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“On est prêt à se défendre” : le message des habitants de Mtsapéré en soutien à Chamsidine Boinali

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Ce week-end, les villageois de Mtsapéré ont protesté contre la garde à vue d’un jeune homme, qui s’était défendu contre ses agresseurs mercredi dernier. Réunis à nouveau devant le commissariat de Mamoudzou ce lundi, une vingtaine de personnes sont venues soutenir leur proche, cette fois pour déposer plainte. Pour l’instant, et dans l’attente de l’audition des différents témoins et de la victime, le parquet n’a pas engagé de poursuite.

15h pile. Son casque sous le bras, Chamsidine Boinali emboîte le pas à son avocat et traverse la rue en direction du commissariat, avec un dernier signe de la main vers le petit groupe de personnes venues le soutenir. Deux jours après la fin de sa garde à vue, le jeune homme s’est présenté cette fois-ci comme victime, pour porter plainte contre ses agresseurs.

Il y a un peu moins d’une semaine, mercredi en fin de journée, le trentenaire s’était retrouvé pris à partie par des délinquants à Mtsapéré. Menacé par cinq jeunes, d’après ses dires et ceux d’un témoin, la victime finit par user d’un couteau contre l’un de ses agresseurs. Un jour plus tard, il est placé en garde à vue, avant d’être relâché samedi en fin de journée. Mais face à cette situation, les habitants du village ont décidé de se rassembler le week-end dernier, pour protester contre cette interpellation, vécue comme une injustice. Ce lundi, pour la troisième fois, une vingtaine de personnes, parmi lesquelles des proches et des habitants du quartier, ont à nouveau souhaité afficher leur soutien devant le commissariat de Mamoudzou.

Heureusement qu’il avait son casque et qu’il sait se défendre, sinon, c’était lui qui y passait !”, souffle Balou, l’un de ses amis qui a déjà été entendu comme témoin et retrace les événements. Comme tous les jours, Chamsidine et ses amis se retrouvent vers 17h pour prendre le café vers le parking à Mtsapéré. “Il y a des jeunes qui avaient déjà essayé de voler un scooter, mais le propriétaire ne s’est pas laissé faire. Ensuite, ils ont trouvé un homme qui avait sa valise et s’apprêtait à voyager, là encore, il a riposté. Puis, ils ont essayé de s’attaquer à un automobiliste, et là, nous avons voulu riposter”, déroule le témoin.

Je n’avais pas d’autre solution”

Les jeunes prennent alors la poudre d’escampette… mais reviennent quelques minutes plus tard, avec des renforts. “On a vu une cinquantaine de jeunes arriver vers le plateau, et c’est là qu’il y en a quatre ou cinq qui se sont acharnés sur Chamou, ils avaient des bâtons, des cailloux, des barres de fer, des chumbos”, décrit-il. Au milieu de la cohue, la victime sort son couteau et plante l’un de ses agresseurs. “C’est un couteau multifonction, comme un couteau suisse pour ouvrir une bière. Depuis vingt ans que je l’ai, je n’ai jamais agressé personne avec… mais là, je n’avais pas d’autre solution”, assure pour sa part Chamsidine, joint par téléphone.

Ce lundi au commissariat, la tension est palpable et le message est clair : “maintenant, on est prêt à se défendre, quoi qu’il en soit, même si on meurt, on ne doit pas se laisser faire”, résume l’un des habitants. Un sentiment de devoir rendre justice soi-même qui tend à prendre de l’ampleur ces derniers mois à Mayotte, alors que la population déplore le manque de réponse des autorités judiciaires par rapport à l’insécurité. “Ce qui nous choque, c’est que ce sont toujours les mêmes jeunes, matin, midi et soir qui cassent nos voitures, dégradent nos biens, harcèlent nos enfants avec leurs chiens… Eux, quand ils font des bêtises, il n’y a pas de poursuite, en revanche quand on ne se laisse pas faire, c’est nous qui avons des problèmes”, résume Balou.

Contacté, le parquet explique n’avoir pas encore engagé de poursuite, en attendant de pouvoir entendre toutes les parties prenantes, et notamment la victime, dont le pronostic vital ce lundi n’était plus engagé. “Pour le moment, nous poursuivons l’enquête pour essayer de comprendre ce qu’il s’est passé, pour définir la responsabilité des uns et des autres et voir si le mis en cause est en situation de légitime défense ou si c’est lui qui attaque”, explique le procureur Yann Le Bris. Une enquête se poursuit en parallèle sur les violences qu’il dit avoir subies. La prudence est donc de mise dans cette affaire que l’on sait très observée par la population. “Si le juge le condamne, on est mort à Mayotte”, présage ainsi une habitante.

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