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Des réfugiés campent sur la place publique à Mamoudzou pour montrer leur souffrance

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Depuis le samedi 13 août, des réfugiés d’origine africaine campent sur la place Zakia Madi à Mamoudzou. Des hommes et des femmes accompagnés de leurs enfants vivent sur cet espace iconique pour mettre en lumière leur désarroi et leurs conditions de vie.

Les enfants courent et jouent ensemble, pendant que leurs mères font la vaisselle et que les pères les surveillent, assis sur un muret non loin. Cette scène a l’air banale, sauf que ce n’est pas le cas puisqu’elle ne se déroule pas dans l’intimité d’un foyer, mais sur une place publique à Mamoudzou. La place Zakia Madi, dans la commune chef-lieu, a été transformée en camping sauvage depuis le week-end dernier par des réfugiés et des demandeurs d’asile africains. Les femmes plus âgées sont allongées sur des matelas délabrés, installés à même le sol. Certaines somnolent pendant que les autres veillent sur un nourrisson d’à peine trois semaines, endormi sur une natte verte. Sa mère dit n’avoir nulle part où aller… Et même si elle sait que ces conditions sont dangereuses pour un nouveau-né, elle préfère rester avec sa communauté et dormir dehors. Les hommes discutent à l’écart pendant que d’autres femmes sont « parties chercher à manger » pour les enfants, indiquent-ils. En réalité, elles sont parties demander un peu d’argent aux passants afin d’acheter de quoi se nourrir.

Certains toquent aux portes pour pouvoir faire une toilette. Ceux qui peuvent se le permettre payent les 50 centimes nécessaires pour utiliser les toilettes publiques situés à côté de la place. Quant aux enfants… « On creuse un trou pour qu’ils puissent faire leurs besoins puis on le recouvre », avoue Jacques, l’un des pères. Encore insouciants, les enfants ne semblent pas réaliser la dureté de la vie qu’ils mènent. Ils rient aux éclats et jouent au loup comme des jeunes de leur âge, à une différence près : ils n’ont plus de toit où s’abriter. Ces réfugiés et demandeurs d’asile vivent de cette manière depuis des jours, quand ils ont décidé de camper dans ce lieu public, pour mettre en évidence leurs conditions de vie. Selon eux-mêmes, ils seraient 200 à camper sur cet endroit. Un chiffre impossible à confirmer puisqu’en journée ils s’éparpillent pour chercher de quoi survivre.

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Rejetés, traités comme des poubelles

Ces personnes viennent de différents pays de l’Afrique de l’Est. Beaucoup sont à Mayotte depuis plusieurs années, mais leur situation n’évolue de manière positive. « Je suis arrivé à Mayotte en 2017 et je n’ai jamais eu le droit de travailler. Je bricole à gauche à droite, mais rien de concret », raconte Shabani qui campe également sur la place Zakia Madi avec sa femme. Ce dernier n’a plus aucun espoir, il ne compte plus sur les associations humanitaires censées les aider. À l’image de nombreux réfugiés et demandeurs d’asile, Shabani et sa femme étaient auparavant aidés par Solidarité Mayotte. Ils étaient logés quelques mois et recevaient 30 euros par mois pour vivre. « Comment voulez-vous que nous vivions avec un euro par jour ? », s’indigne-t-il. Contactée à plusieurs reprises, l’association n’a pas donné suite à nos sollicitations. De son côté, le jeune homme désire juste avoir l’autorisation de travailler pour pouvoir aller de l’avant.

Shabani, Jacques et tous leurs amis tiennent le même discours : ils se disent victimes de racisme. « Nous sommes victimes de racisme dans les associations, quand nous cherchons du travail, et même dans les taxis ! Les gens ne veulent pas s‘asseoir à côté de nous », affirme Jacques qui dit regretter parfois d’être venu à Mayotte. « Ici nous sommes rejetés, traités comme des poubelles », ajoute-t-il, avec une pointe de déception dans sa voix.

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Régularisé, Jacques travaille désormais dans une entreprise connue à Mayotte. S’il est dans la rue, c’est purement par solidarité. L’objectif selon eux est de faire valoir leurs droits. « Nous voulons savoir pourquoi nous ne sommes pas traités de la même manière que les réfugiés qui sont dans les autres départements de France ou en Europe ? Nous discutons avec eux et nous réalisons qu’ici nous sommes considérés différemment », insiste Jacques. L’exemple flagrant est le traitement consacré aux mineurs. Beaucoup d’entre eux ne vont pas à l’école car les démarches d’inscription sont fastidieuses. « Quand nous voulons les inscrire, on nous demande leurs actes de naissances, mais nous avons tout laissé chez nous et aujourd’hui en tant que demandeur d’asile, nous n’avons pas le droit d’avoir de contact avec notre pays d’origine », explique Serge, un père de famille. Et lorsque certains ont la chance d’être inscrits, ils ne peuvent pas se rendre à l’école par manque de moyens. « Les fournitures scolaires de mon fils coûtent plus de 80 euros ! Je n’ai pas l’argent pour les lui acheter. Je ne sais pas s’il ira à l’école à la rentrée », continue Serge.

Les campeurs sont décidés à rester sur la place Zakia Madi de manière indéterminée jusqu’à ce que les autorités trouvent une solution. La police nationale a essayé de les déloger à plusieurs reprises, en vain.

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