Aéroport de Mayotte : le mensonge d’État éclate au grand jour

Jusqu’au-boutiste, l’ancien directeur de la DGAC à Mayotte aura persisté dans son mensonge destiné à décrédibiliser le maintien de l’aéroport de Mayotte sur son site actuel de Pamandzi. Que la paix civile soit ébranlée, que le manque de clairvoyance, de sérieux et de courage des élus mahorais (tous niveaux et tendances confondus) soit mis à rude épreuve et décrié par la population, que toute la programmation pluriannuelle du développement du territoire soit à jamais désarçonnée, il n’en a eu que faire, multipliant au passage les mensonges officiels, au risque de jeter le discrédit sur le sérieux de l’ensemble des administrations locales.

Une promesse électoraliste d’un chef d’État en campagne dans l’une de ses provinces éloignées de Paris en 2019 ; une population en liesse (sous très forte incitation d’élus locaux, parlementaires et responsables divers acquis à la cause de ce président) qui oublie que ce type de déclaration n’engage que ceux qui veulent bien y croire ; des responsables locaux inconscients et irresponsables qui participent à cette manipulation des masses ; et un responsable d’un service éminemment important pour le désenclavement quotidien de l’île qui s’emploie, au dernier moment, à rembobiner au maximum ce fil d’Ariane devenu irréalisable parce que les électeurs mahorais avaient opté, en très grande majorité, pour attribuer leur suffrage à Marine Le Pen, bête noire de la classe politique nationale.

Le président prometteur se rebiffe à la date qu’il avait annoncée pour la mise en œuvre de ce projet que les Mahorais appellent de tous leurs vœux depuis un demi-siècle, et c’est toute une machine destinée à infantiliser 500 000 habitants qui se met en branle. Une parlementaire, habile opportuniste, y voit l’occasion de tirer une fois de plus la couverture à elle, entraînant dans le processus un président d’assemblée départementale auquel l’essentiel des enjeux de son territoire échappe.

Des jours, des semaines, des mois durant, le sujet monopolise les discussions du public dans les villes et les villages mahorais. Le débat politique vire à la division entre partisans et adversaires d’une délocalisation de cette infrastructure dans la seule grande forêt de l’île encore en situation de fournir eau et alimentation à une population qui ne cesse d’augmenter à une vitesse effrénée.

Une fois le mensonge apparu au grand jour, c’est une fuite en avant dans un silence absolu que l’on observe, et ce au milieu d’une campagne électorale déterminante pour l’orientation des scrutins à venir.

Une infrastructure majeure pour Mayotte qui ne fait pourtant pas les affaires de tout le monde dans la région

« Tout le monde savait à peu près que c’était un mensonge cousu de fils d’or, mais malheureusement le bon sens a été pris de court par le goût très prononcé chez certains d’entre nous pour le populisme et l’irrespect envers nos populations. Car, en effet, c’était irrespectueux de la part des défenseurs de cette idée d’avoir persisté à faire gober à nos concitoyens sa plausible réalisation, de surcroît dans des délais très courts », dénonce un dirigeant d’une association locale de sauvegarde de l’environnement qui ne décolère toujours pas à l’idée de voir raser la forêt de Bouyouni pour accueillir la piste longue de l’aéroport de Mayotte.

« À l’heure actuelle, la difficulté majeure sur ce territoire, c’est qu’il n’est pas aisé de distinguer les personnes instruites des citoyens ordinaires, celles qui, soi-disant, détiennent les leviers du pouvoir de leurs administrés. On se retrouve dans un fourre-tout indescriptible et inaudible, et l’autorité étatique profite de cette situation pour passer en force et imposer tout ce qu’elle veut, au risque de se contredire par la suite, une fois dos au mur face à certaines réalités. Ce qui est inacceptable ailleurs dans la République devient une norme dans cette île, parce qu’en face il n’y a absolument aucun contrepoids », observe, à juste titre, cet associatif très impliqué.

Cette affaire de l’aéroport de Pamandzi met en lumière une situation généralisée sur l’île au cours des trois dernières mandatures, qui ne cesse de s’amplifier, particulièrement depuis le passage du cyclone Chido. Probablement parce que la construction de cette piste longue ne fait toujours pas les affaires de certaines puissances politiques et économiques régionales occultes, celles-ci poursuivent en sous-main leur travail de « sapage » engagé depuis belle lurette.

