13/05/2010 - Tribune libre : Mariame Hassani

13/05/2010 - Tribune libre : Mariame Hassani
{xtypo_dropcap}{/xtypo_dropcap}Le 8 mai, le Basket club de M'tsapéré (BCM filles) a reçu au gymnase de Labattoir l’équipe du Port de l’île de la Réunion. La rencontre s’est soldée par une défaite de 19 points en faveur des Réunionnaises.

Une rencontre largement à l’avantage des Réunionnaises et pour cause, leur arbitre n’a à aucun moment sifflé les monstrueuses fautes commises par ses compatriotes. Ne parlons pas de l’arbitre mahorais qui n’a eu de cesse de l’aider dans sa diabolique tache. Ce que je demande à l’arbitre mahorais, ce n’est pas d’être partisan, mais juste de l’équité dans les décisions prises. Malheureusement c’est un mot très mal connu par nos arbitres.

Cette rencontre a permis au moins de mettre en lumière la stupidité et l’hypocrisie de certains Mahorais présents. A l’entame du match, nous nous attendions à une avalanche d’applaudissements et d’encouragements, c’est ce qu’a fait une partie du public. Mais ce ne fut pas le cas pour tout le monde. Le comble, c’est que certains clubs et entraîneurs rivaux ont fait le déplacement  pour encourager nos adversaires.

On pouvait entendre haut et fort : "Allez le Port !". Franchement, que penser de telles attitudes ? Je me demande toujours comment on peut applaudir et encourager des personnes (pas toutes heureusement) qui tiennent des propos désobligeants, voire limite "racistes" envers les Mahorais. Des propos que j’ai moi-même subis au sein du basket et sur leur île de la Réunion même : "vous êtes sales", "Vous êtes des sauvages !", "Rentrez chez vous, band' Comores dehors !", "Sale nègre", et j’en passe…

Pour ceux qui l’ignorent encore, sachez que BCM jusqu’à preuve du contraire est une équipe mahoraise. Nous sommes des MA-HO-RAIS, alors pourquoi nous haïssons-nous à ce point ? Si le BCM est là aujourd’hui, c’est à force de travail. Nous laissons nos maris et nos enfants pour aller s’entraîner durement.

Comme vous le savez, du moins j’espère, il n’y a que le travail qui paye et la culture de la gagne ne s’invente pas ! Nous luttons et suons pour garder notre statut de championne. Admettez-le et reconnaissez-le bon sang !

Nous sommes là pour faire du sport. Nous ne sommes pas vos ennemis. Nous n’avons ni "piqué" vos maris, ni vos femmes, alors calmez votre jalousie ! Nous jouons et gagnons depuis quelques années, ce qui suscite cette haine. Mais sachez qu’en sport la seule vérité, c’est celle du terrain.

Voyez plus loin que le bout de votre nez, la jalousie et la haine n’ont pas lieu d’être. Nous méritons mieux que cela. Levez votre tête et regardez nos voisins. J’ai la certitude que jamais les Malgaches ne soutiendront une équipe autre que la leur. Ils sont solidaires, oui ! Ils s’aiment malgré le chaos qui règne chez eux !

Mes frères, mes sœurs, Mayotte étant française, ne perdons pas de vue la devise de la mère patrie : "liberté, égalité, fraternité". Et bien ce dernier mot signifie aussi solidarité, ne l’oublions pas. La solidarité est une preuve d’amour, oui !

En définitive, je me dis que ce qui s’est passé ce samedi 8 mai au gymnase de Labattoir n’est que le reflet de la société mahoraise où se haïr et se détester n’est que le maître-mot. Nous sommes incapables d’aider un jeune Mahorais dans ses projets, au contraire tout est mis en œuvre pour le terrasser !

Regardez ce qui se passe dans les administrations ! Nous sommes accueillis comme de la "merde", sauf si par chance tu as une connaissance. Mais où allons-nous ? Réveillons-nous car d’autres se réjouissent de nos discordes. Nous sommes avant tout des frères et sœurs et nous avons besoin de chacun pour aller de l’avant. Ne l’oublions pas ! Nous devons nous aimer et faire face à l’adversité.

Ne perdons pas de vue les valeurs de nos ancêtres, au risque de nous perdre dans luttes sans importance. Dans ce genre de moment, chers compatriotes mahorais, je vous demande, le temps d’un instant, l’union sacrée. Un dicton mahorais dit : "Kofu moja kayi fussu ndra" ("Un seul doigt ne peut pas tuer un pou").

A bon entendeur, salut…

 

Mariame Hassani,

capitaine du BCM

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