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Vol Paris-Mayotte dérouté pour “sabotage” : pas d’entrave selon le tribunal, le sursis pour les trois pompiers

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En octobre 2020, une grève des pompiers de l’aéroport de Dzaoudzi avait chahuté l’arrivée d’un vol Air Austral en provenance de Paris, contraint à virer de bord en urgence en raison d’un manque de sécurité au sol. Après l’enquête de la gendarmerie, trois agents ont été mis en cause et renvoyés devant le tribunal, qui rendait sa décision ce mercredi.

Clap de fin dans l’affaire du vol Air Austral Paris-Mayotte, qui avait été dérouté le 1er octobre 2020, à cause du “sabotage” présumé des équipements par les pompiers grévistes. Mis en cause pour entrave à la navigation ou à la circulation d’un aéronef, vol aggravé du matériel du service de secours et incendie, en réunion et par effraction, et dégradation volontaire des véhicules de secours, trois pompiers de l’aéroport étaient jugés ce mercredi devant le tribunal correctionnel.

Et au terme d’une audience somme toute assez clémente, les trois soldats du feu ont finalement obtenu la relaxe pour l’entrave. Ils s’en sortent ainsi avec seulement quatre mois de prison assortis d’un sursis dans sa totalité pour le chef de vol. Pour l’un d’entre eux, le tribunal a requalifié la dégradation en contravention pour dégradation légère et il devra s’acquitter d’une amende de 100 euros. Tous ont bénéficié d’une non-inscription au bulletin n°2 du casier judiciaire.

Premier couac pour les grévistes

Un an après cet incident qui avait marqué l’opinion publique, obligeant les pilotes à dérouter en catastrophe le Dreamliner et ses 265 passagers vers La Réunion, cette décision aurait de quoi surprendre. Souvenez-vous : à l’époque, les pompiers de l’aéroport viennent d’entamer une grève illimitée (la veille) pour dénoncer notamment le manque de sécurité pour l’atterrissage des avions sur le tarmac de Dzaoudzi, géré par le délégataire Edeis.

Le 1er octobre, au petit matin, le chef du SSLIA (service de sauvetage et de lutte contre l’incendie des aéronefs) découvre avec surprise qu’on a saboté la serrure de son bureau… Ni une ni deux, il va vérifier les camions, et réalise que les postes radios et les clés ont été dérobés. Dans un camion, les fusibles ont même été enlevés, pour provoquer la panne. Panique à bord ! Car l’avion Air Austral en provenance de Roissy-Charles de Gaulle, censé atterrir à 7h15, ne va pas tarder à pointer le bout de son nez. “Imaginez que l’avion tombe dans la mer faute de carburant ! Votre action fait peur : après 10.000 kilomètres depuis Roissy, j’apprends que je ne vais pas pouvoir atterrir parce que des gens ont décidé leur droit de grève ? Vous avez exposé 200 personnes à mourir d’une mort atroce”, a réprimandé le président Laurent Ben Kemoun à la lecture des faits.

Des “lanceurs d’alerte” ?

Que nenni ! assurent d’une même voix les prévenus, leurs avocats et même le procureur. D’une part, il semble peu probable que les réserves de l’appareil soient à sec après un vol Paris-Mayotte. “Lui avait la radio tout le long, si l’avion n’avait plus de carburant, ça se serait passé différemment”, tempère de plus l’une des robes noires en désignant son client. Surtout, l’intention des pompiers grévistes était, bien au contraire, que le Dreamliner atterrisse ! Objectif : prouver que l’aviation civile et le délégataire font fi des conditions de sécurité, l’un des fers de lance du mouvement social. “On s’est dit qu’ils allaient atterrir, car des fois ils atterrissent même si le niveau de sécurité n’est pas complet. Parfois, on a deux camions qui ne démarrent pas et ils atterrissent quand même !”, déblatère l’un des prévenus à la barre. Et de rappeler que le préavis de grève ayant été annoncé depuis déjà une ou deux semaines, le niveau de sécurité de Dzaoudzi était mécaniquement tombé à 5 au lieu des 8 ou 9 nécessaires pour les gros porteurs, faute d’un effectif suffisant. “L’avion ne devait pas décoller de Paris car le niveau de protection n’était pas assuré”, déroule le deuxième pompier.

D’accord pour la démonstration. Mais ce n’est pas tant pour ce minutieux argumentaire que les prévenus bénéficieront finalement d’une sanction légère. Non, en réalité, de l’aveu même du ministère public, qui cite en guise d’exemple un précédent en Guyane où un individu avait volontairement placé son hélicoptère en plein milieu du tarmac, le chef d’entrave n’est pas caractérisé. “Dans ce dossier, l’avion ne s’est pas posé pour des questions de sécurité”, note le procureur qui rappelle aussi le contexte particulier du droit de grève. Et n’hésite pas à qualifier les auteurs de “lanceurs d’alerte”. “Je ne suis pas certain que la méthode soit acceptable (…), mais je serai tenté de dire qu’en temps de grève, il y a toujours des gens qui sont embêtés.” Le magistrat du parquet retient toutefois le vol et la dégradation du véhicule, et requiert donc neuf mois de prison assortis d’un sursis simple.

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