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Tribune libre : Le collier de fleurs, un art de vivre à la mahoraise

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A Mayotte, il est inconcevable qu’une manifestation un tant soit peu festive puisse se dérouler sans distribution de colliers de fleurs. Les nombreux meetings politiques de ces derniers jours l’ont montré une fois de plus. En quelques années, le jasmin (anfu), cette petite fleur blanche à l’odeur enivrante parfois envoutante est devenue plus qu’un accessoire indispensable de toutes les célébrations villageoises, institutionnelles, publiques et privées. 

Traditionnellement, dans chaque cour (mraɓa) comprenant à minima une maison, un poulailler, les toilettes et la cuisine, se trouvait également une plante appelée mvungué (le morenga) et le jasmin (anfu). Le mvungué, dont les feuilles peuvent être cuisinées de plusieurs façons, était un aliment de secours pour les jours où il n’y avait rien d’autre à mettre dans la marmite. Pour leur part, les fleurs de jasmin sur le point d’éclore étaient cueillies, juste avant le coucher du soleil. Avec le jasmin, la femme confectionnait avec application et délicatesse un tampa, complété par quelques fleurs odorantes enfilées sur épingle à nourrice ou attaché à une ficelle, qu’elle fixait sur ses cheveux en attendant son mari pour aller au lit après s’être mise délicatement du msindzano (une poudre humidifiée du bois de santal) sur sa figure. Le tampa restant pouvait être également accroché à la moustiquaire et quelques fleurs de jasmin étaient disposées dans le lit conjugal pour parfumer la chambre. Ainsi, en fonction de la présence ou non de l’odeur de tampa, le mari savait d’emblée s’il allait être sollicité ou pas ce soir-là. Enfin, les femmes célibataires disposaient de deux types de tampa. Porté à partir de 15h, le premier qui avait été fabriqué depuis la veille servait à éveiller discrètement l’intérêt des hommes croisés par la femme qui le porte. Le deuxième, fraichement confectionnée, était porté en début de soirée, en cas de rendez-vous galant.

En fonction de la saison et de ce que la femme trouvait, d’autres fleurs telles que l’ylang ylang, la rose (mauwa), le mgou, ou le ɗouwa (fleur de pandanus) étaient rajoutées au jasmin ou pouvaient s’y substituer. L’absence d’une plante de jasmin dans une cour était inconcevable. Au fil du temps, est venue l’idée de confectionner des colliers de fleurs pour honorer les invités de marque d’une cérémonie ou d’une réception ainsi que le marié (bwana harusi), les parents des mariés et tous ceux qui gravitent autour.

Un objet nécessaire aux grandes occasions

Peuple hédoniste s’il en est, les Mahorais savent mettre à profit chaque moment festif pour manifester leur gratitude à leurs chers convives et invités lors de mariages, de fiançailles, de visites officielles, de meetings politiques ou durant toute sorte de cérémonies. Jusque dans les années 1990, les colliers étaient composés de toute sorte de fleurs. Ensuite, des combinaisons de différentes fleurs et de feuilles sont apparues avec, comme point commun, l’utilisation de plus en plus fréquente du jasmin probablement pour la permanence de son odeur et sa résistance. Il y a ceux destinés aux mariages, aux investitures politiques, aux cérémonies de récompenses ainsi qu’à l’accueil. Pour ce dernier, Il faut savoir que la qualité du collier est fortement liée au statut de la personne qui le reçoit.

Le collier du marié (mwau wa bwana harusi) qui peut être remis également aux grandes personnalités (ma ana ana, ma gaɗa kandzu) tels que les maires, le président du CD ou d’interco le jour de leur prise de fonction. Parfois, des ministres y ont droit. Lors des mariages et pour certaines les femmes, les colliers a parfois plus d’importance que le repas servis aux convives. Le collier constitué à 100% de jasmin est réservé aux personnalités (élus, invités de marque ou proches). Le siradji (collier de perles et de fleurs jasmin enfilés en boules) est spécialement destiné aux femmes notamment les belles-mères, les hadjati ou belles-sœurs. La belle-mère a l’apanage du mkandra qui se porte en bandoulière, telle une écharpe tricolore. Le kilabu, c’est du jasmin enfilé sur une épingle à nourrice. Le kilabu est agrafé sur la veste ou la chemise au niveau de la poitrine pour les hommes et dans les cheveux ou sur le kichali des femmes. Enfin, le collier composé de différents types de fleurs est pour le quidam, les amis des invités ou les accompagnateurs des officiels.

Le jasmin comme marqueur social

Assez vite un protocole s’est installé avec les usages au point de devenir des principes opposables. Comme vivre en société implique le respect du code social et des règles même tacites, l’usage du anfu (jasmin) ne fait pas exception. Remettre un collier de jasmin ou en recevoir est un signe de reconnaissance sociale, un honneur pour la personne distinguée par ce geste. Néanmoins, dans certains villages seuls les invités (à un mariage, par exemple) ont droit à un collier au risque de froisser voire de fâcher les personnes (surtout les femmes) estimant avoir été oubliées ou snobées. Certaines cérémonies (remises de récompenses, diplômes) ou meetings politiques mettent à rude épreuve la rivalité entre co-épouses ; chacune voulant remettre le plus beau collier de jasmin à son mari. On a déjà vu à maintes reprises une femme aller retirer le collier remis à son mari par une rivale (deuxième bureau ou maîtresse) sous l’hilarité générale ou devant un parterre médusé.

Aussi, il est possible d’imaginer le statut ou le rang d’une personne présente à une manifestation en fonction du type de collier qu’elle reçoit. Enfin, et par respect, le collier ne peut être retiré qu’une fois arrivé à la maison où il sera suspendu pour profiter de son parfum quelques jours de plus.

Une fois sec pilé et tamisé, le jasmin peut être mélangé à d’autres plantes (mkadi, mlaliya pana, duwa). Le résultat appelé zikuba peut être mélangé à de l’huile de coco pour fabriquer une huile odorante (manuka tro). Elle est utilisée pour des séances de massage sensuel (dziya la masingo) dans le cadre des étreintes préliminaires du couple.

Un business qui prospère

Naturellement, certaines femmes ont vite flairé le filon et se sont mises à vendre du jasmin brut ou déjà confectionné. Le prix d’un collier varie de 20 à plus de 40 euros en fonction de sa composition. Par exemple, une famille a dû débourser plus de 9000 euros pour acquérir des colliers afin d’honorer les 300 invités d’un mariage. Souvent des familles s’endettent pour s’approvisionner en colliers lors des manzaraka. De plus en plus de femmes créent des chikawo (sorte de tontine) de anfu pour être sûres d’en avoir le jour de la célébration du mariage de leurs enfants. Le commerce du anfu est donc un vrai business, informel, très lucratif et net d’impôt.

Par conséquent, des lianes de jasmin serpentent sur les clôtures des maisons ou sur les toits terrasses pour répondre à la demande en forte croissance en période électorale ou de célébration de mariage.

par Bacar Achiraf, vice-président du Conseil de la culture de l’éducation et de l’environnement

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