Rapt de Petite-Terre : une dizaine d’habitants toquent à la porte du procureur

Rapt de Petite-Terre : une dizaine d’habitants toquent à la porte du procureur

Camille Miansoni a rencontré des proches des personnes incarcérées dans le cadre de l’affaire d’enlèvement et séquestration suivis de la mort d’un jeune homme de 23 ans, survenue en Petite-Terre au mois de mai dernier. Une démarche “positive”, pour le procureur en partance pour Brest.

Ils sont venus faire le pied de grue devant le bureau du procureur. Mercredi en fin d’après-midi, un groupe d’une dizaine de personnes, dont des proches des deux personnes incarcérées dans l’affaire du rapt de Petite-Terre s’est présenté devant le tribunal judiciaire de Mamoudzou. Il a été reçu peu de temps après par un Camille Miansoni, agréablement surpris, qui fait aujourd’hui le point sur la teneur de ces échanges.

“Ils ont expliqué qu’ils voulaient évoquer la situation de la délinquance à Mayotte et aussi s’excuser sur les injures dont j’ai fait l’objet dans le cadre de cette affaire”, relate le magistrat du parquet. “Parmi eux, plusieurs avaient des liens directs ou familiaux avec les personnes mises en cause.”

Commentaires injurieux

En mai dernier, un jeune homme de 23 avait disparu en Petite-Terre, après avoir été kidnappé et violenté par trois personnes qui le soupçonnaient d’actes de délinquance. Son corps sans vie avait ensuite été retrouvé fin juin à la plage des Badamiers, l’expertise ADN confirmant l’identité de la victime du rapt. Deux des trois individus soupçonnés pour cet enlèvement et qui s’étaient présentés dès le lendemain des faits à la gendarmerie, ont alors été mis en examen et incarcérés. Cette décision avait provoqué l’ire d’une partie de la population mahoraise, qui avait manifesté dans les rues sa défiance à l’égard de la justice. Le procureur de la République Camille Miansoni était particulièrement visé par les critiques et les réseaux sociaux étaient devenus pendant un temps le temple de plusieurs commentaires injurieux et racistes à son encontre.

“Beaucoup de gens se sont laissés embarquer dans un mouvement, peut-être initié par quelques personnes qui avaient leurs propres intérêts”, analyse-t-il aujourd’hui. “Je leur ai dit que leur démarche était très courageuse, car parmi eux, certains avaient eux-mêmes proféré des injures. Leur décision de venir ce jour est donc très positive, non pas tant pour moi, mais pour les personnes avec qui je travaille et qui ont vécu ces outrances comme une mise en cause de leur travail. Et aussi pour celui ou celle qui me succédera.” Le procureur de la République a en effet été muté à Brest et devrait quitter le territoire de Mayotte dans quelques semaines, même si le nom de son successeur n’est pas encore connu à cette date.

Inadéquation de la justice

Le groupe a tenu à expliquer au représentant de la justice que “cette situation avait été la résultante de l’exaspération de voir cette délinquance qui pollue la vie des citoyens”. Ils ont réitéré leur sentiment, déjà relayé au moment des faits, d’une inadéquation de la réponse judiciaire face aux actes de violence que connaît Mayotte. Un sentiment dont le procureur s’est dit conscient tout en tenant à rappeler que cette délinquance n’était “malheureusement pas nouvelle, mais cyclique”.

Camille Miansoni en a profité pour rappeler que la seule réponse judiciaire et répressive ne pouvait suffire, alors que le tribunal prononce déjà régulièrement des peines d’emprisonnement. Au 31 août, il y avait ainsi 335 personnes incarcérées au centre pénitentiaire de Majicavo contre 278 places, soit un taux d’occupation de 120%. “Ce n’est pas en remplissant la prison que nous allons régler le problème”, avance-t-il, en appelant à une réponse citoyenne et de prévention, pour éviter que les jeunes ne basculent dans la délinquance.

Quid des principaux concernés, toujours derrière les barreaux pour cette affaire du rapt de Petite-Terre ? “Bien sûr, ils ont souhaité l’évoquer, mais nous avons rapidement fait le tour, car il s’agit d’une instruction en cours”, résume le procureur. “La seule chose que j’ai pu leur dire, c’est que j’en étais dessaisi et qu’il revenait à l’instruction de décider ou non d’une potentielle remise en liberté, dans le cadre de procédures encadrées, avec le travail de leurs avocats.” Un partout balle au centre.

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