Une joie de très courte durée chez les chauffeurs de taxi en Petite-terre

Des lendemains déchantants pour les 150 conducteurs de taxi de Petite-Terre : l’enveloppe d’aide de 800 000 euros, votée mercredi dernier par le Département-Région, s’avérerait être un traquenard politique. Pour en bénéficier, la profession devra remplir des conditions qui, aujourd’hui, lui semblent impossibles à satisfaire. Elle est par ailleurs convaincue qu’il s’agit d’une mesure d’apaisement destinée à faire accepter la mise en place d’un service de transport en commun taillé sur mesure pour deux sociétés locales de bus, qui pourrait à terme signer sa disparition.

Les chauffeurs de taxi de Petite-Terre crient à l’arnaque contre le Département-Région de Mayotte. Ils s’estiment trompés par l’exécutif territorial après l’annonce, jeudi dernier, de l’octroi d’une enveloppe de 800 000 euros censée compenser les pertes subies l’année dernière lors des travaux d’aménagement des quais Issoufali et Ballou.

S’ils savent gré au conseiller départemental de Dzaoudzi-Labattoir, Ali Omar, d’avoir tenté de les soutenir dans ce dossier, ils n’hésitent pas pour autant à accuser la collectivité d’avoir voulu se jouer d’eux. Les intéressés estiment en effet que cette aide constitue, à leurs yeux, la compensation d’une disparition annoncée.

Après une euphorie de courte durée, les conducteurs de taxi de Dzaoudzi-Labattoir et de Pamandzi dénoncent les conditions d’attribution de cette aide. Premier grief : l’obligation d’être à jour de ses cotisations sociales et fiscales.

« Combien d’entre nous peuvent remplir ces conditions alors que nous avons tous été mis à genoux par le cyclone Chido ? Quel acteur économique du territoire n’a pas été touché par cet événement climatique ? Ils font semblant de ne pas le savoir », s’emporte Ali, hier jeudi en fin de journée, devant ses clients descendus de la barge.

« Les citoyens ont parfaitement raison de s’interroger sur la rationalité de ces élus qui nous gouvernent », ajoute-t-il, évoquant également des termes juridiques qu’il juge illégaux dans la délibération, notamment l’obligation d’adhérer à un syndicat spécifique.

Aux yeux des chauffeurs de taxi de Petite-Terre, le Département a déjà failli à ses engagements en 2023, lors de l’attribution d’une aide de 1,5 million d’euros dont ils disent n’avoir que très peu bénéficié.

Des lignes identiques à celles des taxis

« Ils ont utilisé le même stratagème : seuls 500 000 euros ont finalement bénéficié à une poignée de collègues. La pilule a été difficile à avaler, et les voilà qui recommencent. Qu’ils sachent que nous ne sommes pas dupes : ils ont programmé la mort pure et simple de notre activité. Nous sommes 150 licenciés sur Petite-Terre. Qui va subvenir aux besoins de nos familles ? », s’interroge-t-il.

Après une trentaine de minutes, notre interlocuteur retrouve son calme. Entouré de plusieurs collègues acquiesçant à ses propos, il affirme que cette enveloppe de 800 000 euros vise en réalité à faire accepter un marché de 400 000 euros attribué à deux transporteurs de bus : Carla Baltius et Abdallah Djaha Salim.

Il s’interroge notamment sur la présence de la société Carla Transports en Petite-Terre, alors qu’elle opérait jusqu’ici en Grande-Terre, principalement dans le nord et dans le transport scolaire. « Encore une magouille de plus de la part de nos élus », lance un autre chauffeur présent sur les lieux.

Selon eux, les lignes prévues pour ces deux sociétés de bus sont identiques à celles actuellement exploitées par les taxis, avec les mêmes trajets et les mêmes arrêts. Ils dénoncent également un protocole d’expérimentation signé entre le Département-Région et ces sociétés pour une durée de quatre mois, pour un montant de 40 000 euros.

« Là où nos élus nous prennent pour des naïfs, c’est que cette expérimentation semble destinée à être pérennisée. Il est question de sous-traitance, mais avec des véhicules de moins de cinq ans, ce qui nous paraît irréaliste. Sinon, pourquoi ne pas avoir directement lancé un appel à l’ensemble des 150 taxis, comme cela a été fait en Grande-Terre avec une trentaine de collègues regroupés en coopérative ? », questionne-t-il.

Sa colère se cristallise également autour de l’appel d’offres attribué aux sociétés « Carla Baltius Transports » et « Salim Transports », qu’il affirme être en préparation depuis plusieurs années. De quoi nourrir, selon lui, de sérieux doutes quant à la sincérité des élus départementaux dans ce dossier.

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