Victime des violences à Koungou fin février, Claude le « miraculé » raconte

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Locataire de la résidence Oungou Manga à Koungou depuis 2016, Claude a vécu un véritable cauchemar le 26 février. Pris à partie par une bande de jeunes, l’enseignant a tenté de leur faire barrage dans son habitation avant d’être roué de coups par les assaillants. Plus d’un mois après les faits, il revient sur cet incident « exceptionnel » et la manière dont il se reconstruit. Témoignage.

« Mon œil ? Non, non ça ne remonte pas à ce jour-là ! Je me suis fait piquer par une bête en scooter hier [mardi 6 mars]. » Situé à quelques pas devant le portail, « de nouveau fonctionnel », de la résidence Oungou Manga à Koungou, Claude revient sur les lieux de l’incident pour la deuxième fois depuis le cauchemardesque 26 février. Date de la spectaculaire attaque à l’encontre des habitants par une bande de jeunes issus du désormais ancien quartier Jamaïque. « En un peu de plus de quatre ans, je n’ai vécu qu’une seule tentative de cambriolage. Je me sentais relativement en sécurité… »

Tout commence vers 10h quand la troupe d’assaillants fracasse une flopée de portes d’entrées dans le but de vandaliser les logements SIM. La sienne, « blindée », résiste aux innombrables coups de barre de fer, de hache et de chombo. « Ils avaient tout un arsenal », se remémore le sexagénaire. Une heure plus tard, un peloton de gendarmerie débarque tambour battant pour restaurer le calme. Au détour d’une apparente accalmie, certains résidents en profitent pour prendre la poudre d’escampette. Pas Claude, seul locataire dans son habitation. « J’étais bloqué à l’intérieur car la serrure avait fini par sauter », retrace-t-il, comme s’il revivait cet « événement exceptionnel ».

« J’étais KO debout »

À peine le temps de reprendre ses esprits que la fronde repart de plus belle en fin d’après-midi, quelques minutes seulement après le départ des militaires. « Stressé », « apeuré », l’enseignant se barricade avec « une machine à laver ». Dans son combiné, il prie les forces de l’ordre de revenir à toute vitesse et de lui porter secours. « Je pensais réellement que j’allais y passer ! » La course contre la montre débute. Résister à tout prix. Mais au même moment, une brèche se forme… « Un jeune a fini par rentrer et m’a roué de coups. » Poussé par un instinct de survie, Claude réplique et fonce dans le tas – « une bonne dizaine d’individus » – pour s’extirper du piège dressé face à lui et atteindre la passerelle devant son logement, synonyme de liberté. « Puis un autre m’a attrapé et a eu tout le loisir de me tabasser. J’étais KO debout mais je ne devais pas mettre un genou par terre. »

Encore sonné moralement, ses souvenirs s’emmêlent. Seule certitude à ce moment-là ? « Il faisait nuit. J’étais pieds nus et j’avais les vêtements en lambeaux. » Échappé de ce guet-apens, le professeur de mathématiques fonce se cacher à l’autre bout du parking. Où un voisin lui ouvre l’accès à sa demeure, après moult pourparlers. Finalement, la cavalerie rapplique et l’exfiltre avec un véhicule blindé sur la place de la commune pour être pris en charge par les pompiers. Direction le centre hospitalier de Mayotte. Verdict : le nez cassé, le visage ensanglanté et quelques blessures de défense. Et dix jours d’incapacité temporaire de travail. « Je me considère comme un grand miraculé », admet-il en toute humilité.

 

Soutien du rectorat et de ses collègues

 

Dès le dimanche matin, il reçoit quelques mots « réconfortants » de la part d’un conseiller du recteur et du directeur du cabinet. Vient alors la question du relogement. « Le rectorat m’a proposé d’aller à l’hôtel Trévani, mais je voulais quitter la zone et retourner sur Mamoudzou pour me rapprocher de mon lieu de travail. Sauf que tous les établissements étaient complets avec les renforts de la réserve sanitaire. » Face à ce manque d’options, Claude prolonge la colocation durant deux semaines chez l’un de ses collègues, qui l’a accueilli le soir-même à sa sortie de l’hôpital, le temps de se retourner.

« J’ai évidemment déménagé, je n’ai pas attendu les propositions de la SIM. » Depuis, le Malgache d’origine vit à Kawéni, à cinq minutes du lycée des Lumières. Et retombe petit à petit sur ses pattes grâce à l’aide « surprise » de son proviseur adjoint pour la réception de mobilier gracieusement offert par près d’une dizaine d’entreprises et au soutien financier des autres enseignants. « Ce sont toutes ces personnes qui m’ont fait tenir et qui m’ont convaincu de rester. » Mais sa reconstruction n’est pas un long fleuve tranquille. « Je ne connaissais pas les démarches à réaliser pour le dépôt de plainte et l’assurance habitation », dit-il au moment d’arrêter le facteur pour savoir s’il a reçu du courrier.

Cinq semaines et quelques séances « qui n’ont rien changé » avec la psychologue de son établissement scolaire plus tard, Claude ressasse cette expérience avec philosophie. « Ce n’est pas ça qui va me faire quitter Mayotte. Ce n’est pas à ma personne qu’ils en voulaient. Je ne suis qu’un dommage collatéral d’un fait. » Avant de remonter sur son scooter et de regarder s’éloigner son ancienne maison sur laquelle sont encore visibles les stigmates de cette atroce journée. Tel un nouveau départ.

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