“La rumeur qui dit que Soliha loge les sans-papiers est fausse. La vérité, c’est que beaucoup de Mahorais ne font pas valoir leurs droits”

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Cette semaine, 200 cases en tôle doivent être rasées à Koungou, sur la base de la loi Elan. Mais ces opérations de résorption de l’habitat insalubre soulèvent l’épineuse question du relogement, sur un territoire qui en manque cruellement. Pour tenter d’y voir un peu plus clair, Emmanuelle Laboury, la directrice de Soliha 976, revient pour Flash Infos, sur les dispositifs existants.

Flash Infos : Pouvez-vous expliquer le rôle de Soliha 976 à Mayotte ?

Emmanuelle Laboury : A la base, l’association mahoraise pour le droit au logement est née pour aider les Mahorais les plus précaires à trouver des solutions de logement. En 2015, l’association a pu rejoindre Soliha, un mouvement national qui regroupe plus de 200 organisations. Depuis, nous nous efforçons de développer nos différentes activités. D’abord, il y l’accompagnement à l’amélioration de l’habitat. Il s’agit d’accompagner un propriétaire sur un dossier de chantier, pour demander des aides financières de l’Etat. Selon les situations, cette prise en charge peut aller jusqu’à 80% des financements, soit 60% d’aides publiques et 20% d’aides privées ! Et il s’agit aussi bien d’une construction neuve, que de travaux pour finir une maison inachevée en améliorant un habitat qui présenterait des risques pour la santé par exemple. L’idée sous-jacente étant d’améliorer le logement afin de favoriser le maintien à domicile et de construire des logements supplémentaires à Mayotte. Un autre sujet qui nous occupe concerne le conseil aux collectivités. Soliha contribue ainsi à des études sur la lutte contre l’habitat indigne et de résorption de l’habitat insalubre, en répondant à des appels à projet des communes ou des intercommunalités. En parallèle de ces deux activités, nous nous chargeons aussi d’un dispositif d’intermédiation locative (IML) et de la Maison-Relais de Tsararano.

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FI : Quelle est la différence entre ces deux dispositifs ?

E.L. : Dans le premier cas, il s’agit d’une location auprès d’un propriétaire privé. Soliha intervient comme tiers de confiance entre le bailleur et le bénéficiaire. Il s’agit de personnes dans une grande précarité sociale ou économique qui ont été identifiées par des travailleurs sociaux. Le but de la manœuvre est de pallier le manque de logement social sur l’île en allant piocher dans le parc privé. Et cela permet aux bénéficiaires d’accéder à un logement, et de là, de pouvoir s’occuper pleinement de leur formation, de la scolarité des enfants, de se faire soigner etc. A l’issue du dispositif, que nous appelons “une sortie positive”, la famille est capable de devenir locataire en titre. Nous faisons alors un “glissement de bail”, et Soliha se retire de cette location à trois têtes pour laisser le lieu au propriétaire et à son locataire. Normalement, l’IML dure maximum 18 mois mais peut être prolongée sur demande du bénéficiaire, du travailleur social, et de Soliha en justifiant les raisons.

Dans le second cas, il s’agit d’un dispositif de logement accompagné à destination de publics très précaires, en situation d’isolement, d’exclusion ou de fragilité. Contrairement à l’IML, il n’y a pas de limite de temps. La maison de trois étages, située à Tsararano, sort tout juste de terre et est en cours de finalisation. Les deux périodes de confinement que nous venons de vivre ne nous ont pas aidés… Aujourd’hui, nous avons 19 places livrées sur 22, Il faut imaginer un hôtel social avec chambre, WC, salle de bains privatives, mais partage des autres espaces de vie. Et ce n’est pas une coloc ! Ici, vous avez des profils très différents, du mineur isolé, à celui qui a connu la guerre, à celui qui a vécu un accident qui lui a fait perdre pied, à celle qui a fui le domicile conjugal… D’où le rôle clé de l’animateur de la Maison-Relais, dédié au suivi social. Soliha s’occupe aussi de la gestion locative, car les habitants paient une redevance.

