Huit mois de prison avec sursis pour des violences contre la communauté africaine

Huit mois de prison avec sursis pour des violences contre la communauté africaine

En pleine journée de barrages, un jeune se retrouvait devant le tribunal pour des faits de violence et caillassages commis quelques mois plus tôt. Contre toute attente, le tribunal optera cette fois-ci pour la clémence.

Ambiance un peu amère ce mercredi, au tribunal judiciaire de Mamoudzou. Alors que l’île s’est trouvée paralysée toute la matinée par les multiples barrages et déferlements de violence à Doujani, Kawéni, Koungou, Trévani, Majicavo… les magistrats entendaient, à quelques encablures de là, et à peine quelques heures plus tard, un prévenu jugé pour un caillassage survenu le 17 décembre 2019, à Koungou. “Malheureusement, les faits font terriblement écho à la situation que connaît Mayotte depuis quelques jours”, a ainsi souligné la substitute du procureur. Sarah M’Bouta, qui vient d’ailleurs tout juste de prêter serment ce lundi, aura donc eu droit à un baptême du feu pour sa première semaine au parquet de Mayotte…

Les faits qui amenaient Ali C. ce mercredi avaient toutefois une saveur légèrement différente. Le prévenu était jugé pour avoir participé à un attroupement en étant porteur d’une arme, en l'occurrence des pierres, et pour avoir exercé volontairement des violences ayant entraîné une incapacité totale de travail de trois et deux jours, avec comme circonstances aggravantes l’usage et la menace d’une arme et en réunion. D’autres violences sans incapacité de travail et d’importantes dégradations sur des véhicules et un bâtiment des environs, étaient aussi à déplorer dans cette affaire.

“Dehors les Africains”

Mais là, pas de grève des transporteurs pour justifier ses actes. Pire, le jeune homme, flanqué d’une bande de six lascars, s’en serait en réalité pris à un bâtiment hébergeant plusieurs membres de la communauté africaine, demandeurs d’asile à Mayotte. Et c’est sur les cris de “Dehors les Africains”, que les gendarmes sont appelés à intervenir cette nuit-là. Quand ils arrivent, la troupe a été rejointe par une vingtaine de jeunes supplémentaires, qui balancent des cailloux dans les airs et bloquent la circulation. Ali C. est rapidement désigné comme le meneur, et est interpellé par les forces de l’ordre, visiblement alcoolisé.

Alcool et guéguerres de voisinage

Et ses explications manquent pour le moins de clarté, encore aujourd’hui, alors qu’il est questionné tour à tour par les juges et le parquet. Ce que l’on comprend : avant de s’en prendre à cet immeuble, le jeune partage un peu plus d’un verre de vodka avec ses comparses sur une plage à proximité. Un certain John les approche : il a des soucis avec son voisinage, et a déjà cassé une canalisation avant d’appeler les jeunes du quartier pour l’aider à régler ses affaires avec ces demandeurs d’asile africains. Il leur promet de l’alcool. Ali C. se met alors en route et débarque chez la première victime, qui témoigne sa stupeur, comme le lit la présidente à l’audience ce mercredi : “Deux individus sont entrés dans ma chambre, ils voulaient des bières mais je n’en avais pas. Je leur ai dit que c’était une violation de domicile, ils ne comprenaient rien car ils étaient bourrés, donc j’ai fermé la porte.”

C’est là que tout dégénère : le prévenu frappe la porte, puis s’en prend au frère de la victime, le blessant avec un couteau ou des ciseaux (ce point reste encore flou dans le dossier). Lui nie avoir possédé une arme… et a oublié le reste de sa soirée. L'insistance du tribunal ne parviendra pas à venir à bout de son amnésie, ni à déterminer comment les jeunes ont ensuite pris la rue, pierres au poing. “Je ne m’en souviens pas, je ne sais pas pourquoi le conflit a éclaté”, balbutie-t-il à la barre.

Excuses et sursis

Repentant, toutefois. Depuis sa garde à vue et son placement sous contrôle judiciaire, Ali C. a eu un comportement exemplaire et n’a manqué à aucune de ses obligations, d’après le rapport joint au dossier. Sans casier judiciaire, il suit de plus une formation pour le BAFA, dont il a validé la partie théorique. Et aujourd’hui, alors que la procureur requiert douze mois de prison assortis d’un sursis probatoire de six mois, il n’a qu’une seule réponse. “Je veux présenter mes excuses au tribunal et à la procureure, et j’aimerais présenter mes excuses aux victimes”, lâche-t-il, tête baissée. Une attitude qui lui vaudra cette fois-ci une certaine clémence : le tribunal le condamne à huit mois de prison entièrement assortis d’un sursis probatoire de deux ans.

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