’agir, mais comme nous n’étions que des femmes, il s’est moqué complètement de nos revendications. Il nous riait au nez, en nous disant : « je ne peux pas vous épouser toutes. Je n’aurais pas assez de pain pour vous, prenez du manioc amer. Et bientôt, pour calmer vos ardeurs, il faudra vous mettre du gingembre et du piment dans les foufounes…«  »

Inutile de décrire la colère qui s’empara alors des femmes. Le mouvement s’est amplifié soudainement. Les bouénis de Labattoir ont rejoint définitivement celles de Pamandzi, la révolte a ainsi pris forme. « On ne le laissa plus jamais tranquille. À chacun de ses pas, nous étions derrière lui. Mais vous savez, avec du recul je crois que ce jeu l’arrangeait bien. Comme par hasard, nous étions toujours prévenues des moindres de ses faits et gestes. Je me demande s’il ne s’est pas servi de nous, pour alimenter la tension entre Mayotte et les Comores ? », analyse avec du recul la Chatouilleuse.

L’affaire finit tout de même par arriver aux oreilles du gouvernement comorien. Said Mohammed Cheikh, le président du conseil de gouvernement, décide lui-même de se précipiter à Mayotte pour régler le problème. « C’est à ce moment-là que Zéna M’déré, la mère de ce combat, est sortie réellement de l’ombre. Vous savez, depuis toujours les foundis disaient que le combat de Mayotte serait conduit par une femme, mais jusqu’à ce fameux jour Dieu avait gardé cette femme en secret. Said Mohamed Cheikh arriva à Mayotte un lundi. Dimanche, nous nous sommes réunies et chacune se demandait qui allait oser l’affronter. Aujourd’hui encore, je me questionne sur moi. Aurai-je osé ou non affronter Cheikh ? C’était un grand homme, un président, tu n’avances pas vers lui si tu n’as pas d’arguments solides. » Coco Moirangué, l’une des femmes, recommanda alors Zéna M’déré. C’est donc ce fameux dimanche qui marqua l’entrée en scène dans la politique de la matriarche du combat pour Mayotte Française. « Zéna M’déré souffrait depuis un moment de maux de tête accentués par des douleurs terribles aux yeux. Elle avait prévu de se rendre à Anjouan. Là-bas, il y avait des guérisseurs réputés qui auraient pu l’aider », se souvient Mama Bolé.

Mais l’histoire en a décidé autrement : « Malgré sa souffrance, elle a accepté de nous suivre pour aller parler avec Cheikh. Le lundi, lorsque ce dernier est arrivé, Zéna M’déré l’a affronté droit dans les yeux. Que Dieu est grand, sa maladie s’était envolée. » La foule constituée uniquement de femmes s’était rassemblée sur l’actuel quartier Zardéni, l’emplacement où se trouvent les locaux de Mayotte Première.

« Avant, c’était là où se rendaient les députés, les ministres. Cheikh était protégé par des policiers, entouré par ses ministres et députés. Malgré notre nombre, nous ne sommes pas parvenues à en découdre avec lui ce jour-là. Il nous a dit : « revenez demain à 9h. » Une petite délégation s’est tout de même déplacée l’après-midi pour essayer encore, et là on a compris que même le lendemain il n’avait pas l’intention de nous recevoir. »

« Ma Fatima Soumkodzée versa les premières gouttes de sang au nom du combat pour Mayotte française »

« Cheikh avait semble-t-il un début de mal de tête, causé par nos chamailleries du matin », expliquait son entourage. Ce début de malaise ne refoula nullement les actions des Petites-Terriennes. « Le mardi matin, nous nous rassemblions en masse et réclamions coûte que coûte de le voir. Il a fini par accepter, mais ne voulait discuter qu’avec Zéna M’déré. » Hors de question, défendaient les femmes, qui craignaient des dessous de table. « Nous savions que si elle rentrait seule, ils allaient sans aucun doute lui proposer de l’argent, pour acheter son silence, c’était leur façon de faire. Soit on rentrait toutes, soit rien ! »

Un début de mouvement commença alors, « on s’accrochait comme on pouvait à Zéna M’déré. Ça tirait de tous les cotés. Les policiers tentaient de la faire rentrer et nous, nous essayions de la faire sortir. Et c’est là que quelqu’un, une voix sortie de nulle part a lancé : Ahhh Chaduli ! Tu frappes Coco Djoumoi ! À cet instant précis mes enfants ! Même les pèlerins à Minat ne pouvaient avoir la force qui s’était emparée de nous. Nous avons bondi sur les cailloux qui traînaient dans les parages… ».

L’affrontement débuta. Dans l’agitation, Ma Fatima Soumkodzée versa les premières gouttes de sang pour le combat de Mayotte Française. « J’ignore comment c’est arrivé, on l’a juste vue saigner de la tête. Nous avions cassé des vitres, piétiné des gens. Said Mohamed Cheikh a été insulté comme jamais il ne le fut de toute sa vie. Il tentait de nous calmer en répétant : « mes sœurs, nous pouvons trouver un arrangement ». Mais il était trop tard… Nous répondions : « tu pilles Mayotte, tu n’as aucune considération pour nous, tu ne seras jamais notre frère, tu n’es rien d’autre qu’un voleur.«  »

Cet événement, gravé à jamais dans la mémoire de Mama Bolé, marqua l’entrée en scène des Chatouilleuses… Ce jour-là, les policiers réussirent à évacuer Saïd Mohamed Cheikh qui quitta Mayotte, selon la tradition orale, recouvert d’un drap, tellement l’homme se serait senti humilié par le comportement des Mahoraises. Jusqu’à sa mort le 16 mars 1970 à Antananarivo, le président du conseil du gouvernement ne remit plus jamais les pieds à Mayotte. Le mouvement des femmes de la Petite-Terre prenait quant à lui un nouvel élan, bientôt des actions de ce type se répétèrent sur toute l’île.

Cet article a été repris tel quel dans le Mayotte Hebdo n°515 du vendredi 1er avril 2011

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