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FI : Comment identifiez-vous les personnes qui vont pouvoir bénéficier des différents dispositifs ?

E.L. : Avant toute chose, je préfère préciser un point. Tous les bénéficiaires de Soliha ont leur situation administrative en ordre. Cela peut être une carte de séjour d’un an, peu importe, du moment que la personne est en règle au moment de la mise en place. Après vient l’accompagnement pour s’assurer qu’elle le reste tout au long de son parcours. Je dis cela, car des rumeurs prétendent que Soliha loge des sans-papiers au détriment des populations précaires françaises de l’île. Ce n’est pas vrai. En revanche, ce qui est vrai, c’est qu’un certain nombre de Mahorais français ne font pas valoir leurs droits. C’est d’ailleurs ce que nous avons pu constater lors des opérations de décasage, comme à Majicavo ou plus récemment à Kahani. Nous le savons, il y a dans ces populations des personnes qui détiennent une carte d’identité, mais quand nous revenons sur le secteur pour le relogement, ils ne sont plus là. Car comme toute personne en situation de précarité, vous gérez l’immédiat.

Pour répondre à votre question, nous avons un pôle social constitué de trois travailleurs sociaux, j’espère bientôt quatre, qui se chargent d’étudier les cas après orientation du SIAO (service intégré d’accueil et d’orientation, le numéro d’urgence 115 NDLR). Et les travailleurs sociaux des différentes organisations de l’île, des CCAS, du département, du Rectorat, de la préfecture nous font remonter des cas. A charge pour nous de confirmer la véracité des situations, car l’orientation du SIAO se fait sur une base déclarative, et nous avons besoin de pièces justificatives. Un papier ou un enfant est vite perdu… Or, comme je le dis souvent, Soliha n’est pas une agence immobilière !

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FI : Rencontrez-vous des difficultés dans le cadre du dispositif d’intermédiation locative, pour convaincre des bailleurs privés ?

E.L. : Etant donné que nous sommes locataires en titre, le bailleur n’a pas de lien avec le bénéficiaire. Il s’agit d’un bail spécifique, le Solibail. L’avantage pour le propriétaire, c’est qu’il n’a pas de gestion locative, de plus, il a la garantie du paiement du loyer. Et s’il est imposable, la valeur locative de ses locations sera exonérée d’impôts, à hauteur de 85%. En faisant le calcul sur la même grille que le logement social (10 euros le mètre carré pour un logement intermédiaire, 8 euros pour un logement social, 6 euros pour du très social), et avec les exonérations, le bailleur y gagne. Mais pour ne rien vous cacher, à Mayotte, l’argument fiscal pèse peu dans la balance. Encore faut-il payer des impôts… et avoir déclaré son foncier. Donc le premier sujet, c’est la garantie du paiement du loyer et l’absence de gestion locative. Par ailleurs, si le bailleur a une maison sur laquelle il doit faire des travaux, nous tentons de croiser avec notre dispositif d’accompagnement à l’amélioration de l’habitat, que je vous décrivais plus tôt. Avec parfois un reste à charge de 5.000 euros pour refaire un logement complet, cela peut-être très intéressant pour un bailleur. En tout, nous avons à ce jour une soixantaine de logements captés en IML, soit une quarantaine de bailleurs, dont une grosse moitié à Mamoudzou. La SIM aussi nous met à disposition une dizaine de logements sociaux. Mais la vocation de Soliha n’est pas de faire du logement social avec du logement social.

FI : Et les propriétaires n’ont pas de réticence quant au profil du bénéficiaire ?

E.L. : Évidemment, nous tombons parfois sur des propriétaires qui nous disent par exemple : “d’accord pour louer, mais je vous interdis de mettre un Africain”, ou encore qui refusent que la facture d’électricité soit au nom de l’occupant. Nous avons perdu des logements à cause de cela. Mais si dès le début, nous ne sommes pas vigilants, nous réduisons d’autant les chances d’avoir des sorties positives pour nos bénéficiaires.

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