À Mayotte, l’environnement remercie le confinement pour ses bienfaits

À Mayotte, l’environnement remercie le confinement pour ses bienfaits

Même si le confinement met à mal l’économie et le moral de certains, il a des effets positifs sur l’environnement. Il est encore difficile de les mesurer de manière précise, mais il suffit de respirer l’air frais, d’ouvrir grand ses oreilles ou de regarder le ciel pour s’en rendre compte.

C’est une image qui a surpris le monde entier. Il y a quelques jours des canards se promenaient dans les rues de Paris. Nul doute, le confinement a bel et bien des effets positifs sur l’environnement. À Mayotte, cela se caractérise par le chant plus audible des oiseaux qui rythme nos journées, ou par un ciel plus clair qui permet d’observer distinctement les étoiles. L’une des conséquences instantanées de cette mise en quarantaine est le changement du paysage sonore. Le bruit du trafic humain et routier a laissé place au doux chant des oiseaux. “Il suffit de se mettre à sa fenêtre pour se rendre compte de la grande biodiversité de l’île. Tout le monde peut observer les oiseaux qui sont plus présents”, sourit Émilien Dautrey, directeur de l’association Gepomay qui lutte pour la protection des oiseaux à Mayotte. En effet, selon Jérôme Sueur, éco-acousticien au Muséum national d’histoire naturelle, “le bruit est source de stress, de fatigue, de dérèglements physiologiques, de perte de vigilance face aux prédateurs… Il est donc raisonnable de penser qu’un cadre sonore calme, dépollué, puisse augmenter la survie des animaux chanteurs, faciliter leur reproduction, et conduise à des environnements naturels en meilleur état.” Sur notre île, une espèce d’oiseaux est particulièrement en danger. Il s’agit du Sterne qui est très sensible au dérangement. “Un quart de la population de ce type d’oiseaux vient se reposer à Mayotte chaque année, mais ils sont dérangés par les touristes. S’ils ne sont pas bien reposés, ils ont du mal à se reproduire”, alerte Émilien Dautrey. Le confinement est donc positif pour eux.

Les effets se font également ressentir sur l’air. Selon l’association Hawa Mayotte qui observe la qualité de l’air chez nous, “Depuis le confinement, les mesures de particules fines en situation trafic montrent une baisse d’environ 20 % par rapport à la semaine précédente du confinement.” Cette baisse pourrait être supérieure à 20 % selon l’association puisque la semaine de référence était une semaine de vacances, le trafic était donc déjà réduit.

Il est cependant encore prématuré de mesurer de manière précise l’impact du confinement sur la faune et la flore. “On ne peut pas le faire parce qu’on ne peut pas se déplacer. Mais nous pouvons supposer que la diminution de la pression humaine augmente le périmètre de déplacement des espèces”, explique Michel Carpentier, président de l’association Les Naturalistes.

Quelle sera la suite ?

Même si le confinement a sans aucun doute des conséquences positives déjà visibles sur l’environnement, tous les scientifiques s’accordent à dire que cela ne retardera pas pour autant le réchauffement climatique. Le simple fait d’arrêter les émissions de gaz carbonique sur une courte période n’est malheureusement pas suffisant. Certains craignent même une reprise trop brusque de l’activité. Cela ferait exploser les compteurs des émissions de CO2. Il est donc indispensable de s’interroger dès à présent sur le modèle de développement que nous voulons adopter, comme l’a suggéré le président de la République lors de son allocution du 12 mars. “Quand on reviendra à la normale, il ne faudra pas que chacun se précipite sur sa voiture. Nous devons réfléchir sur un modèle de développement qui aura impact minime sur l’espèce humaine et sur l’environnement. Il faut donner plus de moyens au développement d’énergie non fossile afin de limiter le recours aux hydrocarbures”, préconise Michel Carpentier. En d’autres termes, il est temps d’accorder plus d’importance aux énergies renouvelables. Chacun peut également contribuer à son niveau au changement. Après le confinement, il serait plus judicieux de ne pas aller chercher le pain en voiture, de privilégier le covoiturage, le vélo ou la marche. Le président des Naturalistes conseille de “profiter de ce grand chamboulement pour réfléchir à notre rapport à la nature. On a l’impression qu’elle est une ressource inépuisable alors que ce n’est pas le cas”. Si chacun applique ces quelques gestes, la nature sera probablement déjà reconnaissante et elle nous le rendra.

 

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