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Les murènes sont-elles si méchantes ?

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Le voulé: toute une histoire

Amical, politique, pédagogique, sportif ou encore électoral, mais toujours festif : à mayotte, le voulé se consomme à toutes les sauces. mais si l'évènement est courant, pour ne pas dire obligatoire, peu savent à quand il remonte et quelles sont ses racines.

Tradition : la circoncision, ça se fête ! 1/3

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« J’ai mis du temps à réaliser que je devenais une prostituée »

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Les murènes, ces poissons serpentiformes à la gueule barbelée de dents effilées, traînent derrière elles une bien sale réputation. Mais ces animaux sont-ils les créatures sanguinaires qu’illustrent les contes pour enfants ?

 

La première rencontre avec une murène met rarement en confiance. Un sourire trop large, où brillent d’innombrables dents bien aiguisées, des yeux ronds absolument inexpressifs, un corps allongé dont on ne sait pas vraiment où il se termine… La murène a facilement tout du terrifiant serpent de mer des légendes de marins, qui attraperait le baigneur imprudent pour l’emporter vers les profondeurs et le dévorer dans des nuages de sang noir. Pourtant, avec les milliers de murènes qui habitent le lagon de Mayotte, et les milliers de nageurs qui le fréquentent, avez-vous déjà entendu parler d’une telle attaque ?

 

Loin du serpent, les murènes sont en fait des poissons. Elles appartiennent comme les anguilles et les congres à l’ordre des Anguilliformes, et constituent en son sein la famille des Muraenidae, qui compte environ 200 espèces dans le monde – on en dénombre 31 à Mayotte, dont la spectaculaire murène javanaise (Gymnothorax javanicus), qui peut atteindre 3 mètres de long. Ce sont des poissons particulièrement faciles à reconnaître : leur corps est allongé, dépourvu de nageoires à l’exception d’une longue dorso-caudale molle, une peau douce et sans écaille, des trous respiratoires à la place des ouïes, et d’étonnants petits tubes au prolongement des narines. Certaines comme la murène ruban (Rhinomuraena quaesita) sont très fines avec des narines en forme de trompette ; les plongeurs sont aussi familiers des anguilles jardinières (Heteroconger hassi, de la famille voisine des congres), qui vivent enterrées dans le sable d’où elles sortent la tête et une partie du corps pour attraper le plancton, et qui disparaissent instantanément dans leur terrier si on tente de les approcher. Deux espèces bien inoffensives et qui font la joie des photographes sous-marins !

 

Mais qu’en est-il des autres, des carnivores ? Les murènes se nourrissent essentiellement de céphalopodes (pieuvres, seiches, calmars), et partiellement de crustacés (crabes et crevettes) et de poissons. Elles sont des chasseuses nocturnes : elles se servent de leur excellent odorat pour détecter leurs proies dans l’ombre, et leur corps allongé leur permet de se faufiler dans le dédale du corail pour aller débusquer une proie au plus profond des cavités naturelles, en particulier les poissons qui se sont cachés pour dormir. Quand elles attrapent un poulpe, elles le mordent avec force, et font un nœud coulissant avec leur corps pour prendre appui et arracher un tentacule : on croise parfois un malheureux amputé de la sorte, mais bien content d’avoir encore 7 bras. Il faut dire que la morsure des murènes est réellement terrible, et leurs dents sont aussi efficaces qu’elles en ont l’air, d’autant plus que certaines espèces ont des crocs sur le palais ou même une double mâchoire. Pour autant, elles n’ont aucune raison de s’attaquer à un humain, dont les os trop solides leur briseraient les dents. Les quelques cas de morsure sont en fait dus à deux erreurs humaines : d’une part des touristes inconséquents qui pratiquent le nourrissage des murènes à la main (animaux nocturnes, elles ont une mauvaise vue !) et d’autre part les baigneurs imprudents qui tenteraient de rentrer leur main dans la tanière de la murène, qui, terrifiée, mordra pour se protéger, au risque d’y laisser ses précieuses dents si fines.

 

Mais si on ne les embête pas, les murènes sont, comme les chiens ou les vaches, des animaux parfaitement placides voire curieux et amicaux, d’autant qu’elles n’ont plus vraiment de prédateurs à l’âge adulte, en dehors des combats qu’elles se livrent pour un territoire. Elles passent la journée à se reposer dans leur trou, la tête sortie pour surveiller les environs, et la bouche entr’ouverte non pas en signe d’agressivité mais simplement pour respirer, ainsi qu’en vue d’attirer les poissons et crevettes nettoyeuses qui viendront assurer témérairement l’entretien de leur impressionnant appareil buccal. A l’approche d’un humain, elles ne montrent que de la curiosité ou de la crainte, sentiments bien réciproques. Les plongeurs les plus expérimentés savent même les mettre en confiance, et les inviter à se montrer un peu plus. Certains spécimens habitués se laissent même caresser, car la peau sans écaille des murènes est délicate, et elles apprécient le contact avec les mains humaines ou les combinaisons de néoprène, qui retirent les peaux mortes et les parasites – il vaut quand même mieux réserver ce genre de pratique aux cas où l’on y est explicitement invité.

 

Sans besoin d’aller jouer les crevettes nettoyeuses, la rencontre d’une murène reste une expérience forte, celle du contact entre deux espèces incroyablement différentes, mais qui partagent pendant quelques instants une même appréhension et un même attrait pour une autre grosse bête inconnue, effrayante et fascinante à la fois…

© CREDIT MARC ALLARIA

Mayotte Hebdo de la semaine

Mayotte Hebdo n°1007

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