Dhitoimaraini Foundi de Maoré Digital : « Nous devons exploiter ces nouvelles technologies pour créer de la valeur et réduire les inégalités »

Dhitoimaraini Foundi de Maoré Digital : « Nous devons exploiter ces nouvelles technologies pour créer de la valeur et réduire les inégalités »

Cofondateur de la première plateforme d’investissement en actions sur les entreprises non cotées à l’île Maurice, Dhitoimaraini Foundi vient de lancer le concept Maoré Digital, dont l’idée est d’accompagner individuellement des projets de startup qui ont pour ambition de mêler technologies et innovations au service de l’inclusion.

Flash Infos : Comment est né votre projet d’incubateur de startup 100% digital à Mayotte ?

Dhitoimaraini Foundi : L’incubateur de startup 100% digital est l’un des projets développés au sein du Café de l’Entrepreneur, qui se veut être une véritable plateforme d’innovation à Mayotte. Nous sommes dans la quatrième révolution industrielle, l’ère de l’Internet des objets, de l’intelligence artificielle, de la blockchain (une technologie de stockage et de transmission d’informations sans organe de contrôle, ndlr.), des FinTech (technologies financières, ndlr.) et des cryptomonnaies… Les Mahorais doivent prendre en considération cette nouvelle réalité économique pour penser l’avenir de l’île.

Comme partout dans les économies matures, la nouvelle génération est encouragée à innover et à inventer des technologies disruptives (ces fameuses deeptech). Nous, jeunes mahorais, avons fait les mêmes études que ceux qui réussissent ailleurs, que ce soit à Paris ou à Londres ! Nous avons fréquenté les mêmes écoles, avons le même bagage intellectuel. Mais alors pourquoi eux réussissent dans leurs pays respectifs et pas nous à Mayotte ? La réponse est que nous n’avons pas créé un écosystème favorable à l’émergence et au développement de l’économie numérique. C’est de ce constat qu’est née l’idée d’incubateur, avec comme missions de former, d’informer et d’accompagner les acteurs dans cette nouvelle ère économique, l’ère de l’entreprise 2.0.

FI : Comment se matérialise la mise en place de ce projet sur le territoire ?

D. F. : Concrètement, il s’agit d’un support technique à destination des jeunes porteurs de projet d’entreprise innovante se déclinant en deux parties. D’abord, un programme de pré-incubation de 4 à 6 semaines au sein duquel les incubés découvriront la culture de start-up et durant lequel ils apprendront des méthodologies spécifiques aux start-ups, notamment le lean startup (une approche spécifique du démarrage d’une activité économique et du lancement d’un produit, ndlr.). Créer une start-up est différent d’une société traditionnelle. Par exemple, lorsque quelqu’un veut monter une entreprise à Mayotte, nous lui demandons d’emblée de produire un business plan et une étude de marché, alors que pour une start-up, c’est une étape non nécessaire, pour ne pas dire une perte de temps…

Durant cette période, la partie primordiale est d’identifier la clientèle et de connaître ses besoins ainsi que le potentiel du chiffre d’affaires. Une fois que nous avons cette data pertinente entre les mains, nous devons aller tester ces hypothèses directement sur le marché avec un MVP (minimum viable product). En d’autres termes, il faut se présenter sur le marché avec seulement 20% du produit. C’est un exemple parmi tant d’autres qui illustre la dichotomie de méthodologie entre la création d’une entreprise traditionnelle et une start-up.

Après la phase de pré-incubation suivra un programme d’accélération sur quatre mois durant lequel seront abordées les questions liées aux stratégies d’affaires, de financement, de branding… Une start-up n’est pas réservée à un marché local, sa vocation est de croître rapidement et de se lancer à l’international. C’est pourquoi, il est utile de se préparer au mieux à cette possibilité, en nouant des partenariats avec des acteurs implantés aux quatre coins du monde. Enfin, le coaching et l’accompagnement individualisés se feront exclusivement via des plateformes en ligne.

FI : Combien de porteurs de projets pouvez-vous accompagner en même temps ? Et à l’avenir, est-il envisagé de mettre en place un espace coworking pour rassembler les différentes startups qui vont voir le jour dans un seul et même lieu ?

D. F. : Pour cette première édition, nous nous limiterons à 20 candidats. Un appel à projets sera lancé dans les jours à venir. Ne seront retenus que ceux qui sont porteurs d’idées innovantes mais aussi ceux qui ont la motivation nécessaire pour se lancer dans l’entrepreneuriat.

Maoré Digital a opté pour la version digitale parce qu’il finance le programme sur ses fonds propres et n’a donc à ce jour pas les moyens d’offrir à ces jeunes un espace coworking, même si un incubateur peut en proposer un. Mais dans l’absolu, pouvoir faire du présentiel serait la configuration parfaite.

FI : Comment le digital pourrait-il permettre à Mayotte de « s’émanciper » économiquement et socialement ? Sachant que le développement de la fibre est encore en cours de réalisation sur le territoire…

D. F. : Toutes les économies matures sont en crise et cherchent de nouveaux leviers de croissance, notamment à travers l’économie numérique. Mayotte étant un territoire structurellement fragile et économiquement limité, nous devons exploiter ces nouvelles technologies pour créer de la valeur et réduire les inégalités, à l’image de la Tech For Good, qui conjugue rentabilité et impact sociétal positif. Nous devons revoir notre modèle d’économie sociale et solidaire actuel en y intégrant la dimension technologique. Sur le territoire, nous avons un instrument très puissant pour subvenir à nos besoins de consommation : il s’agit des « chikoa » (groupes de personnes qui mettent chaque mois une certaine somme pour qu’elle soit récupérée par l’une d’elles en cas de besoin). Il nous appartient de l’utiliser pour financer des activités créatrices de richesses, en le fléchant sous forme de capital dans nos entreprises. D’où l’intérêt de montrer un FinTech Hub à Mayotte pour promouvoir l’inclusion financière. Ce sont des technologies que nous maîtrisons déjà. Et cela aurait pour conséquence de ne plus avoir besoin de se reposer sur une ingénierie importée.

La Tech est importante sur l’île aux parfums parce qu’elle doit jouer son rôle d’intégrateur social. Le digital doit contribuer à réduire les inégalités économiques et sociales. Enfin, Maoré Digital, comme toutes les autres technologies hébergées au Café de l’Entrepreneur, entend jouer un rôle de pivot en contribuant modestement à la construction d’un écosystème Tech favorable aux innovations et à l’émergence de l’économie numérique dans notre territoire. La formation et l’innovation sont les clés de notre développement.

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