À Mayotte, le grand flou artistique autour des mesures de soutien

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Flou artistique autour des arts de la scène

Les artistes et intermittents du spectacle ne peuvent, à Mayotte, prétendre au statut juridique spécifique pourtant de vigueur en métropole, du fait de l’application tardive du droit du travail dans le 101ème département. Une situation qui complique encore un peu plus l’avenir de ces professionnels, souvent écartés des décisions politiques.

 

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Les acteurs mahorais du spectacle restent dans la tourmente : alors que le gouvernement a déployé des aides aux intermittents lésés par l’annulation des événements culturels, leurs homologues locaux ne pourront pas y prétendre, ce statut juridique n’existant pas au sein du 101ème département. 

 

 

Même rengaine pour les professionnels de la culture mahoraise. Mi-avril, les pouvoirs publics promulguaient un décret exceptionnel afin de soutenir les intermittents du spectacle, dont l’activité est laissée en suspens depuis le début de la crise sanitaire. Prolongation des droits à l’assurance chômage, allongement de la période de base servant à la durée de l’indemnisation et inclusion des périodes de suspension du contrat de travail pour la détermination de l’affiliation : de quoi éponger, en petite partie, la perte de plusieurs milliards d’euros provoquée par l’annulation des événements culturels*. Un semblant de bonne nouvelle dont ne profitera pas Mayotte, où le statut juridique d’intermittent du spectacle n’existe tout simplement pas. 

 

Alors, depuis le début de l’épidémie de Covid-19 sur l’île, le collectif des Arts Confondus – constitué par plusieurs associations locales pour défendre les professionnels du spectacle à Mayotte – avait décidé, dès le mois de mars, de recenser les acteurs touchés et les pertes causées par la crise sanitaire à l’échelle locale, dans l’espoir de faire réagir le ministère de la Culture. Ainsi, sur la période du 16 mars au 31 mai, 21 structures privées ou publiques ont répondu à cette enquête. Elles représentent au total 74 emplois, dont 49 permanents et 25 CDD qui ne pourront être ni conclus ni renouvelés. Ce sont ainsi plus de 3 000 heures d’ateliers artistiques qui n’ont pas pu être réalisées sur cette même période, et 78 spectacles, qui, annulés, n’ont pu rencontrer leur public. Du côté des associations et entreprises, seules celles qui comptent moins de 10 salariés peuvent prétendre à une aide exceptionnelle de 1 500 euros. Ce qui exclue d’office la plupart des structures locales. 

 

Jusqu’alors, le manque à gagner du secteur culturel demeurait difficile à déterminer. Mais les récentes estimations du collectif des Arts Confondus font désormais état de quelque 314 400 euros de pertes de recettes et chiffres d’affaires, auxquels s’ajoutent près de 95 000 euros de pertes indirectes liées aux prestations extérieures comme le transport, la restauration ou l’hébergement. Coup dur inédit pour le milieu artistique qui, déjà en temps normal, n’attire que rarement l’attention de la scène politique. Toutefois, grâce à la mobilisation des associations et de la direction des affaires culturelles (Dac) du département, une première mesure avait pu être prise, à savoir le maintien des subventions accordées avant ou pendant le confinement, et ce même pour les appels à projet qui n’ont finalement pas pu voir le jour. Une bonne nouvelle, certes, mais largement insuffisante : « Cette mesure concerne surtout des ateliers d’éducation artistique », commente Sophie Huvet, directrice de l’association Hip-Hop Évolution et porte-parole du collectif des Arts Confondus. « Autrement dit, ça touche moins les artistes qui avaient des dates à Mayotte ou devaient se produire à l’extérieur. Pour eux, il n’y a pas de compensation pour le moment, alors que certains ne vivent que par les concerts. » 

 

Le ministère devrait bientôt statuer 

 

Mais la tendance pourrait rapidement s’inverser. Grâce à l’enquête instiguée par le collectif, la Dac a finalement réussi à interpeller Paris. « Nous faisons remonter chaque semaine un état des lieux de ce qui se passe ici », explique Florence Gendrier, directrice des affaires culturelles. « Le ministère a pris acte de la situation particulière de Mayotte, et d’ici une quinzaine de jours, une demande de dotations spécifique sera présentée au cabinet. Sur le principe, le ministre est déjà d’accord, mais il reste à identifier les besoins chiffrés. » Car, par-delà les événements déjà annulés, se pose aussi le problème de ceux qui ne pourront être organisés même après le déconfinement de l’île, la tenue des scènes grand public ayant été reportée par le gouvernement au mois de septembre, à minima. « L’enjeu, c’est de faire en sorte que le secteur culturel ressorte vivant et entier de la crise », souffle Florence Gendrier, qui a, de facto, demandé au collectif de 

produire une nouvelle enquête, couvrant cette fois la période de mai à août. 

 

« Au-delà de la crise, l’absence de cadre juridique et social nous handicape deux fois plus », s’alarme à son tour Sophie Huvet. Et pour cause. En métropole, tout artiste ou technicien des arts de la scène peut prétendre au statut d’intermittent du spectacle et par conséquence, accéder à des droits et des régimes sociaux conçus selon les spécificités du métier. Un dispositif qui encadre également l’accès à la formation ou à des congés spéciaux, selon une convention nationale décidée avant que l’île ne bascule sous le régime de la départementalisation. Depuis plusieurs années, les professionnels des arts vivants à Mayotte militent pour qu’enfin, le territoire soit intégré dans ces textes. Problème : « Pour ça, il faut rouvrir des négociations avec les syndicats nationaux, », résume Sophie Huvet. Une démarche qui pourrait potentiellement permettre au gouvernement de se rétracter concernant certains acquis. « Nous, ce qu’on propose, c’est de simplement rajouter Mayotte sans nouvelles négociations, mais même si on le faisait, notre accès à la Sécurité sociale ou à Pôle Emploi ne serait pas le même », ces structures étant localement à leurs balbutiements. 

 

 

 

 

* Selon une étude récente dirigée par Emmanuel Négrier, directeur de recherche au centre d’études politiques de l’Europe latine à l’université de Montpellier, l’annulation d’au moins 4 000 événements à l’échelle nationale pourraient entraîner, à minima, entre 2,3 et 2,6 milliards d’euros de perte pour le secteur culturel.

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