Les femmes (re)prennent Mayotte en main

Les femmes (re)prennent Mayotte en main

Si une fragrance ressort tout particulièrement de l’île aux parfums, c’est sans doute celle des femmes. L’histoire l’a montré, les chatouilleuses l’ont prouvé. Elles sont dans les gènes de Mayotte.

 

Et même sans doute ses gênes tout court. Mayotte, c’est l’île des femmes qui décident, des femmes fortes, des femmes qui prennent en main l’avenir de leur terre. C’est l’île des combattantes. Aujourd’hui, les combats historiques ont été menés et sont arrivés à terme, mais de nouveaux sont apparus. Le développement de l’île est l’objectif premier et urgent. Alors, une fois encore, les femmes sont là. Qu’il s’agisse de politique ou d’économie, dans les médias ou dans la société civile, de figures montantes ou d’anonymes, les Mahoraises se mobilisent. Soutenues par leur époque – avec notamment la loi sur la parité - elles s’imposent peu à peu et prennent les choses en main, et il se pourrait bien qu’elles soient celles par qui le sort de l’île évolue. Zoom sur la renaissance de l’âme de Mayotte : ses femmes.

 

Interview “Les femmes sont plus visibles dans l’espace public”

 

Alors qu’elles ont toujours occupé une place de choix dans la société mahoraise, aussi bien dans le foyer ou à travers les combats qu’elles ont menés jusqu’à aujourd’hui, les femmes ont gagné en visibilité dans l’espace public, grâce à la loi sur la parité homme femme en politique ou grâce à une meilleure formation. C’est l’analyse faite par Moinaecha Noera Mohamed, déléguée régionale aux droits des femmes à la Préfecture de Mayotte. “La nouvelle génération a compris qu’elle devait prendre sa place” ajoute-t-elle.

 

Mayotte Hebdo : Quelle analyse faitesvous de la place de la femme dans la société mahoraise ?

Moinaecha Noera Mohamed : Elles ont toujours eu un rôle important. De 1975 à aujourd’hui, à chaque fois qu’un combat a dû être mené, il l’a été par des femmes. Dès qu’il y a quelque chose à défendre, elles montent au créneau. En revanche, alors qu’elles ont toujours occupé un rôle central dans le foyer, elles sont plus visibles aujourd’hui dans l’espace public. Certes la chatouilleuse Zaïna Meresse a été conseillère générale de Dembéni pendant six ans. Mais il a fallu ensuite attendre plus de 20 ans pour voir une autre femme siéger dans l’hémicycle, en l’occurrence Sarah Mouhoussoune. A ce titre, la loi sur la parité hommes femmes en politique votée en 2000 a beaucoup aidé. De plus, les femmes qui s’imposent aujourd’hui sont davantage formées. Elles ont un niveau Bac +4/ Bac +5. Sur le plan économique, les femmes sont plus nombreuses à créer des entreprises que les hommes. Mais il y a encore des progrès à faire. Je note que les 13 conseillères départementales ont encore du mal à s’imposer. De plus, pour les prochaines élections législatives (2017), il n’y a pour l’instant qu’une seule candidate déclarée (Anchya Bamana). En outre, mis à part Ida Nel, la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) a toujours été dirigée par des hommes. Certaines femmes, qu’elles soient des femmes politiques, des cadres ou des entrepreneuses, éprouvent encore des difficultés à prendre la parole en public, dans un concours oral, ou face à des clients. Avec le centre de ressources et de cohésion sociale (CDR) de Mayotte, nous avions proposé en 2014 des sessions de formation à la prise de parole en public, dans le cadre de l’initiative “Agir au féminin”. Nous avons prévu de reconduire cette initiative en 2017. Grâce à des actions passées (semaine de l’égalité professionnelle du 3 au 7 octobre dernier) ou à venir (journée spéciale agricultrices, plan d’action régional pour l’entrepreneuriat féminin), nous continuerons à valoriser, à soutenir, à accompagner et à former les femmes de Mayotte.

 

MH : A quels autres obstacles sont-elles confrontées ?

