31/03/2010 - Tribune libre

31/03/2010 - Tribune libre

 

 

 

{xtypo_dropcap}L’{/xtypo_dropcap}eau est essentielle à la vie sur Terre. Pour que les populations humaines et les écosystèmes puissent se développer, l’eau doit être propre, elle doit rester propre et surtout elle doit être accessible à tous. La Journée mondiale de l’eau 2010 a ainsi pour thème "De l’eau propre pour un monde sain".

Alors que nous célébrons cette journée, examinons les faits dans notre île. Avec ses 17 communes, Mayotte est alimentée en eau potable par un réseau unique interconnecté au niveau de la ressource, de l’adduction et/ou de la distribution. Le réseau d’eau potable est récent et l’ensemble de l’île est raccordé au réseau depuis moins de 10 ans. Le taux de raccordement est de 74%. L’île de Mayotte dispose de quatre types de ressources (rivières, retenues collinaires, forages, mer). Les rivières de Mayotte pérennes ont un régime hydrologique marqué par deux saisons très distinctes : la saison sèche et la saison des pluies.

L’île de Mayotte vit une période de développement important qui se traduit par une hausse de la démographie importante (+100% tous les 12 ans) et donc, une évolution rapide des besoins en eau. A Mayotte, l’accès de la population à l’eau potable est limité par deux facteurs principaux qui sont le niveau d’équipement des logements et le prix de l’eau.

En effet, à Mayotte, 26% des ménages ne disposent pas toujours de branchement particulier au réseau public, auxquels se surajoutent les clandestins. Et le tarif le plus bas, correspondant à la tranche sociale, engendre un prix de l’eau élevé au regard du niveau des revenus de certains ménages (taux de chômage élevé avec un faible revenu moyen des ménages). Par ailleurs, pour les personnes qui habitent en dehors des centres urbanisés, le branchement au réseau d’approvisionnement en eau est assez difficile, voire impossible dès lors que la construction se situe à plus de 500 mètres du réseau primaire d’approvisionnement.

Les bidonvilles sont aussi d’une insalubrité extrême. Situés sur des pentes dangereuses, avec des habitations non étanches, les points d’eau (payants) sont souvent très loin. Les gens creusent des puits et captent l’eau de pluie en saison des pluies. Une telle situation représente une terrible tragédie humaine, et un obstacle majeur pour le développement. Avec les maladies liées à l’eau et les difficultés financières supplémentaires qu’elles impliquent, les chances qu’ont les familles pauvres de donner une éducation à leurs enfants se réduisent. La génération suivante se trouve ainsi privée de la possibilité d’améliorer ses propres conditions de vie et de briser le cycle de la pauvreté et de la misère dans lequel elle se trouve enfermée.

Une eau propre et des installations sanitaires correctes pour tous sont donc la clé de tout. Pour relever le défi de l’accès de tous à de l’eau propre, il est indispensable de s’attacher à prévenir et contenir la pollution et à adopter des stratégies de remise en état. De nombreux cours d’eau, naguère sources de prospérité pour le Mahorais et d’abondance pour les espèces sauvages, sont à présent fortement polluées. En ces temps de réduction des dépenses, alors que les difficultés économiques remettent en cause l’investissement pour le développement, il faut dire clairement que les bénéfices qui découlent du développement compensent amplement les coûts occasionnés.

 

Salim Mouhoutar

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