De nouvelles têtes pour une justice en construction à Mayotte

De nouvelles têtes pour une justice en construction à Mayotte

Cinq nouveaux arrivants ont fait leur rentrée sur les bancs de la justice. L’occasion de rappeler les défis qui sous-tendent l’activité judiciaire dans le plus jeune département de France.

Un moment “symbolique” pour la justice à Mayotte. Ce lundi à Mamoudzou avait lieu à la chambre détachée de la cour d'appel de Saint-Denis (La Réunion), l’audience d'installation de deux nouveaux présidents fraîchement arrivés sur le territoire. Nathalie Courtois, ancienne première vice-présidente adjointe au tribunal judiciaire de Bobigny et Cyril Ozoux, ex-vice-président en charge de l’instruction à La Réunion, viennent donc grossir les rangs de la justice des recours dans le 101ème département. L’occasion aussi pour trois nouvelles magistrates de prêter serment. Sarah Chaib et Emilie Cuq-Girault siègeront donc au tribunal judiciaire en qualité de juges, tandis que Sarah M’Buta renforce depuis ce jour les effectifs du ministère public, en tant que substitute du procureur.

Et c’est presque tout le gratin local qui était présent pour accueillir ces nouvelles têtes dans leurs robes rouges et noires, pour une audience solennelle. Et particulière, en raison du contexte de crise sanitaire. Masques sur le nez, et distanciation sociale respectée autant que faire se peut dans cette petite salle de la chambre d’appel, le préfet Jean-François Colombet, le maire de Mamoudzou Ambdilwahedou Soumaïla, mais encore le député Mansour Kamardine et bien sûr le procureur de la République Camille Miansoni, assistaient à ce rendez-vous clé pour la justice de Mayotte. “Cette audience, c’est un moment emblématique fort pour montrer l’ensemble des composantes de la Nation, et rappeler le respect et l’estime que chacun doit porter pour l’autorité judiciaire, garante de la démocratie”, a souligné le représentant du pouvoir exécutif.

La justice à Mayotte, ce “bâtiment” en construction

Une présence remarquée et saluée par Alain Chateauneuf, la premier président de la cour d’appel de La Réunion, ainsi que par le procureur général Denis Chausserie-Laprée, qui avaient fait le déplacement jusqu’à l’île aux parfums. Pour rappel, le système judiciaire de Mayotte s’est longtemps caractérisé par un système dérogatoire, qui a pris fin avec la départementalisation, faisant de l’ancien Tribunal supérieur d’appel (TSA) de Mamoudzou une chambre d’appel placée sous la juridiction de la Cour d’appel de La Réunion.

Près de dix ans après, le pouvoir judiciaire du 101ème département en est donc encore à ses premiers pas. “Cette jeune institution judiciaire, quand on la voit de l’extérieur, on ne voit pas ce qui se trame à l’intérieur. Comme un bâtiment dans lequel il faut encore installer la climatisation. Et ce sont là parfois vraiment les problématiques que nous avons”, a décrit sans détour le procureur Camille Miansoni. Cette construction de la justice était donc la trame de fond de ce renouvellement des troupes… ainsi que les nombreux enjeux, sécuritaires, économiques et environnementaux du territoire. “La présence judiciaire est essentielle pour aider dans sa construction ce jeune département confronté à ses tiraillements”, a ainsi rappelé le procureur général.

Le chantier de l’état civil

Autant de défis auxquels vont devoir se confronter les nouveaux venus. “C’était une audience très émouvante et solennelle qui nous fait prendre la mesure de ces nouvelles fonctions et les enjeux qui nous attendent sur cette île pleine de richesses et de challenges. Et me concernant, notamment, le défi de l’état civil”, a relevé Sarah Chaib, nouvelle magistrate du tribunal. Une nomination qui résonne tout particulièrement à Mayotte, alors que le préfet Jean-François Colombet faisait, le matin même sur les antennes de Mayotte la 1ère, le lien entre les récents événements de violence et l’interruption de la lutte contre l’immigration clandestine depuis mars…

Même son de cloche chez sa consoeur Sarah M’Bouta, qui s’est vue confier plus spécifiquement deux missions en sa qualité de substitute du procureur, celles de l’état civil et de l’environnement. “J’ai à coeur de participer à construire ce département d’Outre-mer : d’une part pour garantir à chacun un état civil qui corresponde à sa situation réelle, d’autre part pour travailler avec la population pour comprendre cet enjeu capital de l’environnement, auquel je suis personnellement sensible”, a développé la nouvelle représentante du parquet, elle-même originaire des Outre-mer, en Martinique.

“Sur le fil du rasoir”

Son choix de rejoindre le parquet a d’ailleurs été largement salué par les forces en présence, surtout au vu des spécificités locales. Il y a quelques mois, le procureur Camille Miansoni avait fait l’objet de violentes attaques à la suite du jugement de deux personnes impliquées dans le rapt d’un cambrioleur en Petite-Terre. Sujet qui n’a d’ailleurs pas manqué d’être évoqué pendant l’audience. “C’est le meilleur choix, le meilleur job ! Certes, on est sur le fil du rasoir, on est exposé, mais on est en contact permanent avec la vie de tous les jours”, souriait toutefois le premier concerné. Des sourires partagés par tous, sans volonté d’amoindrir l’ampleur du travail qui reste à accomplir. “Je vois vos jeunes collègues qui vous accompagnent, et cette solidarité, que vous n’auriez pas forcément trouvé dans d’autres juridictions, est essentielle. Vu la période qui, on ne va pas vous le cacher, est difficile”, rappelait ainsi Denis Chausserie-Laprée. Alors, caribou et bonne chance !

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