MNM : Certaines femmes souffrent encore du “syndrome de la bonne élève”. On ne leur a pas appris à être des requins. Elles attendent que l’on reconnaisse leurs compétences. A l’inverse de la nouvelle génération qui a compris qu’elle devait prendre sa place. Elles éprouvent aussi parfois des difficultés à gérer leur vie professionnelle, familiale et personnelle. Mais certaines femmes, qui ont plusieurs casquettes, parviennent à le faire, grâce notamment au soutien de leur conjoint. Derrière chaque grande femme, n’y a-t-il pas un homme (sourire) ?

 

MH : Que peuvent apporter les femmes au développement de Mayotte ?

MNM : Les femmes font de la politique autrement. J’ai l’impression qu’Anchya Bamana et Roukia Lahadji, les maires de Sada et de Chirongui, se battent pour l’intérêt général et sont plus proches des questions qui intéressent la population. A Chirongui, beaucoup de projets sortent de terre. A Sada, Anchya Bamana s’engage beaucoup sur des sujets brulants comme l’insalubrité ou les rythmes scolaires. Plus globalement, dès qu’il y a combat à mener pour l’intérêt général, ce sont les femmes qui se soulèvent.

[[Propos recueillis par OL

 

Politique | Les femmes qui s’imposent |

 

En politique, l’évolution statutaire récente a permis à de nombreuses femmes mahoraises de gravir un échelon dans la conquête du pouvoir, grâce au scrutin binominal paritaire, une innovation intéressante. Si les femmes ont occupé un rang important dans le combat politique pour Mayotte française et dans la construction du message départementaliste, leur entrée en politique en tant qu’élues a été plus timide. Aujourd’hui, certaines femmes occupent néanmoins une mandature importante et sont en passe de devenir des personnalités incontournables de la politique locale.

 

Roukia Lahadji, la survivante

Lors des élections municipales de 2014, peu de maires ont réussi le tour de force de se faire réélire. Parmi eux, Roukia Lahadji, maire de Chirongui a conquis un second ticket pour le siège de premier édile. Cadre administratif, la maire de Chirongui dispose d’une majorité composite mais soudée. Elle a des amitiés à gauche au centre comme à droite et a personnellement soutenu la candidature de François Hollande en 2012. Elle est associée au Parti socialiste localement, mais est élue sous une étiquette rassembleuse, avec le groupe “Ouvoimoja”. La présidence du congrès des maires lui a récemment offert une tribune importante. Son soutien vaudra de l’or pour les élections sénatoriales et législatives qui s’annoncent.

 

Anchya Bamana, l’héritière

Anchya Bamana est la fille de Younoussa Bamana, ce qui lui confère une légitimité à s’engager en politique. Avec un caractère bien affirmé, elle a choisi de ne pas marcher dans les traces de son père puisqu’elle est élue en 2014 sous l’étiquette UMP, devenue LR aujourd’hui. Cette inspectrice de l’Agence régionale de santé s’est lancée dans une politique de salubrité publique et de reprise en main du social dans sa ville de Sada. Elle fait face à une opposition hostile et tenace venant de son propre camp et qui contestait déjà sa candidature avant l’élection. Elle est néanmoins parvenue à conserver son siège en s’alliant avec une partie de son opposition, et ne manque pas d’interpeller les plus hauts responsables, jusqu’à Paris, sur les difficultés de sa commune.

 

Ramlati Ali, l’incontournable

Maire de Pamandzi de 2008 à 2014, elle n’a pas pu se représenter en 2014 à cause d’une décision d’inéligibilité. C’est néanmoins son équipe qui l’a emporté et son ancien 1er adjoint, Mahafourou Saïdali, qui siège désormais à Pamandzi. Médecin, elle préside de nombreuses commissions d’ordre médical et est sollicitée de toutes parts pour prendre des responsabilités. Elle préside par exemple la société immobilière de Mayotte (Sim). 2017 pourrait être son grand retour en politique, car cette cadre du Parti socialiste ne cache pas son ambition de briguer le mandat de député dans la circonscription du Nord afin d’offrir à Mayotte sa toute première parlementaire.

