Connu à Kawéni où il a vécu ces dernières années, Chakri a fait partie des jeunes locaux recrutés par l’équipe de tournage du film « Tropique de la violence ». À quelques jours des avant-premières organisées à Mayotte, rencontre avec cet acteur d’un seul film qui rêve de réussite.
Il prend souvent un air grave quand il évoque son passé. À 30 ans, Chakri n’en a pas fini avec lui. Arrivé à Mayotte à l’âge de six ans, d’un père malgache et d’une mère comorienne, il n’est pas encore sorti « de la galère ». Comme Moïse, le héros du livre « Tropique de la violence », il a dû parfois se débrouiller seul à Kawéni. La violence, la drogue, les bandes, ce garçon plutôt trapu aussi les a vues. Il est même tombé un temps dans la deuxième.

Un rôle de grand frère le temps du tournage
Toujours déterminé à réussir, il voit dans le tournage du film en octobre 2020 une opportunité. « J’étais sur mon scooter devant le collège K2 », raconte-il, en s’allumant une cigarette. « Un pote est passé. Il m’a dit qu’une équipe de tournage cherchait des jeunes de Kawéni. » Il rencontre la production, passe les sélections et se voit confier un petit rôle. Curieux de nature, il découvre avec envie le cinéma. « Ma vie, je la vois déjà comme un film », explique-t-il. Les conditions sont bonnes. La production lui donne un logement le temps du tournage et l’emmène également à La Réunion pour y filmer d’autres scènes. « J’ai adoré. Grâce au film, j’ai voyagé. J’ai vu plein de trucs, fait la connaissance de plein de gens », dit-il avec enthousiasme.
Plus âgé parmi les apprentis acteurs, il prend son rôle de grand frère à cœur. « Dès qu’il manquait un jeune, je prenais le scooter et j’allais le chercher. Je savais toujours où il se trouvait », se souvient-il. Apprendre son texte, crapahuter dans la montagne réunionnaise avec le matériel, tout ça ne lui fait pas peur. Manuel Shapira, le réalisateur de « Tropique de la violence », prend souvent du temps pour discuter avec ses jeunes acteurs. Chakri est d’ailleurs resté en contact. Volontaire, il a parfois dépassé son rôle de simple acteur avec l’équipe du film. « Il nous a beaucoup aidés », fait remarquer Manuel Shapira. « C’était tellement important pour moi. J’ai voulu tout faire pour que ça se passe bien », répond Chakri.
« Il a vécu beaucoup dans l’ombre »

Des projections en avant-première
L’équipe du film « Tropique de la violence » et son réalisateur Manuel Shapira font leur retour sur l’île aux parfums cette semaine. Outre les interviews pour présenter leur travail, ils vont projeter le long-métrage plusieurs fois, avant la sortie officielle prévue le 23 mars. Deux séances (uniquement sur invitation) sont déjà programmées les 3 et 4 février à Chirongui. D’autres auront lieu dans les établissements scolaires.




































