Mayotte : une naissance dont ils se souviendront

À lire également

Quand la population mahoraise prépare la riposte

Sur les réseaux sociaux ou dans la rue, formellement ou spontanément, les initiatives se multiplient pour répondre à la délinquance qui flambe à nouveau sur l’île aux parfums. Au risque, parfois, de voir l’exaspération prendre le pas sur la loi. 

À Mayotte, “le confinement a révélé la capacité perverse de certains à faire du mal aux autres sans qu’ils ne s’en rendent compte”

Deux mois de confinement peuvent en dire long sur un individu, mais ils peuvent également dévoiler les pires et les meilleurs aspects d’une société. La crise sanitaire a mis en évidence les failles de la société mahoraise, partagée entre la conscience de certains et l’irresponsabilité des autres. Le sociologue Combo Abdallah Combo nous explique pourquoi il est urgent de tirer les leçons de ce confinement et essayer de changer la donne. 

Camille Miansoni, procureur de Mayotte : “Mon rôle est de protéger la société avant tout”

L’affaire du rapt en Petite-Terre qui suscite l’émoi dans l’ensemble du Département est révélatrice de nombre de maux dont souffre la société mahoraise au sein de laquelle nombre de personnes semblent valider l’idée que l’on puisse se faire justice soi-même à défaut d’une carence supposée de l’État. Le procureur de la République, Camille Miansoni, revient ici sur ces éléments. C’est aussi l’occasion pour lui de rappeler le rôle qu’il occupe et la vision qui l’anime alors que les critiques pleuvent sur sa personne.

À Tsoundzou, “c’était la guerre”

C’est un déferlement de violence auquel ont fait face les forces de l’ordre durant la nuit de samedi à dimanche. Des centaines de jeunes rassemblés autour de quatre mourengué ont convergé, principalement à Tsoundzou pour mener une véritable “guerre” selon les mots de policiers.

Une naissance dans la rue, ce n’est pas si courant. C’est pourtant ce qu’ont vécu Jonathan et Mouna, lundi 18 mai, date à laquelle Sarah, leur petite fille, a décidé d’arriver. Un évènement auquel ont participé quelques passants, sur les lieux par hasard. Et quand s’improvise une chaîne de soutien, cela donne une belle histoire. Récit. 

Pour un joli souvenir, c’est un joli souvenir. Et pour une belle histoire, c’est une belle histoire. D’ailleurs, à voir les nombreuses réactions sur la page Facebook où Jonathan a lancé son appel, elle a fait du bien à beaucoup en cette période quelque peu anxiogène. De quoi s’agit-il ? D’un accouchement quelque peu hors-norme et de la chaîne de soutien qui s’est instantanément mise en place. 

Nous sommes dimanche 17 mai, dans une résidence du quai Ballou, où vivent Jonathan, 35 ans, et Mouna, 23 ans. Le couple attend sa deuxième fille incessamment sous peu. D’ailleurs, depuis midi, la jeune femme a des contractions. “La sage-femme nous avait dit que tant qu’elles n’intervenaient pas toutes les cinq minutes, nous n’avions pas à aller à l’hôpital”, commente Jonathan. Lesdites contractions n’étant pas aussi resserrées, le couple patiente. L’après-midi et la nuit se poursuivent ainsi, puis vient le grand jour. 

Le lundi, aux alentours de 6h du matin, “Mouna me dit qu’elle pense avoir perdu les eaux. Je regarde et en effet !” Évidemment, il ne s’agit dès lors plus d’attendre, mais de se rendre à l’hôpital de Dzaoudzi. Celui-ci étant à 200 mètres, les futurs parents décident d’y aller à pied, accompagnés de leur première fille, Lucie, âgée d’un an et demi : “À cette heure-ci, nous ne pouvions pas trouver quelqu’un pour venir la garder.” En route, donc. Mais le bébé ne l’entend pas de cette oreille et décide de ne pas être si patient. 

En arrivant devant les douanes, “ma compagne s’est effondrée d’un coup sur le trottoir en me disant qu’elle allait accoucher”. Réflexe : garder son calme. “À partir de ce moment-là, je me suis dit qu’on allait devoir se débrouiller tous les deux. J’avais assisté à l’accouchement de notre première fille. Je n’ai pas trop réfléchi sur le moment, mais je savais comment ça allait se passer.” Ils feront cela tous les deux, oui, mais épaulés par une chaîne de solidarité improvisée. 

Quelques personnes assises au snack du quai Ballou accourent en effet pour filer un coup de main. L’un apporte une couverture, l’autre appelle les secours, le dernier soutient la tête de la future maman pendant que la petite Lucie embrasse celle-ci pour la soutenir. Un légionnaire faisant son footing s’en va également prévenir l’hôpital. Le travail se fait vite, moins de 10 minutes. Un secouriste croise le groupe par hasard et apporte aussi son aide : son couteau servira à couper le cordon, “même si après coup, on nous a dit que ce n’était pas à faire”. Pendant qu’il soutient sa femme, Jonathan confie le nouveau-né, Sarah, à une jeune femme passant par là, elle aussi mobilisée pour aider la petite famille. 

Et puis, “j’ai vu une sage-femme arriver en courant du bout de la rue, informée par le légionnaire. Elle a observé le bébé et nous a rassuré : tout allait bien !”, se rappelle le papa. Les ambulances, elles, arrivent 20 minutes après le début de l’accouchement, de fait déjà fini. Elles amèneront la mère et la fille à l’hôpital pour achever de rassurer tout le monde. Finalement, c’est là le plus long moment pour Jonathan : “Quand je suis rentré chez moi avec Lucie, j’ai été inquiet de savoir comment Mouna et ma fille allaient, jusqu’à ce que ma femme me rassure par téléphone.” Deux jours plus tard, tout le monde est réuni à la maison, prêt à se remettre de toutes ces émotions. 

Depuis, Jonathan a pu revoir la sage-femme arrivée en renfort pour la remercier, mais pas les autres protagonistes. Ce qu’il aimerait désormais pouvoir faire. Un appel, donc, à tous ceux qui ont participé à cette atypique, mais sympathique naissance : n’hésitez pas à vous manifester.

Mayotte Hebdo de la semaine

Mayotte Hebdo n°945

Le journal des jeunes

À la Une

Au centre éducatif renforcé de Mayotte, les timides premiers pas des mineurs délinquants vers la réinsertion

Ils ont entre 13 et 17 ans et sont déjà passés devant le juge pour des faits délictuels ou criminels. Mais pour éviter l’incarcération...

Liste rouge des espèces menacées : situation inquiétante mais pas irréversible à Mayotte

Ce jeudi 4 mars, l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) a publié les résultats complets de la liste rouge des espèces...

Les sportifs confinés à Mayotte : « Nous revoir et nous amuser ensemble »

Selon les dernières tendances, l’agence régionale de santé (ARS) et la préfecture de Mayotte annonceront la fin du confinement d’ici la fin des vacances...

Sénateur Thani : « Une réforme ne se suffit pas à elle-même, il faut lui donner les moyens »

En septembre prochain, la réforme portant sur la justice des mineurs entrera en vigueur sur l’ensemble du territoire national. Parmi ses fervents défenseurs, le...

Continuité pédagogique : Des vidéos Youtube pédagogiques pour réviser le programme d’histoire-géographie

Enseignant d'histoire-géographie au lycée de Chirongui, Cyril Castelliti a profité de la période de confinement pour proposer du contenu pédagogique par vidéo à ses...