 

 

La nouvelle garde politique 

Parmi les élues de 2015 au conseil départemental, toutes les femmes ne se sont pas forcément démarquées. Mais certaines occupent désormais une position importante, tant dans la majorité que dans l’opposition, ce qui permet de penser qu’elles n’en resteront pas à un seul mandat. Parmi les ténors de la majorité, Fatima Souffou, présidente de la commission à l’aménagement et élue avec le Nouvel Elan pour Mayotte (Nema), tire son épingle du jeu. Déjà conseillère municipale, adjointe à l’aménagement pendant de longues années à Labattoir, c’est elle qui gère le dossier des transports scolaires, ainsi que l’épineuse délégation de service public pour le port de Longoni, sur laquelle se joue probablement son avenir politique. Bichara Payet, conseillère de Dembéni et présidente de la SPL976 a, elle aussi, posé ses jalons depuis longtemps en politique. La chef d’entreprise insuffle un vent d’esprit d’entreprise dans un hémicycle où siègent beaucoup de fonctionnaires. Dans l’opposition aussi, quelques visages émergent peu à peu, dont Soihirat El Hadad, la binôme de Daniel Zaïdani. L’une des plus jeunes conseillères a mis plusieurs fois la majorité en difficulté en séance plénière par ses interventions travaillées. La dernière en date a permis de révéler l’abandon du projet de Service polyvalent d’aide à la personne à domicile (SPASAD) par l’ARS, ce qui a provoqué des fissures au sein de la majorité. Elle a aussi déposé une motion en juillet 2016 demandant la mise en place de l’Aide médicale d’État et de la Couverture médicale universelle (CMU).

[[Adrien Theilleux

 

Femmes de médias “Que l’on soit homme ou femme, il y a tout à faire sur l’île”

 

Les femmes s’imposent de plus en plus sur le territoire mahorais, et les médias n’échappent pas à la règle. Kalathoumi Abdil-Hadi et Halda Halidi font partie de cette nouvelle garde. Elles reviennent sur leurs carrières et leur détermination.

 

 

Mayotte Hebdo : Pouvez-vous nous retracer votre parcours professionnel ?

 

Kalathoumi Abdil-Hadi : Après l’obtention de mon baccalauréat, je suis allée à la faculté de Rennes pour suivre des études de Lettres modernes, j’ai donc un master 1 dans cette filière. Après l’obtention de celui-ci, je suis allée à La Réunion passer un second master 1 en Info-communication. Après ces masters 1 en poche, j’ai enchaîné de nombreux stages dans le journalisme. J’ai également fait des petits boulots étudiants, tel que femme de chambre ou encore baby-sitter. Je suis ensuite revenue à Mayotte en 2010. En fait, je suis surtout revenue pour un homme, il était prévu que je me marie ! Mais cela ne s’est pas fait. Ma mère m’a payé un voyage à Madagascar pour que je change d’air. Il a été bénéfique, je suis revenue encore plus déterminée, et ma décision était prise : je resterais à Mayotte. J’ai alors contacté Mayotte 1re, mais aussi rempli un dossier pour le vice-rectorat et envoyé ma candidature à Mayotte Hebdo. Du jour au lendemain, j’ai été prise à Mayotte hebdo. Je vous avoue qu’à l’époque, j’étais plus attirée par la presse audiovisuelle mais cette expérience a été favorable : c’est à Mayotte Hebdo que j’ai fait mes armes, mes contacts, mon répertoire. J’ai redécouvert mon île en tant que professionnelle ! Ce sont donc au total quatre années en tant que rédactrice en chef adjointe. Etant très perfectionniste et avec l’envie permanente de découvrir de nouvelles choses, j’ai maintenant envie d’apprendre la caméra. En effet, je sais écrire, je fais des photos, il ne me manque que cet élément pour être tri-qualifiée. L’idée serait de me former en métropole. Lorsque j’ai quitté Mayotte Hebdo, j’avais des plans pour éventuellement travailler chez Mayotte 1re et le projet de 101 Mag était en train de naître. Ce projet correspondait parfaitement au paysage médiatique mahorais. Néanmoins, la création d’entreprises est un monde que je ne connaissais pas, je l’ai découvert de A à Z. En parallèle à la création de ce projet, je présentais “Le témoin de midi” sur Mayotte 1re. Actuellement, je travaille aux Nouvelles de Mayotte en tant que pigiste, en plus de 101 Mag. L’avantage de mon métier est que je gère mon emploi du temps moi-même, et ce sans pression.

