La crise du Covid n’a pas arrangé les affaires du port de Mayotte

La crise du Covid n’a pas arrangé les affaires du port de Mayotte

Alors que le confinement influe lui aussi sur la vie au port de Longoni, les tarifs pratiqués par le délégataire MCG continuent de faire grincer les dents. 

Des transitaires remontés comme des coucous suisses, un délégataire aux abonnés absents et un conseil portuaire qui bât de l’aile… Décidément, même quand tout le monde regarde ailleurs - vers l’épidémie de Covid-19 et la crise économique qui en découle, en l’occurrence - le port de Longoni ne change pas de disque. Pire, à en croire certains opérateurs, l’épidémie a aggravé la situation, qui oppose MCG, le délégataire du port, aux transitaires, à l’union maritime de Mayotte (UMM) et au conseil départemental. 

Première source de tension : depuis le début du confinement, l’entreprise d’Ida Nel qui gère le port a dû adapter ses horaires. Désormais, il n’ouvre ses portes que par demi-journée, jusqu’à 13h, et ce, tant que le déconfinement ne sera pas officiel. Certaines agences baissent quant à elle le rideau dès midi depuis le début du ramadan. Résultat, pour les clients et les transitaires, il devient de plus en plus difficile de remplir toutes les formalités pour sortir les containers dans les temps. Sans compter que les effectifs ont eux aussi été réduits. “Un container qui serait sorti en trois jours par exemple, va mettre quatre jours de plus”, souligne l’un d’entre eux. Or les tarifs, eux, restent inchangés. D’après le dernier document disponible sur le site de MCG, daté de 2019, passé les cinq jours de franchise, le loyer du container classique passera à 2,5 euros la journée pour les plus petits, 5 euros pour les plus lourds. Puis jusqu’à 60 euros au-delà du 30ème jour… 

Activité réduite

 

“Il n’y a aucun container bloqué au port”, répond Jacques Martial-Henry, le chargé de mission d’Ida Nel. “MCG n’a d’ailleurs aucun intérêt à conserver un container, sinon nous ne serions pas payés.” La réduction des effectifs ? Pas une raison non plus selon lui, car “avec le Coronavirus, l’activité est réduite, très peu de bateaux arrivent”. Quant à l’idée de faire un geste pour des clients durement touchés par la crise économique et qui manquent de trésorerie pour assumer des frais de douanes et de port élevés, Jacques Martial-Henry la balaie d’un revers de la main. “C’est au conseil départemental de décider d’exonérer tout le monde. Prenez l’importation d’une voiture par exemple : sur une facture de 5.000 euros, 1.000 euros vont à l’armateur, 3.000 à la douane, 500 euros au manutentionnaire et à peine 500 euros pour MCG”, déroule-t-il. D’après lui, si un container tarde à quitter le port, c’est d’ailleurs bien souvent pour un blocage aux douanes ; parfois, c’est le client qui n’a pas été en mesure de fournir l’original de sa facture commerciale au transitaire, un document nécessaire pour générer la déclaration de douane. 

Les tarifs de la discorde 

Mais ce n’est pas là la seule source de tension au port, ces jours-ci. Car la question des tarifs pratiqués par le délégataire, et qui n’auraient pas été validés par le conseil départemental, continue de faire du bruit dans les containers. “Pour l’instant, la tarification reste tout sauf claire”, lâche Christian Corre, le secrétaire général de l’UMM. Dans l’attente de l’avis du conseil portuaire, MCG continue en effet d’appliquer les tarifs proposés en 2016 et dont les opérateurs ont dénoncé à plusieurs reprises les hausses excessives depuis la Délégation de service public (DSP) accordée à l’entreprise d’Ida Nel pour la gestion du port de Longoni. Le conseil départemental, qui avait d’abord validé ces tarifs en 2016, était revenu sur sa décision, relevant le caractère “excessif et non justifié” de certains d’entre eux. De son côté, l’UMM décidait alors d’un recours devant le tribunal administratif, sans suite. 

Mais, coup de théâtre : le 9 octobre dernier, la cour administrative d’appel de Paris a annulé l’ordonnance de non-lieu du tribunal administratif de Mayotte du 12 avril 2017 et l’arrêté du conseil départemental qui les avaient validés. “En tout état de cause, les tarifs qui doivent être appliqués par le délégataire doivent être antérieurs à ceux fixés au 2 septembre 2016”, date à laquelle ont été pris les arrêtés litigieux, résumait Jacques Toto, le directeur des ports et des transports maritimes et terrestres au conseil départemental, quelques jours avant le confinement. De leur côté, les transitaires réclamaient alors déjà le remboursement des sommes indûment perçues par le délégataire via ses tarifs non conformes. 

Pas de chance pour le conseil portuaire 

Si le remboursement ne risque pas d’être une mince affaire, fixer de nouveaux tarifs plus conformes est en tout cas à l’ordre du jour du conseil portuaire, depuis la décision de justice d’octobre dernier. Ce conseil doit émettre un avis facultatif sur les tarifs du délégataire, pour ensuite permettre au président du conseil départemental de les valider. Or, depuis juillet dernier, la décision n’a eu de cesse d’être repoussée. “D’abord, le conseil portuaire de juillet a été annulé, puis il y en a eu un en septembre, mais il n’y avait pas assez d’éléments pour statuer, puis en décembre, mais nous étions en alerte cyclonique…”, rappelle Christian Corre. Dernière date fixée ? En mars. Manque de pot, le Coronavirus est venu à son tour mettre son grain de sel. “Nous allons l’organiser bientôt, peut-être avant fin juin”, souhaite Sitti Maoulida, directrice adjointe chargée des ports au conseil départemental. “Nous sommes en train d’étudier comment le faire en audio, mais nous sommes un peu embêtés, à cause des municipales…”. En effet, les trois communes concernées par le port - Dzaoudzi-Labattoir, Mamoudzou, et Koungou - doivent décider d’un représentant à envoyer au conseil portuaire. Or, il ne manquerait plus qu’un changement de majorité, pour justifier d’annuler l’avis hypothétique d’un nouveau conseil portuaire… aux pieds d’argile.

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