La première phase de décentralisation des pouvoirs, entrée en vigueur en mars 2024, se trouve en vérité réduite à une simple appellation et aboutit à une mise sous tutelle quasi systématique de Mayotte, bien qu’elle ne porte pas son nom. Des autorités locales élues extrêmement affaiblies, notamment en raison de nombreuses implications dans des affaires judiciaires, se révèlent inaptes à exercer pleinement les responsabilités qui leur incombent afin de remplir les contrats moraux d’objectifs passés avec leur électorat.

Une fausse nécessité de délocalisation au milieu de la forêt primaire de Bouyouni

De cette situation volatile résulte une remise en cause permanente de projets initiés de longue date, et toutes les excuses sont bonnes pour asseoir ce principe, qu’elles soient réellement vérifiées ou fallacieuses : éléments budgétaires chiffrés ou inventés, arguments environnementaux comme les fameux dugongs de Gnoumakouni au bout de la piste d’aviation à Pamandzi (complot ourdi par une certaine administration et mis sur le compte de l’Association des Environnementalistes de Mayotte), ou encore risques imminents de submersion marine colportés à grand renfort médiatique par la députée Estelle Youssouffa, qu’aucun scientifique parmi ceux chargés de surveiller le volcan sous-marin Fani Maoré n’a relevés dans sa veille.

Tout n’est que mensonge et manipulation des masses populaires pour ne pas avoir assumé le fait que l’État ne souhaite pas débourser un centime pour les travaux de réfection et de prolongement de l’aéroport de Mayotte. Muté ailleurs depuis plusieurs mois déjà, Jean-François Masson se trouve aujourd’hui seule victime de son propre mensonge vis-à-vis des habitants et des autorités élues de Mayotte à propos de la « prétendue indispensable délocalisation » de cette plateforme aéroportuaire vers Bouyouni.

Dans un podcast diffusé sur les réseaux sociaux à destination de ses électeurs de Petite-Terre, qui désapprouvaient qu’elle se soit faite le chantre de ce transfert — comme celui du siège du commandement de la gendarmerie également situé à Pamandzi —, l’une des parlementaires expliquait que la remise en état de l’actuelle piste nécessiterait un arrêt du trafic aérien pendant dix-huit mois.

Or, une autre communication mise en ligne sur ces mêmes réseaux sociaux par la DGAC Mayotte en 2023, soit quatre ans après la découverte du volcan et du risque de submersion marine qui lui est associé, expliquait que le trafic ne serait nullement impacté par ces travaux annoncés pour 2027. Alors, lequel faut-il croire ?

Le REVISIMA, qui publie régulièrement des informations sur l’activité sismique à Mayotte, indique formellement n’avoir jamais cautionné l’idée d’une submersion marine de la Petite-Terre à la suite d’une réactivation du volcan Fani Maoré. L’un de ses membres affirme même que cette probabilité serait infime : 0,008 %.

Depuis que les hautes sphères du pouvoir parisien auraient trouvé un « deal » avec le groupe EDEIS, actuel gestionnaire de la plateforme aéroportuaire de Pamandzi, pour prendre à leur charge les 30 millions d’euros nécessaires au financement des travaux de réfection et de mise en conformité, c’est le silence radio du côté des opportunistes de la communication à moindre coût sur les réseaux sociaux.

À un an de la fin du mandat présidentiel d’Emmanuel Macron et de la date butoir de remise en état de la plateforme aéroportuaire de Pamandzi — sous peine de perte de son homologation par les instances compétentes — fixée au 31 décembre 2027, plus aucune voix ne se fait entendre sur le sujet.

Il est certain à ce jour que le maintien de cet aéroport à son emplacement actuel générerait moins d’impact sur l’environnement fragile de Mayotte que le postulat contraire. Même constat pour les finances : où trouver 7 milliards d’euros pour construire un aéroport nouveau au milieu de nulle part, lorsque l’État n’arrive pas à mobiliser 1 milliard sur les 4 promis aux Mahorais pour reconstruire leur île plus d’un an après le passage du cyclone Chido, le 14 décembre 2024 ?

Il va sans dire qu’il faudra sans doute attendre l’avènement d’un nouveau locataire à l’Élysée dans un an et de nouvelles promesses électoralistes pour espérer voir un jour sortir des eaux et de terre l’historique piste longue de Mayotte.

Au fait, n’est-ce pas François Hollande, ancien chef de l’État redevenu député, qui avait projeté cette faisabilité à l’horizon 2050 ?

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