 

Halda Halidi : J’ai passé mon baccalauréat littéraire à Mamoudzou pour ensuite poursuivre mes études supérieures à la Sorbonne où j’ai obtenu un master en Lettres modernes avant de rentrer en école de journalisme. De retour en 2008 sur l’île aux parfums, j’ai intégré l’équipe de Mayotte 1re durant huit mois avant de rejoindre l’équipe de Mayotte hebdo. Après 2 années passées dans cet hebdomadaire, je suis devenue rédactrice en chef du quotidien Albalad. Mon objectif était de rentrer en métropole pour me former à la caméra et au montage. Chose faite, je suis rentrée à l’Ina pour une formation de six mois. A la suite, j’ai effectué un stage chez France 3 mais je me suis rendu compte que je n’étais pas intéressée par cet aspect journalistique. Ce qui me plaît c’est de travailler sur des sujets riches comme ceux que l’on peut traiter à Mayotte. Depuis, je suis pigiste pour Mayotte 1re en attendant un éventuel poste à pourvoir.

 

Mayotte Hebdo : Quels sont les obstacles que vous avez pu rencontrer en tant que femme dans votre carrière ?

 

Kalathoumi Abdil-Hadi : J’ai envie de dire que si je ne suis pas mariée c’est à cause de ça ! (rire) Des hommes me disent souvent que mon travail n’est pas facile. Cependant, je n’ai pas le souvenir d’avoir eu des difficultés en tant que femme dans ma carrière.

 

Halda Halidi : Le plus compliqué est de gérer sa vie privée. J’entends par là que, parfois, j’ai l’impression d’être un “repoussoirww. Les hommes ne m’abordent pas car ils croient que je ne parle que français et que je suis “inaccessible”. Les seuls qui viennent vers moi sont ceux qui n’ont rien à perdre. Mais professionnellement, ça ouvre parfois des portes d’être une femme ! En outre, le complexe d’infériorité de l’homme peut être nuisible pour nous.

 

Mayotte Hebdo : Selon vous, qu’est ce que les femmes peuvent apporter au développement de Mayotte ?

 

Kalathoumi Abdil-Hadi : Que l’on soit homme ou femme, il y a tout à faire sur l’île ! En tant que femme, je ne me mets pas de barrière. Les femmes représentent la moitié des habitants de cette île, elles ont leur part à faire dans le développement de Mayotte. Dans l’éducation mahoraise, on se responsabilise très vite et cela se ressent dans la femme adulte que l’on devient.

 

Halda Halidi : Ce qu’elles ont apporté jusqu’à maintenant. A Mayotte, les femmes sont éduquées pour s’occuper des autres. D’ailleurs on leur donne le patrimoine foncier. Elles vont en prendre soin et le transmettre aux futures générations alors que les hommes financeraient leur beuverie à Madagascar avec la vente des terrains ! Lorsqu’une femme réussit à s’imposer, c’est qu’elle est intelligente, et qu’elle s’est investie à fond.

 

[[Propos recueillis par Marine Henquenet

 

 La nouvelle génération “Quelque chose est en train de se passer”

 

Elles sont l’âme de Mayotte, ses gardiennes. La société civile assiste aussi au retour en grâce du pouvoir féminin. Engagées, décideuses, audacieuses : des quatre coins de l’île, et même en métropole, la nouvelle génération de femmes mahoraise reprend la main. Comme toujours lorsqu’il faut faire bouger Mayotte.

 

 

 “À Mayotte, les femmes ont toujours joué un rôle important. Ce rôle se tient parfois dans l’ombre, mais lorsque la nécessité s’en fait sentir, il devient public”. Ce fut le cas entre 1966 et 1975, avec le combat des Chatouilleuses. C’est encore vrai aujourd’hui.

