Au lendemain de la visite du Garde des sceaux, Gérald Darmanin, un agent pénitentiaire a été violemment agressé mardi 24 février à la maison d’arrêt de Majicavo. Quatre détenus se sont acharnés sur lui lors de l’ouverture d’une cellule à l’heure des promenades. L’agent, blessé, a été évacué à l’hôpital. Les agents pénitentiaires ont entamé un débrayage dès le lendemain.
Il est environ 14 heures, mardi 24 février, lorsque l’agent ouvre une cellule dans la coursive, à la sortie des promenades. Dès l’ouverture de la porte, quatre détenus l’attaquent violemment, raconte Houmadi Mouhamadi, représentant FO Justice à Majicavo.
« Dans un premier temps, ils l’ont assommé avec une boîte de conserve sur la tête. Il est tombé par terre. Ensuite, ils se sont acharnés avec des coups de pied et des objets : casseroles, poêles, pied de ventilateur », témoigne-t-il.
L’agent souffre de nombreux hématomes, de blessures au visage et d’un déboîtement de l’épaule. Il a été pris en charge par les pompiers après une intervention longue et délicate des équipes pénitentiaires, appuyées par la gendarmerie.
L’agression s’est produite alors que les promenades étaient en cours. Dès le déclenchement de l’attaque, l’ensemble des mouvements a été bloqué, laissant les détenus dans la coursive. Deux équipes de surveillants, composées de quatre à cinq agents chacune, ont dû intervenir, ainsi que la gendarmerie, pour maîtriser les agresseurs.
« Ils ont résisté. Ils nous ont jeté des affaires. On a dû aller les chercher manu militari, parce qu’ils ne se sont pas laissés faire », explique Houmadi Mouhamadi. Les secours n’ont pu intervenir qu’une fois la situation totalement sécurisée.
Sur les cinq détenus présents dans la cellule, quatre ont participé à l’agression. Le cinquième n’a pris aucune part aux violences et ne sera pas présenté à la justice. Les quatre détenus impliqués doivent en revanche être présentés en comparution immédiate ce jeudi.
L’émotion reste vive au sein du personnel pénitentiaire, d’autant que certains agents présents mardi ont déjà été victimes ou témoins de la mutinerie de 2024, au cours de laquelle un surveillant avait été pris en otage. L’un des agents, agressé lors de ces événements passés et témoin de la scène mardi, n’a pas été en mesure de reprendre son service et est rentré chez lui, choqué.
En soutien à leur collègue, les agents ont entamé un débrayage depuis mercredi matin. Celui-ci se poursuivra jusqu’à vendredi. Les prises de service débutent désormais à 8 heures au lieu de 7 heures, ce qui entraîne un retard de l’ensemble des mouvements au sein de l’établissement.
Mercredi matin, l’agent agressé a déposé plainte. Il s’est également rendu à l’Unité médico-judiciaire (UMJ) dans l’après-midi afin de faire constater ses blessures.
Les agents réclament le transfert immédiat des détenus agresseurs hors de Mayotte. Le syndicat FO Justice dénonce par ailleurs l’engorgement chronique de la maison d’arrêt de Majicavo, où des cellules de 9 m² accueillent jusqu’à cinq détenus.
« Le principe de la cellule individuelle prévaut depuis 1875, mais on n’arrive pas à le mettre en place », souligne Houmadi Mouhamadi. Il appelle à un désengorgement rapide par des transferts, avec un objectif d’un à deux détenus par cellule, afin de réduire les tensions et les risques pour le personnel.
La veille de l’agression, des échanges avaient eu lieu avec le conseiller du ministre de la Justice, à l’occasion de la visite de Gérald Darmanin. Des réponses jugées insuffisantes par les agents. « Sur le futur établissement, Éric Dupond-Moretti nous avait annoncé 400 places. Aujourd’hui, on nous parle de 250 à 300 places. C’est clairement sous-dimensionné », dénonce le représentant syndical, qui regrette également que les transferts promis après la mutinerie de 2024 n’aient pas été réalisés à la hauteur des besoins.
Cette nouvelle agression remet une fois encore en lumière la dangerosité du métier de surveillant pénitentiaire à Mayotte et l’urgence de mesures concrètes pour garantir la sécurité des agents.
Passionnée par la petite et la grande histoire d'hier et d'aujourd'hui j'aime raconter le quotidien des personnes qui fondent un territoire.






































