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Ilot M’Tsamboro : Agriculteurs et autorités se parlent enfin

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Après la réunion publique qui s’est terminée dans la précipitation, le 18 mai (voir Flash Infos du 19 mai), élus de M’tsamboro, habitants et préfecture de Mayotte ont accepté une nouvelle rencontre, ce mercredi. Un ton plus cordial a permis aux opposants du projet prévu sur l’îlot M’Tsamboro d’exposer leurs griefs. Ils ont notamment peur que le territoire de 2 km qu’ils utilisent perde sa vocation agricole. « Il n’en est pas question », leur a rétorqué le préfet Thierry Suquet.

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Devenu porte-parole du collectif, Aboubacar Tanardhu a réafirmé son opposition au projet.

Difficile de se frayer une place dans la petite salle du conseil municipal de M’Tsamboro, mercredi soir, au milieu de la centaine de personnes présentes. Initiée par la municipalité, cette nouvelle réunion avait comme objectif de réduire la défiance envers le projet « Sisiwa Mtsamboro », dont la phase de démolition entamée ces dernières semaines n’est que le point de départ. Le 18 mai dernier, une réunion du même genre avait été écourtée alors que les débats s’avéraient trop houleux. Cette fois-ci, le dialogue s’est fait de manière apaisée. Le maire de M’Tsamboro, Laïtidine Ben Saïd, et le préfet de Mayotte, Thierry Suquet, évoquent l’objectif du projet avant de laisser la place aux questions. Pour rappel, sont initialement prévus un ponton au sud-est de l’île, des farés et des sentiers de randonnée. Côté agriculture, les habitations qui servent aux agriculteurs venant exploiter, ou parfois aux immigrés venus d’Anjouan, ont été récemment démolis. Cependant, les champs exploités depuis des décennies, si ce n’est davantage, resteront aux cultivateurs. Toujours dans ce sens, un hameau ou « tobé » devrait voir le jour « dans un cadre architectural traditionnel et innovant ».

Face au préfet, Aboubacar Tanardhu relaie les doléances de ses collègues. Il demande notamment « l’arrêt immédiat des opérations en cours ». Le cultivateur, qui a repris un terrain familial en 2005, est devenu malgré lui le porte-parole du collectif. « Nous ne pouvons concevoir d’activités autres que l’agriculture. Celles-ci risquent d’empiéter sur les espaces aujourd’hui cultivées », craint-il.  Une demande à laquelle souscrit complètement le préfet. « La vocation première de l’îlot ne changera pas », assène-t-il plusieurs fois. En contrepartie, il demande cependant des changements de pratique. « Vous me parlez des oranges de M’Tsamboro. Leur production est en chute libre. Il faut réduire la culture de bananes », dit-il souhaiter. Dans cette optique, une transition vers davantage de cultures d’agrumes va être mise en place.

Et le représentant du gouvernement français se montre plus ferme sur l’édification d’un ponton. « On en a besoin ! » argue-t-il, promettant que celui-ci ne servira qu’aux forces de l’ordre (gendarmes et future brigade nautique de M’Tsamboro), ainsi qu’au Conservatoire. « Il n’y aura pas de prestataires », prévient-il. Il tente de rassurer en indiquant que les corps-morts prévus seront utilisés uniquement par les pécheurs et les agriculteurs. Des détails qui semblent rassurés les agriculteurs.

Parfois des allures de dialogue de sourds

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Le maire de M’Tsamboro, Laïtidine Ben Saïd, et le préfet de Mayotte ont tenté de calmer les craintes des cultivateurs.

Pourtant, une fois chaque point de vue exposé, un dialogue de sourds s’en suit entre protestataires et autorités, alors que les deux semblent pourtant partager des points communs. « J’ai l’impression de ne pas être compris », répète plusieurs fois le préfet. A sa décharge, il se retrouve vers le milieu de la réunion entouré par des points de vue souvent différents. Des villageois disent ainsi ne pas être opposés à un projet incluant une dimension touristique, à condition que cela reste « à une petite échelle ». Un avis qu’on entend parmi les plus jeunes.

Afin de calmer les débats, le maire de M’Tsamboro dit ne pas exclure des changements dans le projet initial. Il invite le collectif à rejoindre le comité de pilotage. « Les farés, les sentiers, ça peut sauter », estime l’élu, en tendant la main à Aboubacar Tanardhu. L’idée que l’îlot soit géré par la commune, (N.D.L.R. cette mission est assurée par le Conservatoire du littoral et l’association Agir pour le développement intégré du nord de Mayotte) n’est pas non plus écartée. « Si ça peut apaiser la situation », reconnaît-il, avant d’admette qu’il en faudra encore du dialogue pour mettre fin à la peur qu’ont les cultivateurs « de se faire exclure de l’îlot ».

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