 

 

 

Yasmina Aouny est porte-parole des Femmes leaders, qui se veulent successeurs des Chatouilleuses, et l’une des représentantes de cette nouvelle génération de femmes mahoraises. Elle se réjouit de ce retour en force du pouvoir féminin, si caractéristique de Mayotte : “À chaque période charnière pour Mayotte, les femmes interviennent. Le combat de nos parents pour Mayotte française est désormais gagné, mais d’autres se jouent : l’environnement, l’économie, le social, la constitution d’une élite mahoraise. Nous sommes actuellement dans une nouvelle période charnière, alors des femmes fortes émergent peu à peu. C’est une des spécificités de notre île : le rôle primordial que les femmes y jouent.” Ce rôle revient aujourd’hui plus fort que jamais, et il a toutes les chances de s’imposer, grâce notamment à la loi sur la parité en politique. Présidente de l’Union des jeunes actifs mahorais (Udjama), un réseau très actif en métropole à travers un rôle de lobbying et de soutien des forces vives de Mayotte, Cansel Nourdine Bacar le constate aussi : “Nous avons pu le voir avec les dernières élections au Conseil départemental. Il n’y avait qu’une femme, désormais elles sont plus nombreuses. C’est une excellente chose.” Pourtant, les femmes de Mayotte n’ont-elles pas toujours joué un rôle à part ? “Si, les femmes sont le coeur de la société mahoraise, mais même si elles y occupent une grande place, elles ne se sont pas toujours vues confier des responsabilités. Il y a encore beaucoup à faire, mais désormais, la législation les appuie. Nous rentrons dans une nouvelle dynamique.” Une opinion que partage Yasmina Aouny. “L’image de Zéna M’Déré, qui se retire une fois le combat fini, doit désormais évoluer”, reprend-elle. “Aujourd’hui, les femmes doivent poursuivre les combats qu’elles mènent. La féminisation doit s’opérer en politique et dans la société civile. La femme doit participer en permanence au processus décisionnel. En ce sens, la loi sur la parité nous soutient. Le contexte actuel laisse place à l’optimisme quant au rôle des femmes. Quelque chose est indéniablement en train de se passer.”

 

 

Mayotte est une femme

 

De l’avis de tous, cette renaissance de la femme mahoraise ne peut qu’être synonyme de changement positif pour l’île. Est-ce la raison de cette confiance lorsque les femmes interviennent ? “Si on laisse les hommes faire, on se rend compte que le développement ne va pas dans le sens que l’on veut”, constate la présidente d’Udjama, Cansel Nourdine Bacar. Ici plus qu’ailleurs, le développement de l’île ne peut se faire sans ses femmes, car lorsque les Mahoraises se mobilisent, c’est par conviction et amour de cette île.” “Conviction” : un mot mis en avant également par Yasmina Aouny : “Les femmes mahoraises sont libres. Ce sont des militantes, avec des convictions.” Voilà sans doute la raison d’espérer des jours meilleurs pour l’île aux parfums : la renaissance de ses femmes. Une image qui rassure, car, lorsque nos regards se tournent vers les grands combats d’hier, ce sont toujours elles que l’on voit en première ligne. Et jusqu’à présent ces combats ont été gagnés. Mayotte est une femme.

[[Geoffroy Vauthier

 

 

 Commerce | Le courage de créer |

 

Au quotidien aussi, les femmes se bougent ! Anonymes, diplômées ou pas, les Mahoraises sont de plus en plus nombreuses à oser l’aventure du commerce et à faire avancer les lignes. Nous sommes partis à la rencontre de quatre d’entre elles.

