Grève des profs: "le rectorat est en train de couler"

Grève des profs: "le rectorat  est en  train de couler"

Entre la suppression de plusieurs indemnités, la hausse des contractuels, les enseignants du secondaire sont montés au créneau hier dans les rues de Mamoudzou. Ils dénoncent un manque d'implication de la part du vice-rectorat et une précarisation croissante de leur profession.

 Ils étaient entre 150 et 200 enseignants du secondaire, titulaires ou non, à défiler dans les rues du centre de Mamoudzou jeudi matin. En cause : l'appel lancé par la quasi-totalité des syndicats de l'Éducation nationale à Mayotte, contre la perte d'attractivité de l'Académie et la précarisation de ses professeurs. Des revendications propres à l'île, alors qu'un mouvement similaire se jouait à l'échelle nationale. "Depuis 2013, les conditions de séjour ne sont plus assez intéressantes", martèle fermement Patrick Fornecker, secrétaire général adjoint du Syndicat national des enseignants du second degré (Snes).

Depuis plusieurs mois, de nouveaux problèmes s'ajoutent à une situation déjà jugée critique par le corps enseignant. "Contrairement à ce qui a été prévu, les gens arrivés en 2011 ou 2013 ne touchent pas d'indemnité d'éloignement et les néo-titulaires n'ont pas droit à l'indemnité de sujétion géographique alors qu'ils y avaient droit l'année dernière", développe le représentant syndical. "À cela s'ajoute le fait qu'on refuse le recalcul de l'indemnité de logement, et c'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase !"

 Vers un mépris de la profession ?

Si les représentants syndicaux ont pu s'entretenir pendant une heure avec le secrétaire général et le chef de cabinet du vice-rectorat – le vice-recteur étant en déplacement en dehors de Mayotte –, l'échange n'a pas été à la hauteur de leurs attentes. "Ils nous ont dit qu'au ministère, on considère que tant que le système fonctionne (même mal) il n'y a pas de problème", décrit Patrick Fornecker, enseignant à Mayotte depuis 15 ans. "Le rectorat nous répète qu'il n'a pas la main sur ces décisions. Nous devons donc faire une croix sur un système éducatif de qualité..." Résultat, selon le Snes, l'Académie se rapproche dangereusement des 60 à 70 % d'emplois contractuels, les plus précaires. Selon le syndicaliste, cette évolution démontre ni plus ni moins que "le rectorat est en train de couler".

Si une grève nationale est déjà annoncée pour le 5 février, l'intersyndicale de Mayotte s'interroge encore sur la forme que devra prendre le mouvement à l'échelle locale. "Au-delà des grèves, il y aura sûrement d'autres moyens d'action", avance le secrétaire adjoint du Snes. Parmi les moyens de pression envisagés, le recours en justice devant le tribunal administratif sur des dossiers comme les néo-titulaires ou le logement, comme cela s'est déjà pratiqué en Guyane. Quoi qu'il en soit, "Il n'y a, je crois, pratiquement pas un seul collègue qui n'est pas en train de défendre l'institution", conclue Patrick Fornecker.

 

Abonnement Mayotte Hebdo