 

Moustoiffa Asmat, gérante du salon de coiffure May’Salon

Âgée de 21 ans, Moustoiffa Asmat s’est lancée dans l’entrepreneuriat l’année dernière. Après avoir obtenue son baccalauréat professionnel secrétariat au lycée de Kawéni en 2014, elle a intégré une formation de gestion administrative en cursus court. «Je n’ai jamais été tenté par les longues études. Après mon bac, je voulais intégrer le monde professionnel le plus rapidement possible», indique-t-elle. Asmat décroche alors un CDD de deux mois au vice-rectorat, dans le service dédiée à construction des établissements scolaires. «Je me suis rendu compte que c’était compliqué de trouver un emploi stable à Mayotte. J’ai donc eu l’idée de devenir mon propre patron en créant mon entreprise», explique-t-elle. Avec l’encouragement, le soutien de ses proches, et celui de son conjoint, la jeune femme contracte un prêt à l’Adie puis se lance dans la reprise d’un magasin de prêt-à-porter situé dans la galerie de Jumbo score, à Majicavo, en y ajoutant une originalité : un espace salon de coiffure. Implanté en plein centre-ville, le salon de coiffure May’Salon se situe à Mamoudzou dans la galerie du Caribou juste en face de GMF. En plus de la coiffure, le salon propose également des prestations de remise en forme et de bien-être. La société compte actuellement sept salariés.

 

Abdourahman Tasmia, gérante du snack-restauration Mayana Food

Abdourahman Tasmia est une jeune mère de 22 ans. Elle est née à Mayotte, mais elle a suivi toute son enfance et sa scolarité à La Réunion. Ne voulant pas faire de longues études, elle arrête sa scolarité après l’obtention d’un CAP d’agent polyvalent de restauration en 2012 au lycée Victor Schoelcher, à Saint-Louis de La Réunion. Durant sa scolarité Tasmia a effectué plusieurs semaines de stages dans différentes structures pour acquérir les compétences professionnelles nécessaires à la concrétisation de son projet personnel : restaurant, boulangerie, cantine scolaire, et même hôpital. “J’ai arrêté très tôt les études, car dès le collège je savais ce que je voulais faire. Après avoir réalisé des stages de découvertes des métiers, c’est la restauration qui m’a intéressé”, raconte-t-elle. Elle travaille dans un restaurant pendant trois mois et décide d’arrêter pour venir s’installer à Mayotte et créer son snack-restauration. Elle arrive à Mayotte en 2014. Mais avant de plier ses valises et de se lancer pour la première fois dans l’entrepreneuriat, elle a pris le temps de réaliser une étude de marché afin de réduire les incertitudes et les risques qu’elle pourrait prendre au vu des concurrents qu’il y a dans le secteur. Quelques mois plus tard la jeune femme ouvre son snack-restaurant Mayana Food sur le terrain familial de son père. En juin 2015 elle obtient le prix du lauréat régional dans la catégorie commerce et artisanat et sera récompensée d’une somme de 3 000 euros.

 

 

Attoumani Nadjlat, gérante de la pâtisserie Graine de Sésame

Âgée de 37 ans, Attoumani Nadjlat, la gérante de la pâtisserie, a arrêté ses études dès l’obtention de son baccalauréat professionnel secrétariat. Elle se lance alors dans le monde professionnel avec d’abord un poste d’assistante juridique, puis de commerciale, et enfin de conseillère financière à la BFC. Un poste qu’elle occupera pendant plus de 10 ans. Lassée par ce secteur professionnel, elle décide de se consacrer entièrement à sont projet de pâtisserie. «J’avais cette idée depuis très longtemps et le déclic a été l’arrivée de ma soeur», dit la gérante. Situé au coeur de Mamoudzou, à côté de la barge et au milieu des administrations, c’est l’emplacement idéal pour cette pâtisserie qui a déjà conquis bon nombre de clients. Sandwichs, quiches, lasagnes, taboulés, jus, salades et plats font tous partie du menu. Des formules petits-déjeuners font également le bonheur des clients dès le matin. «J’encourage les femmes à entreprendre. La femme a une autre vision des choses par rapport à l’homme. Elle est plus motivée, persévérante et fait tout pour aller au bout de ses idées et de ses ambitions. Elle a une grande capacité à allier vie privée et vie professionnelle», souligne l’entrepreneuse.

 

 

 

 

 

 

 

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